Julie Labrecque a choisi la campagne de Martinville pour fabriquer son fromage de chèvre, mais, lorsqu'elle vient en ville, c'est au centre-ville de Sherbrooke qu'elle veut faire la majorité de ses achats. Le temps d'un café et d'une virée dans les boutiques qu'elle affectionne, elle rêve de revivre l'expérience qu'elle a eue lors d'un voyage en Slovénie. Le centre-ville de la capitale, Ljubljana, est complètement piétonnier.

C'est paisible, il y a les terrasses qui sont pleines de gens! Ce serait tellement plus sympathique si la rue Wellington était piétonne...

Julie Labrecque, citoyenne

Depuis plusieurs années, le projet d'une rue piétonnière est défendu par Destination Sherbrooke, mais il est sur la glace. Les commerçants sont réticents. « S'il y a une volonté de leur côté, assurément que, nous, on serait ouvert à recommencer ces discussions-là! » s'exclame la directrice de Promotion, Accueil, Tourisme d'affaires et sportifs, Lynn Blouin. Elle considère qu'une rue exclusive aux piétons serait un ajout attractif intéressant du point de vue touristique.

Attendre le bon moment

Dans 3 ans, ce sera peut-être autre chose, mais reste que le centre-ville est encore fragile.

Jean-François Bédard, président Association des gens d'affaires du centre-ville

« Les citoyens voudraient l'avoir, mais est-ce qu'ils la consommeraient tant que ça? », demande Jean-François Bédard, président de l'Association des gens d'affaires du centre-ville. Aussi copropriétaire d'une boutique, il avoue être sceptique même pour une fermeture limitée de la rue comme à Trois-Rivières. À certaines heures, les fins de semaine, la rue des Forges est interdite aux automobilistes en période estivale. M. Bédard doute que la densité commerciale de la rue Wellington Nord à Sherbrooke soit suffisante. De grands espaces occupés par des bureaux ou institutions scolaires sont vides les week-ends.

Par contre, couper la circulation automobile lors d'événements comme « Bouffe Ton Centro » attire des milliers de personnes. « On ne peut pas s'organiser d'animer la rue pendant un été complet. Peut-être que la Ville pourrait regarder éventuellement ce qu'elle peut faire. »

Entre fermer la rue et la rendre plus accessible pour les piétons , il y a des mesures qu'on peut faire...

Gilles Marcoux, directeur général Commerces Sherbrooke

Organisme para-municipal, Commerce Sherbrooke est d'avis qu'avant de fermer la rue, d'autres options doivent être étudiées pour améliorer l'expérience piétonne.« L'élargissement des trottoirs, réduire la vitesse de circulation sur la rue, ce sont des mesures qui vont faire que le piéton sera plus confortable », ajoute le directeur général, Gilles Marcoux.

Autre obstacle à en faire une rue piétonnière selon lui, la rue Wellington Nord est enclavée entre les rues King et Frontenac.

Prendre le risque

Le chef du O'Chevreuil, Charles-Emmanuel Pariseau, regarde la situation d'un autre angle. Il se demande si « les gens ne veulent pas venir dans le centre-ville justement parce qu'il y a trop de voitures et parce qu'on n'est pas bienvenu en tant que piéton. » Il souhaite que le centre-ville devienne une destination prisée.

Au centre-ville, on marche! On se promène, on s'imprègne.

Charles-Emmanuel Pariseau, co-propriétaire O'Chevreuil

Il prend en exemple Burlington aux États-Unis qui permet la circulation pour les livraisons du matin aux commerçants, mais qui laisse la rue aux piétons par la suite.« Si on va de l'avant et qu'on prend des petits risques, des fois on peut se retrouver avec de belles visions pour l'avenir. »

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