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Projet d'interconnexion Québec-New Hampshire : le courant passe difficilement à Sherbrooke

Manque de communication et d'information, craintes des impacts environnementaux, inquiétudes sur le processus, certains citoyens en avaient long à dire lors de la rencontre d'information du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui s'est déroulée lundi soir à Sherbrooke. Le BAPE avait invité les citoyens à venir s'informer et poser des questions sur le projet d'interconnexion Québec-New Hampshire (Northern Pass aux États-Unis) que souhaite développer Hydro-Québec à compter de 2017.

La rencontre s'est déroulée à Sherbrooke en présence d'une cinquantaine de personnes. Bien que tout se soit déroulé dans le calme, une poignée de citoyens en avaient gros sur le cœur, notamment en raison des expériences passées.

C'est que pour plusieurs, l'histoire se répète. Le projet de ligne de transmission de 320 kV vise à acheminer de l'hydroélectricité au marché de la Nouvelle-Angleterre en reliant le poste des Cantons, situé à Val-Joli, à celui de Franklin, dans l'État du New Hampshire. Pour minimiser les impacts, une partie du tracé délimité par Hydro-Québec, long de 59,6 km, suit une ligne déjà existante. Les résidents situés dans cette zone ayant déjà un pylône sur leur terrain devraient ainsi se retrouver avec un deuxième.

« Votre histoire est magnifique, mais la réalité est différente », a ironisé Léonard Bouchard, se décrivant comme « heureux propriétaire d'un pylône ». « J'ai une petite rivière. Quand vous avez construit la [première] ligne, Hydro a coupé tous les arbres le long du ruisseau. Quelles sont mes garanties que cette fois-ci, tout sera fait comme il faut? »

André Paquette, un résident de Johnville, a également deux pylônes sur son terrain, qui est situé tout près d'une tourbière. Les travaux d'alors, affirme-t-il, ont causé le dépôt de nombreux sédiments dans le bassin versant.

Ginette Cantin, porte-parole d'Hydro-Québec, admet qu'il y a trente ans, lorsque les premiers pylônes ont été installés, les « choses étaient différentes, mais qu'elles ont évolué. »

« À l'époque, on n'avait pas d'entente avec l'Union des producteurs agricoles. Il y a bien des choses qui sont prévues de manière détaillée dans les liens avec les propriétaires, dans la nature des travaux, dans la nature des compensations et de remise en état. Des choses qui sont prévues et qui ne l'étaient pas, il y a 30 ans. »

S'opposer, mais à quoi?
Les citoyens qui s'opposent au projet et souhaiteraient faire une demande d'audience publique ont jusqu'au 8 juillet pour soumettre une demande par écrit au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Ce délai est incompréhensible pour Alain Paquette, tout comme pour d'autres citoyens, qui estiment qu'Hydro-Québec a manqué à sa tâche d'informer adéquatement les résidents touchés par cette ligne.

« On n'est pas familier avec le mécanisme du BAPE. On n'a pas encore eu de rencontre avec Hydro sur le terrain, ce qu'ils vont aménager, ce qu'ils vont accepter, ce qu'ils n'accepteront pas. »

Ginette Cantin soutient pour sa part que tous les propriétaires touchés ont été avisés et invités à venir aux portes ouvertes pour en connaître davantage. Les gens ont également une ligne téléphonique à leur disposition pour demander de plus amples explications.

Mais pour connaître l'endroit exact où le pylône sera installé, il est encore trop tôt pour le dire.

« À cette étape-ci, le positionnement précis chez chacun des propriétaires est en cours d'élaboration [...] les informations seront disponibles au cours des prochaines semaines. »

D'autres gens rassurés
Stéphane Tanguay, directeur de Nature Cantons de l'Est, soutient pour sa part qu'il est « assez confiant dans les processus publics. »

Si lui-même a quelques craintes concernant certains aspects entourant le projet, il a toutefois été agréablement surpris d'apprendre que des corridors forestiers pourraient être aménagés aux pourtours du pylône pour limiter l'impact sur les animaux.

« J'étais [également] content d'apprendre qu'il y allait avoir des mesures aussi pour prévenir la dispersion des espèces envahissantes. »

Il ajoute que l'ouverture d'Hydro-Québec à entendre les préoccupations citoyennes est rassurante.

« J'ai toujours des questions. Ce que je comprends bien, c'est que je vais avoir un moment pour les poser. On va s'assoir avec moi, on va se donner la peine de les écouter. »

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