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Le projet Northern Pass d'Hydro-Québec rejeté par le New Hampshire

Les commissaires chargés d'étudier le projet Northern Pass d'Hydro-Québec au New Hampshire l'ont rejeté à l'unanimité. Le sort n'est toutefois pas scellé, puisque la société d'État et son partenaire américain disposent encore de plusieurs options.

Il s'agit néanmoins d'un revers pour Hydro-Québec qui a décroché, la semaine dernière, le plus important contrat d'approvisionnement de son histoire pour fournir de l'électricité au Massachusetts, pouvant générer des revenus totaux de près de 10 milliards de dollars sur 20 ans.

La commission du New Hampshire chargée d'étudier le projet a reconnu ses avantages économiques, mais les promoteurs n'ont pas réussi à lui démontrer qu'il n'y aurait aucun effet négatif sur le développement de la région. Et si le mandat de ladite commission s'apparente à celui du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) du Québec, ses décisions sont contraignantes, contrairement à celles de l'organisme québécois.

La société d'État québécoise, qui se dit très déçue et surprise de la décision, l'étudiera avant d'envisager les recours possibles, car plusieurs options s'offrent à elle.

Hydro-Québec indique néanmoins que ce sera à son partenaire américain, Eversource Energy, de prendre une décision concernant une éventuelle contestation de la décision.

Le fournisseur d'électricité pourrait soumettre un autre projet afin d'obtenir un nouveau permis. Hydro avait six propositions dans ses cartons pour approvisionner le Massachusetts, soit trois projets de transport d'énergie comportant chacun deux variantes portant sur le « mélange » énergétique que transporterait une éventuelle ligne électrique.

Il pourrait aussi être envisageable d'enfouir entièrement les lignes de transmission, ce qui ralentirait le rythme des travaux et ferait certainement grimper la facture.

Et dans le cas où la société d'État déciderait d'éviter carrément le New Hampshire pour plutôt passer par le Vermont voisin ou encore le Maine, il faudrait également repenser le tracé sur le territoire québécois.

« Courroie de transmission »

L'une des pierres d'achoppement du projet semble avoir été que le New Hampshire, contrairement au Massachusetts, n'a jamais eu l'intention de profiter de Northern Pass pour s'alimenter en électricité auprès d'Hydro-Québec.

De fait, certains groupes d'opposants avaient dénoncé le fait que l'État serve de « courroie de transmission », ou encore de « rallonge électrique » entre le Québec et le client d'Hydro-Québec.

Selon le journaliste de Radio-Canada Étienne Leblanc, un parallèle peut être établi avec l'opposition de plusieurs responsables et groupes québécois par rapport au projet d'oléoduc Énergie Est, de TransCanada, qui aurait uniquement fait transiter de l'or noir via le Québec, à destination de son lieu d'exportation, dans les Maritimes.

Eversource évalue ses options

Eversource a maintenant 30 jours pour demander au comité une réévaluation du projet. Une démarche dont le succès est tout sauf garanti, puisque les sept membres du comité ont unanimement rejeté les plans en l'état. La compagnie peut aussi demander à la Cour suprême du New Hampshire d'entendre la cause.

« Nous sommes outrés par cette décision. Les façons de faire du SEC [Site Evaluation Committee] sont dépassées, et cette décision envoie un message contradictoire à ceux qui désirent développer des projets au New Hampshire », a fait valoir Eversource, dans une déclaration envoyée par courriel.

L'entreprise dit évaluer « toutes ses options ».

L'État du Massachusetts a choisi Hydro-Québec comme fournisseur d'hydroélectricité pour les 20 prochaines années. Son partenaire américain est responsable de la construction de la portion de la ligne aux États-Unis. La partie québécoise du projet était évaluée à plus de 680 millions de dollars. La construction devait débuter à l'automne, et une partie de la ligne de transport devait être enfouie dans le secteur de la forêt Hereford.

En novembre dernier, Northern Pass avait reçu l'aval du gouvernement fédéral américain; une étape obligatoire, puisque le projet traverse une frontière internationale. Il manquait l'accord du New Hampshire.

La classe politique réagit

Le cabinet du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a transmis une brève déclaration à Radio-Canada : « Le partenaire américain est à étudier la décision et les différentes options qui s’offrent à lui. C'est une étape à franchir qui était connue. On va voir pour la suite des choses. »

Depuis les banquettes de l'opposition à l’Assemblée nationale, on fustige le gouvernement Couillard pour sa précipitation dans cette affaire.

« Encore une fois, les libéraux ont annoncé en grande pompe la réalisation d'un projet qui n'était pas attaché. Comme ils l'ont fait pour la mine Arnaud par exemple », a ainsi déclaré le péquiste Sylvain Rochon, porte-parole en matière d’énergie et de ressources naturelles.

Le Parti québécois indique cependant attendre de voir s’il y aura appel et, le cas échéant, de connaître le résultat de ces démarches judiciaires.

À la Coalition avenir Québec, la porte-parole Émilie Toussaint souligne que le parti est « très déçu », mais qu’Hydro-Québec doit aussi « se retrousser les manches » pour examiner « toutes les avenues possibles pour mieux vendre ce projet » au New Hampshire.

Avec les informations d'Olivier Bachand, Étienne Leblanc, Gérald Fillion et Alex Boissonneault

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