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Méthode contraceptive controversée toujours disponible au CHUS

Une Sherbrookoise veut alerter les femmes au sujet des implants contraceptifs Essure, commercialisés par Bayer et qui sont toujours utilisés au CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Annie Ferland dit avoir vu sa santé décliner tout comme des milliers de femmes qui se plaignent de symptômes multiples sur les réseaux sociaux, autant en Europe qu'aux États-Unis. Une demande pour un recours collectif est en attente d'autorisation au Canada.

Un texte d'Annie Corriveau

En 2006, Annie Ferland considère que sa famille est complète. Elle souhaite une contraception définitive. Son gynécologue lui recommande alors les implants Essure : des tubes ressemblant à des ressorts métalliques de quelques centimètres qui sont insérés par les voies naturelles, dans les trompes de Fallope. « C'était incroyable parce que ça se faisait en ambulatoire, ça durait environ une demi-heure. Pas besoin d'ouvrir, pas besoin d'être endormie », explique-t-elle.

Au lendemain de l'intervention, elle croit que ses maux de ventre seront passagers. Ils ont duré des années. D'autres symptômes font leur apparition : des problèmes menstruels, thyroïdiens, pertes de cheveux et d'énergie.

C'est l'automne dernier, après onze ans à s'interroger sur sa santé, qu'elle entend parler pour la première fois de possibles effets secondaires liés à Essure. Dans un communiqué, le 18 septembre 2017, la compagnie Bayer annonce qu'elle cesse de vendre son produit, sauf aux États-Unis, pour des raisons commerciales et « que cette décision n'est pas liée à un problème de sécurité ou de qualité. »

Sa curiosité est piquée au vif. Annie Ferland lance une recherche sur Internet et trouve différentes pages qui lui font l'effet d'un coup de poing. Des milliers de femmes y racontent les problèmes qu'elles relient aux tubes contraceptifs Essure : migration des implants, perforation des trompes, de l'utérus, grossesse non désirée, dépression, fatigue extrême entre autres. « Je suis abonnée à Essure Québec, Essure Canada, Essure cauchemar pour la vie en France, Essure Problems. On est plus de 36 000 femmes », raconte Annie Ferland qui se reconnaît dans plusieurs récits.

Dr Guy Waddell, directeur du Département d'obstétrique et gynécologie au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, demeure sceptique devant cette longue liste d'effets secondaires dénoncés sur les réseaux sociaux. « On n'a pas beaucoup de données, on a plutôt des anecdotes », constate-t-il.

Pour ce médecin, qui utilise les implants Essure sur ses patientes depuis leur mise en marché en 2002, la méthode est efficace et intéressante, car elle est moins évasive que la ligature traditionnelle des trompes.

Encore disponibles au CHUS

Avant que Bayer ne cesse la commercialisation de son produit au Canada en 2017, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS a fait des réserves. « Il y a encore des patientes qui veulent en avoir. Elles sont au courant de tout ce qui se dit à propos d'Essure. C'est une décision que l'on prend avec elles, c'est de la gestion de risque. Si ce n'est pas ça, c'est autre chose », ajoute le spécialiste qui a déjà été consulté par les avocats de Bayer pour une expertise médicale. Il assure n'avoir aucun lien avec la compagnie pharmaceutique.

Dr Waddell s'appuie sur la plus récente étude française menée auprès d'un peu plus de 1000 femmes ayant subi une ligature traditionnelle des trompes ou opté pour les implants Essure. Les différences entre les deux méthodes contraceptives et les symptômes relevés par les femmes sont quasi inexistantes.

Selon les chercheurs, la présence d'allergie est toutefois un peu plus fréquente chez les femmes qui portent les implants. Le nickel, un allergène reconnu, est l'une des composantes des implants ainsi que le titane et le polyéthylène torephthalate (PET fiber).

Résultats attendus en 2023

Aux États-Unis, la Federal Drugs and Administration (FDA) a commandé à Bayer, en 2016, une étude plus exhaustive auprès de 2800 patientes. Les résultats seront connus qu'en 2023. Malgré l'incertitude, Dr Waddell se dit confortable de proposer cette solution à ses patientes de l'Estrie. « Je pense que les données qui favorisent le fait qu'il n'y a pas de lien sont beaucoup plus solides que les anecdotes qui vont faire le lien entre les deux », explique-t-il.

Selon Dr Waddell, pour certaines patientes obèses ou qui ont déjà eu de nombreuses interventions chirurgicales abdominales, l'installation des implants est moins risquée qu'une ligature des trompes. « Dans toutes les centaines d'implants que j'ai installés, il n'y a pas beaucoup de gens qui ont réclamé de se les faire enlever parce qu'il y avait des problèmes. Je dirais que c'est récent, depuis que ça se discute dans les réseaux sociaux. »

Convaincue que ses problèmes de santé sont reliés à la présence des implants, Annie Ferland les a fait retirer en janvier. Toutefois, ils ne sont pas conçus pour être enlevés et l'intervention se solde souvent par une hystérectomie totale.

La femme de 46 ans évalue qu'elle remonte la pente et regagne en énergie depuis l'opération. « C'est sûr que le processus de désintoxication des métaux lourds que les implants apportent n'est pas terminé et qu'il y a encore des effets secondaires. Ça va prendre un an, deux ans, je ne le sais pas. Il y en a peut-être qui ne partiront jamais », estime-t-elle.

Recours collectif demandé

Une demande de recours collectif contre Bayer est présentement en attente d'autorisation au Canada. Dans le document, il est reproché à la compagnie pharmaceutique d'avoir notamment mal évalué les effets secondaires du produit avant sa mise en marché. « J'aurais aimé être au courant pour pouvoir prendre une décision éclairée, ajoute Annie Ferland. Que Bayer arrête de nous prendre pour des cobayes! »

Selon Santé Canada, 10 000 implants Essure ont été vendus au pays depuis leur commercialisation en 2002. Bayer n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue.

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