Le gouvernement Trudeau a confirmé jeudi que l'utilisation, l'importation et l'exportation de l'amiante seront interdites d'ici 2018. La valorisation des résidus miniers n'est cependant pas touchée par ces mesures, ce qui rassure la municipalité d'Asbestos.

La nouvelle stratégie nationale d'Ottawa a été confirmée jeudi matin lors d'une conférence de presse réunissant les ministres fédérales de la Science, de la Santé, de l'Environnement et des Services publics au Centre de cancérologie de l’Hôpital d’Ottawa.

Elles ont toutes plaidé à tour de rôle que la science est formelle quant aux dangers de l'amiante, et que son interdiction aurait dû être décrétée depuis longtemps.

Respirer des fibres d'amiante peut causer de graves problèmes de santé, [dont] le cancer du poumon. L'exposition à l'amiante peut aussi engendrer le mésothéliome, un cancer rare mais agressif au pronostic défavorable.

Jane Philpott, ministre de la Santé

Au cours des prochains mois, le gouvernement va donc modifier la Loi canadienne sur la protection de l'environnement pour confirmer l'interdiction de l'amiante, adapter son Code du bâtiment en conséquence et instaurer de nouvelles règles fédérales concernant la santé et la sécurité en milieu de travail pour limiter les risques d'exposition.

Des consultations à ce sujet auront lieu en 2017.

Le Canada va également consentir à ce que l'amiante soit considéré comme un produit dangereux et inscrit comme tel à la Convention de Rotterdam, un traité qui régit le commerce international des produits dangereux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a condamné ce produit depuis 30 ans, a rappelé la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna.

Le Canada ne produit plus d’amiante depuis la fermeture de la mine Jeffrey, à Asbestos, il y a plus de cinq ans.

L'importation de produits contenant de l'amiante, dont des patins de frein pour les véhicules et des tuyaux utilisés dans l’industrie du bâtiment, se poursuit cependant. Ces importations ont pratiquement doublé de 2011 à 2015, soit depuis la fermeture de toutes les mines d’amiante au Canada.

Soupir de soulagement à Asbestos

En conférence de presse, la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, a dit avoir parlé aux maires d'Asbestos et de Thetford Mines et aux députés fédéraux et provinciaux de la région mercredi et être bien au fait de leurs inquiétudes. Elle a cependant précisé que les projets visant à extraire le magnésium des résidus miniers ne seront pas concernés par l'interdiction de l'amiante.

En entrevue à Radio-Canada, le maire d'Asbestos, Hugues Grimard, a dit être rassuré que l'approche gouvernementale ne touche pas ces projets, sur lesquels sa municipalité compte pour assurer son développement au cours des prochaines années.

« C’est important de rassurer les investisseurs, parce que ça a un énorme potentiel de développement économique », indique le maire Grimard, qui évoque 400 millions de tonnes de résidus miniers à exploiter. « C’est la technopole du magnésium qui s’en vient chez nous. C’est un créneau de développement majeur. C’est des centaines d’emplois, des millions en investissement. »

Eux autres corrigent le passé, nous, on s’assure de créer de la richesse pour l’avenir. [...] C’est rassurant pour la population d'ici, c’est rassurant pour les investisseurs et c’est rassurant pour l’ensemble du milieu.

Hugues Grimard

À Asbestos, les entreprises Mag One et Alliance-Magnésium travaillent déjà à des projets pour extraire le magnésium des résidus miniers provenant de l'exploitation passée de la mine d'amiante. Le seul projet Alliance-Magnésium pourrait engendrer des investissements de 500 millions de dollars au cours des prochaines années, et créer 300 emplois directs.

La députée libérale provinciale de Richmond, Karine Vallières, dit également être soulagée par l'annonce du gouvernement Trudeau. Elle a défendu son collègue Laurent Lessard, député de Frontenac, qui soutenait mercredi qu'Ottawa faisait « n'importe quoi » dans ce dossier. Au moment de cette déclaration, a-t-elle dit, « on n'avait pas l'information » sur les résidus miniers.

« On comprend aussi qu’il y aura un vaste chantier de consultations, donc il n'y a rien qui ne se passera pour les deux prochaines années », a-t-elle ajouté, tout en reconnaissant que ce long processus risque de se pencher sur des « détails », étant donné la volonté claire du gouvernement d'aller de l'avant avec l'interdiction de l'amiante.

« Il est certain qu’on fera notre travail comme on l’a toujours fait pour démontrer ce qu’on fait dans notre région, de façon sécuritaire, et en lien avec les demandes au niveau de la santé, mais surtout dans le développement économique et le développement durable », assure-t-elle.

Selon Mme Vallières, « d'autres projets qui ne sont pas nécessairement mis de l’avant publiquement encore » sont également à l'étude dans les régions concernées.

D'autres problèmes de santé à venir

La décision d'Ottawa est une « excellente nouvelle », selon le Dr Yv Bonnier Viger, directeur de la santé publique du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie. Il prévient cependant que d'autres maladies attribuables à l'amiante seront décelées au cours des prochaines années.

On sait depuis longtemps, malheureusement, que l’industrie de l’amiante, avec ses cachotteries et sa tendance à créer de la fausse science, a retardé depuis longtemps ce genre de décision qui est vraiment importante pour la santé de la population. À cause de ce retard, on en a un peu partout.

Yv Bonnier Viger

« Le temps que le cancer prend pour se développer à partir du moment où la personne a été exposée à l’amiante peut aller de 20 à 40 ans », souligne-t-il. « C’est pour ça qu’on a beaucoup de cas et qu’on va en voir encore pendant plusieurs années. »

La ministre Philpott avait également soulevé cette situation en conférence de presse. Cela explique pourquoi Ottawa va également s'atteler à accroître les activités de sensibilisation au sujet des effets de l'amiante.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un homme sauve un faucon d'une attaque de serpent





Rabais de la semaine