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Maude Choinière-Vallée : rebondir malgré la maladie mentale de sa mère

Maude Choinière-Vallée a 21 ans et sa vie a été bouleversée par la maladie de sa mère : la schizophrénie. Le 10 janvier 2016, Caroline Choinière était tuée par son colocataire à Granby. L'homme aussi souffrait de problèmes de santé mentale. Maintenant orpheline, Maude va bien, mais ce qu'elle souhaite par-dessous tout, c'est donner espoir à ceux qui traversent des moments difficiles.

Un texte de Marie Eve Lacas

La diffusion le 5 décembre dernier du documentaire Bye d’Alexandre Taillefer a résonné en Maude Choinière-Vallée. « Des fois, même si on ne partage pas la même histoire, voir quelqu’un qui a traversé une épreuve et qui s’en est sorti peut donner envie de se battre », explique celle qui a dû faire preuve de résilience plusieurs fois dans sa vie.

Elle n’avait que deux ans quand son père a quitté la maison après une querelle avec sa mère. Il a trouvé la mort ce soir-là dans un accident de voiture. Encore aujourd’hui, la jeune femme garde précieusement le signet in memoriam à l'effigie de son père.

Quelques mois après ce drame, la santé mentale de sa mère a décliné. « Le mot schizophrénie est arrivé vite dans ma vie. Je savais que c'était ça, mais c'était quand même assez vague. Je ne savais pas pourquoi je ne pouvais pas aller vivre chez elle. Parce que moi je sais ce que je voulais. Ma mère aussi. »

Personne n'a pris le temps de leur expliquer, à son frère aîné et elle, la maladie. Leur mère n’en parlera jamais, pas plus que la tante et l’oncle chez qui ils habitent. « Déjà, quand on perd notre père jeune, c'est une grosse épreuve. J'aurais aimé que ma mère soit normale, si on peut dire ça, et qu'on vive avec elle », confie Maude, qui dit s’être sentie seule au monde.

De rares belles rencontres

La Direction de la protection de la jeunesse a rapidement pris place dans leur vie. Des visites supervisées étaient organisées, mais les rencontres se déroulaient rarement bien. « Il y avait une petite salle de jeux. Il y avait souvent une travailleuse sociale qui était là avec ma mère, mon frère et moi. On était rarement les trois, seuls. C'était toujours dans un milieu qui ne nous était pas familier. On n’était pas à l'aise. »

Au fil des ans, Maude a souvent changé d’intervenante. Elle en a compté une dizaine. Au début, elle osait tisser des liens, puis a refusé de le faire. « Chaque fois qu’elles m’annonçaient qu’elles partaient, c’était comme un autre abandon. À 14, 15 ans, je ne leur racontais plus rien, je ne voulais plus avoir mal », explique Maude, les yeux dans l'eau.

Il fallait un contrepoids pour son mal de vivre.

Difficile, mais Maude a su trouver des personnes phares pour la guider. « Je ne sais pas si c'est le fait de ne pas avoir eu de famille, mais je trouve des petites mamans un peu partout. Justement, la mère de ma meilleure amie est une de mes petites mamans. Des professeures aussi ont joué des rôles importants. Des gens à mon travail qui ne savent pas à quel point ils sont importants pour moi. »

Et c’est justement le message que Maude lance : il faut s’entourer pour garder le cap. Elle a dû le faire quand elle a su que sa mère avait été poignardée à mort par son colocataire dans son appartement de Granby le 10 janvier 2016. « Ma mère, peu importe ce qu'elle aurait pu me faire, ça restait ma mère et j'avais le goût de lui parler, de la voir et de la réintégrer dans ma vie tranquillement. »

Rebondir de nouveau

L’homme a plaidé coupable à un chef d’homicide involontaire. Il souffrait aussi de problèmes de santé mentale. Le soir du meurtre, il avait consommé de l’alcool et des drogues. « Il a eu un moment de dérape et ça a causé ça. C'est ça qui pour moi est impardonnable. La maladie mentale, je la comprends, je l'ai vécue, je sais que ce n'est pas de sa faute, mais quand c'est causé par ça, on dirait que j'ai moins de pitié. »

Une fois de plus, Maude a rebondi. Elle a terminé ses études et a trouvé un emploi comme assistante dentaire. « Se donner un but, un petit but, ça peut être tellement banal. Dans ma vie, je voulais tellement un chien. J’ai eu mon chien, tu comprends! C'est d'avoir des petits rêves. Des petites étincelles un peu partout. Des petits bonheurs au quotidien. »

Maude Choinière-Vallée veut que son parcours de battante en inspire d'autres.

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