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Les défis du financement dans le communautaire : l'exemple de la Chaudronnée de l'Estrie

Les organismes communautaires du Québec se mobilisent cette semaine pour réclamer des gouvernements un financement adéquat pour remplir leurs missions. En région, de Granby à Lac-Mégantic, en passant par Sherbrooke, près de 250 organismes oeuvrent auprès de différentes clientèles. 

Un texte de Guylaine Charette

Ces organismes répondent à toutes sortes de besoins, en alphabétisation, en réinsertion sociale ou pour les cas de violence conjugale. Si leurs vocations sont bien différentes, tous ces organismes ont un point en commun. Le financement des services représente un défi quotidien.

C'est le cas à La Chaudronnée de l'Estrie, une soupe populaire qui sert 46 000 repas par année. L'organisme a accepté de nous ouvrir ses livres pour constater les défis du financement des organismes. 

Depuis plus de 30 ans, La Chaudronnée sert des repas chauds aux personnes défavorisées. Du lundi au vendredi, la salle à dîner se remplit au déjeuner et au dîner, un service qui attire toujours plus d'usagers.

Depuis 15 ans, le nombre de convives a doublé passant de 800 à 1600 personnes pendant que les sources de financement, elles se tarissent. « Nous sommes une grande porte sur la rue », explique le coordonnateur, François Lemieux. 

Pendant qu'une équipe s'affaire à la cuisine, les gestionnaires jonglent avec les chiffres. Le budget annuel de fonctionnement s'élève à 430 000 $.

Québec, par le biais du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) lui verse 96 000 $ par an. L'organisme doit donc rassembler plus de 300 000 $, ce qui représente près des trois quarts de l'argent nécessaire pour boucler son budget.

Il mise sur différents programmes fédéral et provincial ponctuels et sur des revenus autonomes qui fluctuent de mois en mois.  

Une structure fragile

L'organisme doit composer avec une quinzaine de sources de financement différentes, sans savoir précisément la place qu'elles occuperont. Les fonds versés par Centraide varient en fonction des résultats de la campagne annuelle, même chose pour la nourriture distribuée par Moisson Estrie. L'organisation de bingos a déjà rapporté 40 000 $ par année. Le profit n'est plus que de 10 000 $.

Quand un déficit semble imminent, les huit employés se serrent la ceinture. « Au lieu d'abolir un poste, on diminue nos heures. C'est toujours une inquiétude pour le personnel », explique le coordonnateur.

Malgré une structure financière complexe et incertaine, l'équipe veille au grain et espère. « C'est pas normal qu'un organisme comme le nôtre reçoive 96 000 $ pour servir 1600 personnes, 46 000 repas par année. Les indexations ne couvrent pas la hausse des salaires, l'entretien du bâtiment », lance François Lemieux.

La Chaudronnée joindra sa voix à celle de 4000 organismes qui réclament tous un financement stable et plus substantiel dans le cadre de la campagne « Engagez-vous pour le communautaire qui se traduira cette semaine par des visites chez les députés et des manifestations un peu partout au Québec. 

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