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Pyrrhotite au Connecticut : chronique d'un désastre annoncé

C'est bien malgré eux, mais avec le temps, les membres de la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite ont développé une expertise en la matière. Trois d'entre eux se trouvent présentement au Connecticut, là où se dessine une lente catastrophe. 

Un texte de Pierre Marceauà Ellington au Connecticut

Dans ce petit État américain, 20 000 propriétaires de maisons pourraient avoir de la pyrrhotite dans le ciment de leurs fondations.

C'est le cas de Wally Brisson, de Strafford Spring, qui a dû dépenser 69 000 dollars américains pour refaire toute sa fondation.

Il parle d'une véritable catastrophe. « Seulement pour mon village, on compte au moins 400 victimes. Et il y en aura d'autres », avance-t-il. 

Sans aide des gouvernements ou de ses assurances, le retraité a dû puiser dans ses économies pour y arriver.

Un long délai 

L'histoire de ces résidents du Connecticut n'est pas sans rappeler celle de la Mauricie, où 4000 maisons pourraient être construites sur des fondations de ciment où l'on retrouve des concentrations de pyrrhotite.

Mais si les propriétaires de Trois-Rivières et d'ailleurs en Mauricie ont vite été saisis du problème, il en est tout autrement au Connecticut, où les victimes de la pyrrhotite l'ont appris avec désarroi des décennies plus tard.

Il aura fallu parfois plus de 30 ans pour que les premiers symptômes apparaissent.

C'est au début des années 2000 que les premières victimes se sont rendues compte de l'effondrement progressif de leur solage.

Lynda Tofolowsky, une citoyenne de Tolland, est l'une des premières victimes à avoir porté sa cause devant les tribunaux. Elle accusait alors une entreprise locale, J.J. Mottes, de lui avoir vendu du ciment de mauvaise qualité contenant de la pyrrhotite.

Le tribunal s'est toutefois plié en 2003 aux arguments de l'entreprise, qui soutenait que le ciment avait plutôt été mal traité au moment de couler les fondations. L'entreprise alléguait que les installateurs, pour sauver du temps, ajoutaient de l'eau au mélange de sable, de ciment et de roches.

Ce surplus d'eau, selon J.J. Mottes, expliquerait pourquoi les fondations de Mme Tofolowsky craquent de partout, au point où sa maison est devenue instable.

J.J. Mottes a récemment vendu ses deux usines de production de ciment.

Alors qu'Ottawa et Québec ont délié les cordons de la bourse en accordant 60 millions de dollars aux victimes de la Mauricie, le Connecticut reste prudent.

Le gouverneur de l'État, Dannel P. Malloy, a lancé une enquête sur la question il y a un an. L'enquête a finalement conclu que la pyrrhotite était sans le doute la cause des problèmes de toutes les victimes.

En mai dernier, l'Assemblée législative de l'État a d'ailleurs adopté une loi pour que les victimes aient le droit faire réévaluer leur résidence.

Une rencontre samedi 

La Connecticut Coalition Against Crumbling Basements n'entend toutefois pas baisser les bras. Le comité formé au début de l'été a organisé samedi une rencontre sur la question. 

Quelque 200 personnes y étaient attendues, mais la présence des Canadiens dans la région semble avoir été un bon coup pour l'organisation : désormais, 800 personnes sont attendues à Ellington en matinée. 

Wally Brisson a déjà confirmé qu'il sera du nombre.  « Je serai à Ellington pour la réunion, c'est certain. On ne peut pas laisser les choses comme ça. Il faut qu'on fasse quelque chose », soutient-il. 

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