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Les jeunes Estriens, moins pressés d'être apprentis conducteurs

Beau temps, mauvais temps, Natacha Audet-Morissette marche pour se rendre au Cégep. Et quand elle va travailler ou faire l'épicerie, elle prend l'autobus plutôt que le volant. La raison est bien simple : à 18 ans, elle n'a pas de permis de conduire et n'a pas non plus l'intention de s'en procurer un bientôt. Une décision que les jeunes Estriens semblent de plus en plus nombreux à imiter.

Un texte de Christine Bureau

« Quand tout est proche de toi, que tu es capable de tout faire à pied ou en autobus, ça revient moins cher et c'est beaucoup plus pratique », résume-t-elle. La jeune étudiante a choisi de déménager en appartement près du Cégep de Sherbrooke plutôt que de s'acheter une voiture. Une autre forme de liberté qu'elle ne regrette pas.

Sans compter qu'elle aime cette idée de réduire son empreinte écologique, en plus d'apprécier l'« aspect social » qui se dégage d'un voyage en autobus. « Si les gens ont des questions sur les trajets, ils le demandent. Tout le monde s'aide et moi, je trouve ça l'fun », raconte-t-elle.

Pourrait-elle changer un jour d'idée? Elle n'écarte par cette possibilité. Déjà, l'horaire d'autobus durant les fins de semaine l'empêche de travailler les quarts de matin à son emploi. Même s'il est « rare qu'il y a des impasses », c'est le fait d'avoir un jour à aller travailler loin de chez elle qui pourrait la convaincre d'aller chercher son permis de conduire.

« C'est dur aussi de trouver du covoiturage tout le temps et ça peut coûter cher », note-t-elle.

Les 20-24 ans plus nombreux

La Société d'assurance-automobile du Québec (SAAQ) a remarqué que les jeunes sont moins pressés d'avoir leur permis probatoire qu'auparavant. « Il y a une hausse importante, chez les 20-24 ans de 2011 à 2016 d'à peu près 20 %. Ce que ça veut dire, c'est que les jeunes attendent de plus en plus longtemps avant d'aller passer leur examen et d'avoir leur permis probatoire. C'est probablement par choix », souligne le porte-parole de la SAAQ, Mario Vaillancourt.

En Estrie, cette augmentation se chiffre à 20 % chez les 20-24 ans, de 2011 à 2016. Chez les jeunes âgés de 16 ans à 19 ans, c'est plutôt une diminution qui a été remarquée : le nombre de titulaires d'un permis de conduire ou d'un permis probatoire a chuté de près de 10 % de 2011 à 2016.

Professeure à l'Université de Sherbrooke, Marie Claude Ouimet étudie le bilan routier des jeunes conducteurs. Elle note qu'il y a peu d'études sur le sujet, mais que ces nouvelles données, même si elles n'ont pas encore été confirmées à long terme, ne sont pas une « mauvaise chose », d'un point de vue sécuritaire.

Instructrice automobile depuis plus de 35 ans, Estelle Rioux, de chez ConduitExpert Asbestrie, est d'accord pour dire que l'âge a une influence sur la maturité du conducteur.

« Même les jeunes nous le disent eux-mêmes. À 16 ans, ils le veulent le permis, mais il y en a qui sont prêts, il y en a qui ne le sont pas. C'est quand même une responsabilité de partir sur la route tout seul avec un véhicule », atteste-t-elle.

Au fil du temps, elle a d'ailleurs remarqué que les groupes sont moins homogènes qu'auparavant.

« Il y a beaucoup de gens qui viennent de l'extérieur de Sherbrooke aussi, qui viennent des grands centres. [...] Tu as les étudiants à l'université aussi, ils ont toujours habité près des écoles », énumère-t-elle, sans toutefois pouvoir mettre le doigt sur une raison en particulier. Surtout, ajoute-t-elle, que le prix du permis de conduire n'a pas augmenté depuis 2010.

Et pour les plus pressés

La réalité dans les petites villes ou en milieu rural est également différente. Gilia Simard, 20 ans, vit dans l'arrondissement de Rock Forest, loin des arrêts d'autobus. Elle n'a pas voulu attendre une seule minute avant d'avoir son permis. Elle l'a obtenu au lendemain de sa fête de 17 ans.

« Je ne voulais pas attendre », se remémore-t-elle. Tous les membres de sa famille en avaient déjà un quand elle a obtenu le sien. Et elle a été la première de ses amis à avoir sa voiture et a toujours boudé le transport en commun. Ce qu'elle apprécie de sa voiture, malgré les coûts? « La liberté. Ne pas dépendre de ses parents ou des autres. »

Avec la collaboration de Geneviève Proulx

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