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Par passion pour l'humain, les maths et la physique

C'est en équipe qu'une bataille contre le cancer se tient, tous les jours, au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Une équipe formée de médecins, d'une multitude de spécialistes, mais aussi, depuis quelques années, de physiciens médicaux en radio-oncologie. Maillon important de la chaîne, ils scrutent dans les moindres détails, les traitements de radiothérapie administrés aux patients dans le but d'offrir le meilleur traitement possible. Un travail qui demande beaucoup d'analyse, de concentration et de rigueur.

Pour dérider leur environnement de travail, les physiciens médicaux en radio-oncologie ont fait un ajout de taille à leur équipe : Arnold Schwarzenegger a été élu « chef de physique ». Des images de la vedette américaine sont affichées ici et là. Une blague entre collègues qui a fait du chemin et qui fait sourire.

De toute évidence, l'équipe ne se prend pas au sérieux, bien que le travail qu'elle accomplit, lui, le soit.

Être physicienne médicale

Parmi les dix physiciens médicaux en poste en radio-oncologie, il n'y a qu'une seule femme, Christine St-Pierre. Comme ses collègues, son rôle est d'assurer un contrôle de qualité du traitement. « Le médecin prescrit le traitement de radiothérapie, quelle quantité de radiation et à quel endroit. Des technologues font des plans de traitement, nous on les vérifie avec des logiciels commerciaux ou faits maison », explique-t-elle.

Devant l'écran, Christine analyse des images dites tomodensitométriques. Cette technique d'imagerie médicale fournit de l'information concernant la densité des tissus, une donnée nécessaire pour calculer la dose de radiation nécessaire pour le patient. « Chaque patient a son plan personnalisé. On a des recettes, des standards, mais selon le type de cancer, son étendue, la condition médicale du patient et les demandes du médecin, le plan se spécialise selon le cas », ajoute la passionnée de mathématiques et de physique qui se destinait plutôt à une carrière en astrophysique.

« J'ai découvert la physique médicale au baccalauréat grâce à un micro-module. Il y a un aspect appliqué, plus concret dans la partie médicale, biologique, qui m'a intéressée. » C'est, entre autres, lorsqu'un médecin lui fait un compte rendu de son travail qu'elle y trouve un sens. « Si on est chanceux, le médecin nous dit : Tel patient, tu as fait le plan, c'est bien. Lui, il a réagi comme ça, il a eu tel effet secondaire... Ça me permet de revoir mon plan pour améliorer la technique », raconte Christine, employée du CHUS depuis 5 ans, mais qui connaît l'endroit depuis bien plus longtemps. « Je me plais à dire à mes collègues que c'est moi qui a le plus d'ancienneté, parce que je suis allée à la garderie du CHUS ! »

À cette époque-là, il y avait peu ou pas de physicien médical. Le besoin est né en même temps que l'évolution des technologies. « Il y a 25 ans, les calculs étaient faits à la main. Il n'y avait pas autant de contrôle de qualité parce que les machines étaient beaucoup plus simples. Plus nos techniques de traitement évoluent, plus on a des vérifications à faire », précise-t-elle. 

Les machines dans tout ça

Les machines, comme Christine les appelle affectueusement, sont les immenses appareils qui permettent d'administrer la radiation au patient. Ces appareils doivent subir, fréquemment, un contrôle de qualité. Une tâche qui revient quotidiennement aux technologues, mais aussi aux physiciens médicaux. « Notre médicament, nous, c'est la machine. Il faut s'assurer qu'elle soit le plus efficace possible. Généralement, on est au tour du millimètre de précision pour placer le patient et donner la radiation. Ça nécessite beaucoup de mesures tous les jours, tous les mois et tous les ans. » 

Cette matrice de détecteurs sert à prendre des mesures du plan du patient, puis à les comparer avec celles du logiciel.

Cette matrice de détecteurs sert à prendre des mesures du plan du patient, puis à les comparer avec celles du logiciel.

 © 

Radio-Canada/Emilie Richard

En équipe de deux, les physiciens médicaux sont associés à un appareil qu'ils bichonnent au jour le jour. « Les machines, tu sais qu'elles vont avoir des problèmes quand une nouvelle arrive. Elles sont jalouses. Ce n'est pas réaliste, mais tu viens à avoir un attachement à la longue », raconte, en riant, la verbomoteur. Une caractéristique qui en faisait, selon ses collègues masculins, la personne toute indiquée pour démystifier leur profession.

Et oui, que fait un physicien médical ? Une question que se fait fréquemment poser Christine.

« Ça arrive souvent. Dans les partys de famille par exemple. J'aime leur expliquer ce que je fais parce que le cancer, ça nous touche tous directement ou indirectement. C'est mieux de savoir à quoi s'attendre, ça fait moins peur. Les gens veulent savoir... Leur père ou leur cousine a reçu un traitement. Ils me demandent si le traitement était correct. Je ne peux pas dire si c'était correct, mais je leur explique ce que l'on fait et ça les rassure. »

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