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Plaidoyer pour un investissement dans les logements adaptés à Sherbrooke

Des murs aux traces noires, toutes à la même hauteur, laissées par les roues de son fauteuil roulant. Un interphone qu'elle ne peut utiliser parce qu'il est bien trop haut. Dans son appartement de la rue Murray, à Sherbrooke, France Sigouin se sent parfois en prison. L'appartement de la femme de 50 ans, atteinte de sclérose en plaques, ne lui convient plus. Elle cherche depuis des mois un nouvel endroit pour y vivre. Sans succès.

Un texte de Marie Eve Lacas

Elle n'a pas la seule dans cette situation. Les logements adaptés se font rares dans la région. Le CIUSS de l'Estrie-CHUS compte sept ressources intermédiaires. Ces résidences répondent spécifiquement aux besoins d'adultes à mobilité réduite. Dans la région, 71 personnes y vivent. France Sigouin rêve chaque jour plus intensément de ce milieu de vie. « C'est une chambre que j'aurais et ce serait communautaire. Pour manger avec les autres et on m'aiderait à manger. J'aurais une sonnette dans la chambre s'il m'arrive quelque chose. J'aurais plus de surveillance qu'ici », raconte celle qui sort de moins en moins de chez elle.

Une travailleuse sociale l'a inscrite sur une liste d'attente dans l'arrondissement Brompton, à Sherbrooke. « Ça fait deux ans de ça. J'ai appelé, j'ai appelé et elle m'a dit qu'elle ne le sait plus. Elle ne le sait pas quand. Et qu'est-ce qui fait que c'est comme ça, je ne le sais pas », explique France Sigouin.

Il y a huit ans, elle se déplaçait dans son logement avec une marchette. Aujourd'hui, elle ne quitte plus son fauteuil roulant. Chaque geste du quotidien lui gruge une énergie vitale, comme faire couler l'eau du robinet ou débarrer la porte aux visiteurs, par exemple. France Sigouin ne cache pas être gagnée par l'impatience, mais surtout par la fatigue. « Je me plains, je suis fatiguée, je suis tannée. Mais en même temps, ce n'est pas mon objectif aujourd'hui. Ce que je veux, c'est démontrer la réalité. Une personne comme moi ou d'autres, on a besoin de plus que ce que j'ai là. »

L'Association canadienne de la sclérose en plaques milite justement pour la construction de logements adaptés à leurs besoins. Actuellement, 900 personnes atteintes de sclérose en plaques vivent dans des centres d'hébergement et de soins de longue durée à travers la province. « Nous on trouve que c'est inacceptable », indique le directeur de la section Estrie de l'organisme, Jacques Raby.

Clientèle vieillissante

« La clientèle, qui est déjà sur place est vieillissante, et a parfois des problèmes de démence. Ce n'est pas un environnement qui est sain pour une personne qui a toute sa tête, mais qui est juste physiquement limitée », ajoute-t-il. Son organisation réclame une plus grande volonté politique pour que le dossier débloque.

Entre temps, France Sigouin, elle, garde espoir que les choses bougent. Elle serait la prochaine sur la liste d'attente de son futur chez-elle. Le CIUSS de l'Estrie-CHUS indique qu'actuellement 15 personnes attendent une place en ressource intermédiaire dans la région. Le délai moyen d'attente est de 186 jours.

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