Ils ont une passion commune pour la course à pied. L'un est enseignant à la retraite, l'autre est chirurgienne cardiaque. Il y a cinq ans, leur chemin se sont croisés. Trois opérations au coeur plus tard, Michel Morin a retrouvé son coeur d'athlète. À 59 ans, il peut encore courir plus de 80 km par semaine.

Un texte d'Emilie Richard

C'est une belle journée ensoleillée d'automne. Michel Morin se permet de faire la bise à Dre Marianne Coutu qui travaille à l'Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Il est ému de la revoir pour la première fois en cinq ans. Même si les années ont passé, ils jasent comme s'ils s'étaient vus la veille. Les premiers mots qu'ils échangent font référence à leurs plus récentes performances sportives.

M. Morin vient tout juste de courir un demi-marathon. « Je voulais le courir en 1 h 40, mais j'ai eu un départ un peu trop vite. Je l'ai fini en 1 h 59. » Dre Coutu mentionne qu'elle peut « quand même encore courir un 5 km en moins de 25 minutes ».

Sans grand détour, la conversation se resserre inévitablement sur le cours des événements qui les unit.

Michel Morin relate tout dans les moindres détails de la même façon qu'il donne, à la seconde près, ses résultats sportifs.

Ses passages au bloc opératoire auront été marquants.

La première rencontre : 18 août 2011

Celui qui court depuis plus de 40 ans a été référé à la chirurgienne cardiaque pour un problème de valve mitrale. Située à gauche du coeur, la valve de M. Morin ne se fermait pas complètement et ne permettait donc pas au sang de circuler adéquatement.

Encore enseignant à l'époque, il ne présentait pas de symptôme d'essoufflement, mais souffrait d'une grande fatigue.

Ensemble, ils discutent des différentes options qui s'offrent à lui. Entre coureurs passionnés, ils se sont compris. La spécialiste connaît l'effet d'enchaîner les kilomètres. Elle a déjà franchi plusieurs fils d'arrivée de marathons et de demi-marathons.

« Il faisait de la course à pied et il voulait continuer à courir. Il ne voulait pas être limité dans ses actions après sa chirurgie, explique la chirurgienne cardiaque. Mon objectif, c'était de réparer sa valve mitrale plutôt que de la changer par une prothèse qui nécessite la prise de médicaments. Je voulais utiliser ses propres tissus pour le faire. » Une expertise que Dre Coutu est allée chercher à New York après sa formation de chirurgienne cardiaque.

En tout, il y aura trois opérations. Comme chirurgienne, Dre Coutu explique qu'il faut avoir énormément de résilience. « C'est difficile parce que c'est sûr que j'aimerais mieux parler de la seule opération qu'il a eue », dit-elle en riant, maintenant que les années ont passé.

La première opération : 6 janvier 2012

C'était le jour du 53e anniversaire de naissance de Michel Morin. Il raconte qu'il a demandé aux professionnels qui se trouvaient au bloc opératoire de lui chanter « bonne fête ». Ce qu'ils ont fait jusqu'à ce qu'il s'endorme.

L'opération semblait avoir bien réussi. « C'était beau au bloc opératoire. On a un contrôle de qualité, mais entre le premier et le troisième jour, il s'est passé quelque chose », explique Dre Coutu. Lorsqu'elle a annoncé à son patient que la réparation n'avait pas tenu le coup, le sportif avoue avoir été un peu découragé.

Mais c'était bien mal le connaître : il n'avait pas dit son dernier mot. Quand Dre Coutu lui demande s'il est partant pour recommencer l'intervention, il lui répond, qu'avec elle, il « plonge n'importe quand »!

C'est que pour éviter le plus possible l'installation d'une prothèse et, par conséquent, la prise d'un médicament anticoagulant à vie, Dre Coutu opte pour réparer à nouveau sa valve.

Pour Michel Morin, courir, c'est toute sa vie.

La deuxième opération : 13 janvier 2012

Cette fois-ci, c'était un vendredi 13. « Il ne fallait pas trop y penser », souligne avec tout son humour M. Morin.

Finalement, la réparation a tenu le coup six mois. « Les tissus étaient un peu déchirés. J'ai fait du mieux que j'ai pu », relativise la chirurgienne qui devait maintenant envisager sérieusement la prothèse.

« J’étais vraiment déçue. C'est la seule fois [de ma carrière], mais il n’arrive rien pour rien. Pourquoi c’est arrivé à M. Morin, je ne sais pas. Est-ce qu’il y avait beaucoup de tension dans les fils? », se questionne celle qui cite souvent en exemple le cas de son patient devant ses étudiants.

Un cas qui l'a aussi fait réfléchir comme chirurgienne.

La troisième opération : 28 novembre 2012

Parce qu'elle a été professionnelle, réconfortante et rassurante tout au long de son suivi, Michel Coutu s'abandonnait pour une troisième fois entre les agiles doigts de la chirurgienne cardiaque qui allait lui installer la fameuse prothèse.

« Il faut se mettre à la place de nos patients. Il faut prendre le temps d'aller les voir et de leur parler. Parfois, ça n'a pas besoin d'être très long, deux ou trois minutes peuvent être suffisantes pour les encourager. C'est ce que j'essaie d'amener et d'enseigner. C'est la responsabilisation, mais aussi l'humanisation de la médecine », répond Dre Coutu.

M. Morin est sorti de l'hôpital 48 h après sa dernière opération. À ce moment-là, Dre Coutu lui dit qu'il pourra recommencer à courir dans un mois. Pour ce « dopé de la course », comme il aime si bien le dire, les mots de la chirurgienne valent de l'or.

Impatiemment, Michel Morin a attendu que les semaines passent. Il a recommencé à courir le 13 janvier 2013. Il n'hésite même pas au moment de donner la date.

Les retrouvailles : 23 octobre 2017

La course à pied fait partie de l'ADN de Michel Morin qui est aussi entraîneur depuis 35 ans. Il aime pousser la machine. « La piste Brome à Ski Bromont de 2,7 km, je l'ai roulé en 19 minutes et 22 secondes. Je n'avais jamais fait ça depuis mon opération », relate-t-il fièrement. Dans les faits, c'est sans aucun doute sa façon de rendre hommage à celle qui a pris soin de son coeur.

Depuis, le Granbyen a lancé un club de course et de marche. « En ouvrant les yeux, trois heures après ma troisième chirurgie, ma mission était devenue claire. Il fallait que je partage cette passion . »

« Je suis aussi très fière de l’influence qu’il peut avoir sur les autres. Il faudrait juste que je sois à la préretraite pour pouvoir être dans son club de course », lance à la blague Dre Coutu.

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