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Les réponses d'Ottawa tardent pour des familles de Syriens parrainées en Estrie 

Plus de quatre millions de Syriens tentent de fuir leur pays, ravagé par la guerre et la communauté syrienne de l'Estrie se mobilise pour parrainer certains d'entre eux. De nombreuses demandes ont été acheminées à l'ambassade du Canada à Beyrouth, au Liban, il y a plus d'un an, et malgré la crise qui s'intensifie, les familles n'ont toujours pas reçu de réponse d'Ottawa.

Un reportage de Mélissa Fauteux

Josephine Youssef est arrivée en Estrie avec sa famille en décembre 2014. Après s'être enfuie au Liban, elle a trouvé refuge à Sherbrooke grâce au parrainage de l'Église syrienne orthodoxe.

L'Église syrienne a offert 1 M$ en garantie pour parrainer 60 familles. Vingt-cinq d'entre elles, dont celle de Josephine Youssef, ont pu immigrer, mais quarante autres attendent toujours une réponse d'Ottawa. C'est le cas notamment de celle de son oncle. La demande a pourtant été transmise à Citoyenneté Immigration Canada, il y a près d'un an.

Des délais « inacceptables »

Georges Mourani, qui supervise l'arrivée des familles de réfugiés syriens à Sherbrooke, dénonce ces délais, qui sont inacceptables, selon lui.

Il soutient que l'Église simplifie la tâche au gouvernement en payant pour ces réfugiés. Il serait donc normal qu'Ottawa facilite leur arrivée au pays, puisque le Canada n'a pas à assumer leur responsabilité.

« Il faut distinguer entre des gens parrainés, que le gouvernement ne doit débourser aucun sou. Ça veut dire que c'est notre responsabilité », affirme-t-il.

Citoyenneté et Immigration Canada affirme, de son côté, que les demandes de parrainage de Syriens sont traitées de façon prioritaire. Selon le ministère, le temps d'attente moyen pour traiter une demande de réfugié parrainé par le privé, et soumise à l'ambassade de Beyrouth au Liban, est de 11 mois.

Le Parti conservateur soutient que ce délai est raisonnable en raison du flot de demandes acheminé au Haut-Commissariat des Nations-Unies, qui coordonne l'action internationale pour la protection des réfugiés.

« Il faut comprendre que la situation sur le terrain est chaotique. Le gouvernement Harper s'est rendu sur le terrain en Syrie, en Jordanie, et la réaction immédiate a été d'augmenter le nombre de Syriens qu'on pouvait amener. Ça fait plusieurs mois qu'on a fait ça », soutient Steven Blaney, du Parti conservateur.

Récemment, le Parti conservateur a également indiqué qu'il accorderait la priorité aux minorités religieuses et ethniques dans sa gestion de la crise des migrants. Cette décision a toutefois été jugée discriminatoire aux yeux de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration. 

Davantage de délais?

Le Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC) de Sherbrooke, qui accueille tous les réfugiés arrivant en Estrie, craint toutefois que les délais de traitement des dossiers s'allongent avec l'augmentation du nombre de demandes.

Déjà, en mai, les demandes de réfugiés parrainés par des proches étaient passées de quelques dizaines par moi à plusieurs centaines, en raison de l'intensification de la présence du groupe armé État islamique, en Syrie. Très peu de familles étaient acceptées au pays et le processus était long.

La directrice générale du SANC, Mercedes Orellana, estime aussi qu'il sera difficile pour le gouvernement d'atteindre ses objectifs en matière d'immigration, comme c'est déjà le cas depuis quelques années. Il y a quatre ans, la cible était de 1900 réfugiés pris en charge par l'État. Cette année, elle n'est plus que de 1650.

Cette situation semble être une tendance qui s'applique également aux réfugiés syriens, puisque l'an dernier, le Canada avait promis d'offrir l'asile à 1300 d'entre eux. Or, il n'en a accueilli qu'un peu plus de 450.

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