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Quand le ministre de la Famille ne peut pas prendre son congé de paternité

Le 21 janvier dernier, le ministre de la Famille, Luc Fortin, est devenu père pour la quatrième fois. Comme bien des papas, il a voulu passer les premiers instants de Victoria auprès d'elle. Avec stupeur, il a appris que c'était impossible parce qu'il n'est pas éligible au congé de paternité du gouvernement du Québec.

Un texte de Geneviève Proulx

« Je souhaitais, comme tous les parents, bénéficier du Régime québécois d'assurance parentale (RQAP), me retirer complètement pendant cinq semaines et être à la maison, comme je l'avais fait pour mes deux premiers enfants. Mais comme élu, même si on paye notre cotisation au RQAP, mais on n'y a pas droit », se désole celui qui est également député de Sherbrooke.

L'idée de prendre un congé sans solde lui a alors traversé l'esprit. « On m'a alors dit que je recevais une indemnité et non un salaire. On ne pouvait donc pas arrêter de me verser cette indemnité sauf si je démissionne. Par contre, on m'a dit qu'il n'y avait pas de problème à rester à la maison tout en étant payé », raconte-t-il.

Une option que le ministre a écartée du revers de la main. « La vie politique étant ce qu'elle est, la question allait m'être posée. Comme les autres parents, je ne serai pas sur le RQAP, mais je serais chez moi cinq semaines à 100 % de mon salaire avec les privilèges de ma fonction? J'aurais été la cible des critiques et pour cause! »

Il n'est pas le seul élu à l'assemblée nationale à ne pas avoir pu bénéficier d'un congé parental : les députées Véronique Hivon du Parti québécois et Geneviève Guilbault de la Coalition avenir Québec sont devenues mères en cours de mandat.

Finalement, après entente avec le premier ministre, il a été convenu que Luc Fortin n'irait pas à Québec pendant les cinq semaines suivant la naissance de sa fille. « Tous les jours, j'ai travaillé des demi-journées à mon bureau de comté de Sherbrooke, mais je n'ai pas pu être présent à la maison à temps plein. C'est le compromis qu'on a trouvé. »

Moderniser les règles

Pour le ministre de la Famille, il ne fait aucun doute qu'il faut moderniser les règles entourant les congés parentaux des députés, mais on doit aussi faciliter la conciliation travail-politique. « Les membres du bureau de l'Assemblée nationale doivent se pencher sur ces questions. Si on veut inciter les jeunes à se lancer en politique, il faut faire ces changements. À tout le moins, les proposer et les amorcer. À mon retour à Québec, je vais en parler à mes collègues, c'est certain. »

Véronique Hivon est devenue mère deux semaines à peine après avoir été élue, en 2008. « J'ai consulté la direction de l'Assemblée nationale pour connaître les modalités du congé et je suis tombée en bas de ma chaise quand j'ai appris qu'il n'y en avait pas. Nous sommes vus comme des gens qui n'occupent pas un emploi, mais une fonction. Qu'on soit absent, malade ou qu'on prenne soin d'un enfant, on continue de recevoir notre salaire de député. Reste qu'on ne se sent pas à l'aise de s'absenter. »

Cette idée de faciliter la conciliation travail-famille des élus est devenue, en quelque sorte, le cheval de bataille de la porte-parole de l'opposition officielle en matière de famille. « J'aimerais que l'Assemblée nationale et tous les partis ensemble mettent de l'avant des pistes de solution. On n'en est pas là encore. J'ai émis des idées pendant la course à la direction du Parti québécois comme celle d'instaurer un congé parental de 12 à 16 semaines de congé pour les députés. Ça se voit déjà pour les élus municipaux. »

En l'absence des députés nouvellement parents, Mme Hivon propose un système de jumelage avec un autre député qui exercerait son droit de vote, par exemple.« On pourrait aussi utiliser les technologies en dehors des périodes parlementaires comme la visioconférence. »

En 2016, le gouvernement du Québec a modifié la loi pour permettre aux élus municipaux de prendre un congé parental d'au moins 16 semaines.

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