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Naviguer sur Internet : un défi pour les personnes aveugles

Faire son épicerie en ligne, vérifier son compte chèque et même regarder un horaire d'autobus : ce sont des gestes quotidiens que l'on effectue sur Internet sans même y réfléchir. Pourtant, la réalité est tout autre pour les personnes aveugles. Les non-voyants prennent des heures à naviguer sur le web, mal adapté à leur condition.

Un texte de Marion Bérubé

Marc Robidoux est non-voyant depuis sa naissance. L'homme de 28 ans navigue sur Internet depuis plus de dix ans, mais chaque visite est une aventure en soi. « Toi, tu vas rentrer sur un site web et tu vas voir tout de suite la date, la personne qui l'a fait, tu vas voir si le site a de l'allure ou pas, nous... non », révèle-t-il, installé dans son appartement.

L’étudiant à l’Université de Sherbrooke commencera bientôt sa maîtrise en travail social. Attablé à son ordinateur, il montre l’étendue des services Internet pour les aveugles. Certains sites web sont plus faciles que d’autres à utiliser. Marc Robidoux est devenu un habitué du site de la Société de transport de la ville de Sherbrooke (STS), mais a complètement délaissé celui de l'Université. « Pour les inscriptions et les choix de cours, je demande à quelqu'un de m'aider », ajoute-t-il.

Avec l’aide de son clavier régulier et de son clavier braille, Marc navigue sur Internet tous les jours, mais chaque nouveau site est une aventure. Lorsqu’il entre sur une page web, l'étudiant doit la parcourir de fond en comble grâce à un logiciel qui lit tout ce qui apparaît à l'écran, une démarche qui rappelle parfois les douze travaux d’Astérix.

Coder pour décoder

Naviguer sur le web devient encore plus compliqué lorsqu'il est temps de remplir un formulaire. Acheter un billet de spectacle ou remplir une demande de prêt sont des services qui nécessitent bien souvent l'emploi d'un formulaire sur le net. « Il faut que le formulaire soit bien construit pour que le lecteur d'écran, qui va aider la personne aveugle à le remplir, puisse lui donner les bonnes questions », explique le chargé de cours en accessibilité du web à l’Université de Montréal, Jean-Marie D’amour.

Si le navigateur, comme Chrome ou Explorer, n'est pas adapté pour le logiciel de lecture d'écran, c'est là où le bât blesse. « Le lecteur d'écran ne peut pas faire son travail si la page web ne lui fournit pas les bonnes informations », rappelle l'expert.

Marc Robidoux, de son côté, préfère utiliser son téléphone cellulaire lorsqu'un site Internet lui fait défaut. Le téléphone lui simplifie parfois la tâche, comme pour réserver un transport adapté auprès de la STS ou simplement pour vérifier son compte chèque.

Réforme 2.0

Le gouvernement du Québec a mis sur pied des normes d'accessibilité du web en 2011 pour rendre toutes les pages web de ses ministères accessibles. Une politique qui est désormais désuette, selon le Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ). « Le gouvernement devait réviser les normes en 2016, mais ce n'est toujours pas fait. On souhaiterait que ces normes, qui actuellement ne s'appliquent qu'aux ministères et aux organismes majeurs, puissent s'appliquer au réseau de l'éducation et aux Municipalités », ajoute Jean-Marie D'amour.

Le chargé de cours milite activement au sein du RAAQ pour faciliter l'accès au web aux non-voyants. Il souhaite que le Québec s'inspire des autres provinces, qui ont même adopté des lois en ce sens. « En Ontario, toutes les entreprises de 50 salariés et plus doivent rendre leur site web accessible », explique Jean-Marie D'amour. Pour le RAAQ, la sensibilisation à ce dossier se fait au cas par cas.

Le RAAQ continue ses pressions auprès du gouvernement en espérant que les critères seront revus à la hausse. Marc Robidoux continue de naviguer régulièrement sur le web, tout en restant lucide sur ses possibilités. « Il y a une évolution, mais c'est toujours très long, ça on n'en démordera pas et je pense que dans 20 ans, consulter un site web, ça va toujours être laborieux », conclut-il.

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