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Les études dans la LHJMQ : un document accablant

BILLET - Au fil des ans, la LHJMQ a déployé beaucoup d'efforts pour mieux encadrer ses athlètes-étudiants et pour tenter de rehausser sa crédibilité, en ce qui a trait aux études, auprès des familles des jeunes joueurs qu'elle recrute.

Un texte de Martin Leclerc

Or, cette crédibilité est sérieusement malmenée dans un avis de trois pages de l'Alliance sport-études.

Ce document coup-de-poing, dont Radio-Canada a obtenu copie, avait été sollicité cet hiver par la ligue, qui souhaitait alors mesurer les conséquences d'une éventuelle modification de calendrier sur ses athlètes étudiants fréquentant le cégep.

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Le 11 février dernier, les équipes de la LHJMQ ont voté en faveur d'une modification du calendrier des camps d'entraînement de la saison 2016-2017 pour des raisons pécuniaires.

Essentiellement, ce report de près de deux semaines des camps d'entraînement a été adopté parce que plusieurs formations de la LHJMQ font face à une baisse de fréquentation de leur public.

D'une part, les amateurs sont généralement moins enclins à se rendre dans les amphithéâtres au début de septembre lorsque la météo est encore très clémente.

D'autre part, les joueurs vedettes du circuit junior québécois sont généralement absents au début de septembre parce qu'ils participent aux camps d'entraînement de la LNH.

Le hic, c'est que les dirigeants du circuit junior majeur québécois ont adopté ce nouveau calendrier, même si un avis écrit de l'Alliance sport-études s'y opposait fortement, tout en spécifiant à maintes reprises que cette mesure allait considérablement nuire à la réussite scolaire de nombreux joueurs!

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L'Alliance Sport-Études regroupe une quarantaine de cégeps et sept universités.

Son rôle consiste à encadrer et à contribuer à la réussite et à la persévérance scolaires et sportives de quelque 1200 athlètes québécois de haut niveau.

Dans ce bassin d'athlètes-étudiants, on retrouve les joueurs de la LHJMQ ainsi que les athlètes de 50 fédérations sportives.

Auparavant, les camps d'entraînement de la LHJMQ commençaient au début du mois d'août, afin de permettre aux équipes de sélectionner ou de retrancher leurs joueurs avant le début des cours au cégep.

La session collégiale d'automne débute généralement peu après la mi-août. Ainsi, chaque joueur sélectionné ou retranché pouvait s'inscrire à temps au cégep de son choix.

Or, en vue de la saison 2016-2017, les gouverneurs des équipes de la LHJMQ ont décrété que les camps se mettront plutôt en branle à compter du 17 août, soit 24 heures avant le début de la session dans certains cégeps.

Les effets de cette décision ne sont pas banals.

Quand les derniers joueurs seront sélectionnés ou retranchés le 29 août, une ou deux semaines de classe se seront déjà écoulées, selon l'établissement fréquenté.

Environ une centaine de joueurs pourraient ainsi être forcés à entreprendre leur session en retard.

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Quand les enseignants des collèges membres de l'Alliance sport-études ont été appelés à se prononcer sur ce projet de report du camp d'entraînement, ils n'y sont pas allés « avec le dos de la main morte », comme dirait Jean Perron.

L'avis écrit que l'Alliance sport-études a remis à la LHJMQ ne laissait place à aucune interprétation.

« Des joueurs-étudiants pourraient débuter deux semaines en retard, ce qui représente un grand risque pour leur réussite », a plaidé l'Alliance, d'entrée de jeu.

Le document dresse ensuite une longue liste d'embûches auxquelles feront face les hockeyeurs-étudiants qui s'inscriront en retard au cégep. Exemples :

. Difficulté pour le cégep de les intégrer dans des cours qui seront déjà complets.
. Difficulté pour les étudiants de s'inscrire aux cours qui conviendraient à leur cheminement et à leurs contraintes d'horaire, puisque plusieurs cours seront déjà complets.
. Obligation pour les étudiants de s'inscrire à un plus grand nombre de cours à distance, un processus qui ralentit l'obtention d'un diplôme.

« Le retard pris en début de session est difficile à rattraper pour tout étudiant. Ce sera doublement difficile pour ces joueurs-étudiants qui ont des contraintes importantes durant la session », poursuit le document.

« Il est prouvé que les premiers jours au cégep sont cruciaux pour réussir la difficile transition secondaire-collégial, puisqu'ils permettent de créer rapidement un sentiment d'appartenance et de sécuriser les étudiants dans leurs relations avec les enseignants. »

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Les membres de l'Alliance sport-études font par ailleurs valoir que les joueurs-étudiants qui fréquentent les cégeps en région ratent déjà parfois jusqu'au tiers des heures de certains cours pendant une session et qu'il est illogique de leur faire rater une ou deux semaines de plus.

« Plusieurs collèges mentionnent que, considérant le nombre peu élevé de joueurs qui poursuivront une carrière dans les rangs professionnels, la LHJMQ devrait arrimer son calendrier en fonction du calendrier scolaire pour augmenter le taux de diplomation de ses joueurs. De cette façon, elle ferait de l'éducation une réelle priorité », stipule l'avis remis aux décideurs du hockey junior majeur québécois.

« Les joueurs confirmés ou retranchés tardivement ne sont pas ceux avec le meilleur potentiel sportif. Ils devraient considérer les études de façon encore plus importante que les autres, puisqu'ils ne feront fort probablement pas carrière au hockey, mais ce sont eux en particulier que (le report du camp d'entraînement) pénaliserait », renchérit-on.

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En bout de ligne, les collèges se demandent jusqu'où ils devront aller pour accommoder les dirigeants de la LHJMQ et ils soulignent que dans l'ensemble des changements (de calendrier) proposés par la ligue, aucun ne vise à améliorer les études des joueurs-étudiants.

« Si la réussite scolaire de ses joueurs est vraiment importante pour la LHJMQ, elle ne devrait pas aller de l'avant avec cette nouvelle formule de calendrier », conclut le document.

Le 11 février dernier, aucun de ces arguments massue ne semble avoir ébranlé les gouverneurs de la LHJMQ. Et la modification du calendrier a été entérinée.

Les coûts d'opération d'une équipe junior majeur sont élevés, et l'équilibre financier de plusieurs équipes est sans doute compromis par les baisses de fréquentation du public enregistrées.

Très clairement, les impératifs financiers ont donc eu le dessus sur le bien-être des jeunes athlètes. Malaise. 

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Quand j'ai lu cet avis de l'Alliance sport-études, mon premier réflexe a été de téléphoner à Jocelyn Thibault.

L'ex-gardien de la LNH est maintenant propriétaire du Phoenix de Sherbrooke, et je sais que les études de ses joueurs sont particulièrement importantes à ses yeux.

Thibault a lui-même été joueur-étudiant par excellence de la LHJMQ durant son stage junior.

Il m'a avoué qu'il n'avait jamais été mis au fait de l'existence de l'avis de l'Alliance sport-études. Ce n'est pas lui qui assistait à la réunion où la modification de calendrier a été adoptée parce qu'il n'est pas le gouverneur du Phoenix.

« Je ne peux pas parler pour les autres organisations. Mais je sais qu'en ce qui concerne le Phoenix de Sherbrooke, nous avons accepté la modification au calendrier du camp parce que nous sommes convaincus qu'elle n'aura pas un grand impact négatif sur nos joueurs », a-t-il expliqué.

« À Sherbrooke, la session d'automne débutera le 22 août, soit seulement une semaine avant que notre équipe soit complétée. Nous avons consulté notre conseiller pédagogique, qui enseigne au cégep, et qui nous a assuré qu'il était possible d'aller de l'avant.

« Par ailleurs, la ligue a été très claire et très insistante auprès des équipes. Elle nous exhorte à tout faire pour limiter les impacts que ces inscriptions tardives pourraient avoir sur les joueurs-étudiants et pour faciliter leur réussite », souligne Thibault.

« En ce qui concerne le Phoenix, nous allons nous imposer une pression supplémentaire au camp d'entraînement. Nous allons tenter de faire nos sélections le plus rapidement possible afin de réduire au maximum le nombre de joueurs touchés par cette situation. »

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Le directeur général de l'Alliance sport-études, Sébastien Fyfe, m'a impressionné par son aplomb durant notre entrevue. Il endosse chaque mot et chaque virgule de l'avis remis aux décideurs de la LHJMQ.

« Compte tenu des arguments qui ont été soumis à la ligue, nous aurions préféré que les gouverneurs prennent une décision différente », admet-il.

« Cela dit, même si nous sommes en désaccord avec la ligue sur cette question, même si nous trouvons que l'aspect pédagogique n'a pas été suffisamment pris en considération, nous allons continuer à travailler avec la LHJMQ pour tenter de limiter le plus possible les impacts que ces inscriptions tardives auront sur les joueurs-étudiants. »

Le DG de l'Alliance sport-études évalue que de deux à cinq joueurs-étudiants par équipe (il y a 18 équipes) seront touchés par les modifications apportées au calendrier des camps d'entraînement.

M. Fyfe estime que, malgré la décision prise par la LHJMQ sur cette question précise, « la majorité des équipes font de sérieux efforts pour favoriser la réussite scolaire de leurs athlètes ».

L'Alliance sport-études a promis à ses membres (les cégeps) de suivre de façon très serrée les dossiers scolaires des joueurs qui seront contraints de s'inscrire tardivement à la session d'automne.

On parle ici des joueurs retenus par les équipes de la LHJMQ tout comme ceux qui seront retranchés à la fin des camps. 

« Si nos appréhensions se confirment, nous reviendrons à la charge », promet le directeur général de l'Alliance.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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