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Les chambres de soins de fin de vie du Pavillon Argyll utilisées à d'autres fins

Veiller nuit et jour sa mère dont le décès imminent est certes déjà une épreuve difficile. Quand, de surcroît, il est impossible de le faire dans l'intimité, la douleur s'en voit considérablement augmentée. C'est ce qui est arrivé à la famille Boulanger de Sherbrooke.

Alors qu'il ne restait que quelques jours à la vie de la mère de Daniel Boulanger, ce dernier a appris avec stupeur que la chambre dédiée aux soins de fin de vie du Pavillion Argyll de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke était utilisée à d'autres fins. C'est en compagnie d'une autre résidente de l'endroit que les enfants Boulanger ont été obligés de veiller leur mère.

Daniel Boulanger demande à la direction de l'établissement de revoir ses façons de faire lorsqu'un patient vit ses derniers instants.

La dame de 78 ans était hospitalisée au 3e étage du Pavillon Argyll. À cet endroit, on retrouve qu'une chambre prévue pour les soins de fin de vie. « La fin était annoncée. On nous a dit que ma mère pouvait décéder dans les prochaines heures ou prochains jours. [...] Du moment où on sait qu'on est en mode décès, en mode veille, pour des raisons de dignité, ça fait parti du contrat social de mettre les gens dans une chambre seule », soutient-il.

Ça n'est malheureusement pas arrivé. La chambre destinée aux soins de fin de vie était occupée par un autre patient qui n'était pas dans les derniers moments de son existence. « On nous a dit qu'ils avaient des pressions d'en haut pour remplir toutes les salles, que cette chambre était utilisée à d'autres fins et que ce n'était pas possible que ma mère y soit déplacée », déplore-t-il.

À partir du moment où on s'engage comme milieu hospitalier à offrir des soins de fin de vie et qu'on prévoit des salles pour cette réalité, il faut le faire, il faut l'offrir. C'est inacceptable que des administrateurs détournent les fonctions de ces salles.

Daniel Boulanger

« Ce qui nous est arrivé, on aimerait bien que ça n'arrive plus. Quand on est dans une chambre à deux, l'autre bénéficiaire doit supporter une famille complète qui va venir dans son milieu de vie à elle aussi. Ça génère donc deux frustrations : c'est de la famille en deuil et celle de l'autre bénéficiaire », rappelle M. Boulanger.

L'autre patiente, qui se trouvait dans la même chambre que Mme Boulanger, a indiqué à la famille que c'était la troisième fois qu'elle vivait cette situation au cours des derniers mois. « Imaginez la perturbation pour cette personne. Elle n'a pas dormi pendant quelques jours parce qu'il y avait toujours du monde dans la chambre. »

Finalement, la mère de M. Boulanger a pu être transférée dans la chambre dédiée aux soins de fin de vie, près de 24 heures avant qu'elle ne décède. « Mais nous l'avons veillée pendant quatre jours dans la chambre à deux », rappelle-t-il.

Loi pas appliquée

L'article 12 de la Loi sur les soins de fin de vie est clair à ce sujet : « Pour la période précédant de quelques jours le décès d’une personne qui reçoit des soins de fin de vie, tout établissement doit lui offrir une chambre qu’elle est seule à occuper. »

« Dans ce cas, c'est la loi même qui n'a pas été appliquée. C'est le grand oublié de la loi. C'est un grand problème qu'il manque d'intimité à ce moment de la vie. », rappelle la porte-parole de l'Association des soins palliatifs du Québec, Dre Justine Farley.

Cette dernière est d'avis qu'il faut faire plus. « Ce qu'on constate, c'est que ça ne fait pas partie des priorités. Il devrait y avoir des processus prévus pour que de telles situations n'arrivent pas. Il y a aussi le fait qu'il n'y a pas de reddition de compte au ministre à ce sujet, ça explique peut-être pourquoi ce n'est pas une priorité pour les établissements », soutient Dre Farley.

La direction s'explique

La direction du CIUSSS de l'Estrie-CHUS est au courant de la situation et soutient mettre tous les efforts pour éviter que pareille situation n'arrive à nouveau. « M. Boulager a raison. Cette situation s'est réellement produite. Nous sommes dans une situation exceptionnelle où beaucoup de nos patients sont en attente d'une place en soins de longue durée. Nous n'avons d'autres choix que d'occuper les chambres destinées aux soins de fin de vie. On espère que ce n'est qu'une situation temporaire », soutient la coordonnatrice des communications au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Annie-Andrée Émond.

Selon elle, il n'est pas impossible que la situation se présente à nouveau. « Tant que la pression ne sera pas baissée, ça peut arriver encore. Si ça ne se calme pas, il faudra trouver des mesures alternatives. »

La famille Boulanger a adressé une plainte officielle à la direction de l'établissement. Une réponse doit leur être communiquée dans les 45 jours.

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