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Le film Demain inspire l'idée d'un « dollar sherbrookois »

Après Montréal, Québec et les Laurentides, au tour de Sherbrooke de réfléchir à l'idée de lancer une monnaie locale. Faut-il s'attendre à voir naître un « dollar sherbrookois »?

Un texte de Christine Bureau

« Lancer sa monnaie locale, ce n'est pas une utopie », assure d'emblée le chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques Mathieu Dufour. Calgary, Toronto et la Gaspésie, pour ne nommer qu'elles, ont déjà leurs propres billets en circulation.

À Sherbrooke, un groupe de citoyens inspiré par le documentaire Demain se réunit depuis quelques semaines pour discuter de la forme que pourrait prendre un tel dollar sur le territoire.

Comme le projet est embryonnaire, le groupe a préféré ne pas commenter le dossier publiquement, mais une page Facebook Monnaie locale/Estrie est consacrée au projet et les réunions, publiques, y sont toujours annoncées. 

L'exemple du demi 

Le demi gaspésien, lancé l'an dernier, est peut-être le plus récent exemple d'une monnaie locale qui fonctionne. Les billets de 20 $ coupés en deux circulent entre les Gaspésiens et une trentaine de commerces. Leur valeur est ainsi elle aussi coupée de moitié. 

« Ça faisait déjà un bon moment qu'on étudiait la question d'une monnaie locale. On est dans une région qui est pleine de ressources, mais étrangement on a de la misère à faire vivre ceux qui les exploitent », explique l'un des co-instigateurs du demi, Patrick Dubois.

Encourager l'économie locale, tout en dénonçant un système qui nous déplaît. Voilà donc l'une des grandes idées derrière le demi.

Reste que le demi évolue dans un système sans réel contrôle. Un système qui est, du propre aveu de Patrick Dubois, « désorganisé ». Difficile, donc, d'évaluer son impact réel ou son utilisation.

D'autres exemples

D'autres monnaies locales sont cependant plus structurées. C'est le cas de l'Abeille en Lot-et-Garonne, dans le sud-ouest de la France. Une Abeille vaut un Euro et s'obtient seulement auprès d'un comptoir d'échanges de l'association gestionnaire.

Le principe est le même dans la ville britannique de Bristol, la première à laisser ses membres payer ses impôts municipaux avec la livre locale, un aspect intéressant puisqu'il donne une raison de plus aux commerçants et aux consommateurs d'utiliser des billets locaux.

« La monnaie locale, en fait, elle vit tant qu'il y a une masse critique qui s'y intéresse des deux côtés », explique Mathieu Dufour, qui est également professeur à l'Université du Québec en Outaouais.

Or, malgré la présence de cette masse critique, l'impact sur l'économie locale reste relatif, nuance-t-il.

L'idée, c'est donc qu'un « dollar sherbrookois », par exemple, permette d'acheter des services qu'un dollar canadien ne permet pas de se procurer. Un peu à l'image de ce que L'Accorderie tente d'instaurer à travers la province en mettant en place un système d'échanges de services. 

« Là, il y a une subversion réelle du système d'échanges ou de rémunération si on veut, où on réégalise [la valeur de] plusieurs activités », affirme Mathieu Dufour.

Comme quoi l'instauration d'une monnaie locale peut avoir plus d'un objectif. Le Gaspésien Patrick Dubois explique d'ailleurs que le demi avait aussi des visées pédagogiques.

« Déjà là, ça a fait parler de monnaie locale, ça a fait comprendre certaines choses au niveau de cet outil-là. Ça a fait se poser des questions au monde au sujet [du rôle] de la Banque du Canada », illustre-t-il. « Ça a vraiment fait une bonne différence ».

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