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Rêver de redonner vie à la vielle prison de Sherbrooke

Dès qu'on ouvre la porte, on sent déjà le courant d'air froid accompagné d'une forte odeur d'humidité. L'endroit est austère et oppressant. Pour ceux qui rêvent de voir la vieille prison de Sherbrooke révéler ses secrets au public, il est prometteur.

Depuis quelques années, le directeur de la Société d'histoire de Sherbrooke, Michel Harnois, visite ou s'intéresse aux anciennes prisons qui ont réussi leur transformation, que ce soit au Québec, au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Une passion pour les prisons?

« Une passion, je ne le sais pas, affirme-t-il en riant, mais c'est un projet qui nous tient à coeur à toute l'équipe. » Ce qui l'interpelle : l'authenticité. « Selon une étude de la chaire en tourisme de l'UQAM, c'est aussi ce que recherchent les visiteurs », explique-t-il.

C'est pourquoi, le projet qu'il caresse pour l'ancienne prison commune de Sherbrooke, mieux connue sous le nom de prison Winter, entend respecter le lieu. « La valeur patrimoniale de la prison, c'est vraiment l'ensemble. La cour d'enceinte, l'édifice principal, la maison du geôlier, mais aussi toute l'interprétation de la vie judiciaire et carcérale ici à Sherbrooke. »

La vieille prison, construite en 1865, est l'une des seules encore debout qui a été conçue dans un esprit punitif. Les cellules, de la largeur d'un lit, sans lavabo ni toilette, n'ont aucune fenêtre. Considérée insalubre et loin des objectifs de réhabilitation, elle a été fermée en 1990.

Visite immersive

Selon une étude de marché commandée par la Société d'histoire de Sherbrooke, la vieille prison a un potentiel d'un peu plus de 40 000 visiteurs par année, sans compter les groupes scolaires.Le projet prévoit une visite guidée des lieux ainsi qu'un parcours plus interactif. Un autre volet plus technologique est aussi envisagé avec la réalité augmentée.

Prisonniers, gardiens et même bourreaux pourraient être personnifiés virtuellement. Dans les plans de Michel Harnois, les visiteurs pourraient aussi interroger les personnages. « Il pourrait y avoir une banque de questions auxquelles les personnages vont répondre. On veut vraiment raconter des histoires de prisonniers. Qui étaient-ils? Quels délits avaient-ils commis? Quelles étaient leur sentence? C'était quoi leur quotidien? »

Au fils des ans, six condamnés à mort ont vécu leur dernier moment sur la potence, dans la cour intérieure. « On a encore beaucoup de recherches à faire dans le registre des screws (gardiens) notamment. On est loin d'avoir terminé pour comprendre les enjeux, les tenants et aboutissants de toute l'histoire de cette prison-là », explique Michel Harnois, qui voit ce projet auquel pourraient se greffer différentes offres d'activités comme un réel marathon.

À la recherche de 6 millions $

« Le projet de la Société d'histoire est le plus sérieux qui nous a été présenté », confirme le président de la Société de sauvegarde de la vieille prison de Sherbrooke, Martin Barrette. « Il permettrait de réinvestir dans le bâtiment, de préserver l'architecture, ce qui correspond à notre mission », ajoute-t-il.

Les deux organismes ont récemment adressé une demande commune au ministre de la Culture, le député de Sherbrooke, Luc Fortin, pour que la prison soit reconnue officiellement comme un bâtiment patrimonial. Le but étant d'assurer la conservation à long terme d'un des plus vieux bâtiments de Sherbrooke.

Actuellement, avec le projet d'interprétation, la facture s'élève à 6 millions $ dont la majeure partie servira à des travaux de rénovation, de la fondation à la toiture en passant par la plomberie et l'électricité. Monsieur Barrette est conscient qu'il faut prévoir rencontrer quelques traces d'amiante, mais selon l'évaluation d'un architecte, les murs de brique sont sains.

Étape cruciale

La Société de sauvegarde de la vieille prison de Sherbrooke voit à l'entretien minimal du lieu ayant peu de moyens financiers. Certains travaux commencent toutefois à devenir urgents comme rénover la toiture, le puit de lumière naturelle et le mur d'enceinte unique au Canada selon Martin Barrette.

Un coup de pouce rapide est souhaité. « Si on a un 400 000$ qui proviendrait de la communauté, on serait capable de faire des travaux de base qui permettraient l'accueil de la population. Ce qui nous ferait une rentrée d'argent et nous permettrait d'investir dans l'infrastructure. »

Prisons devenues attraits touristiques

La prison Kilmainham à Dublin a accueilli ses premiers prisonniers en 1796 et a été témoin de la Grande famine et des guerres civiles en Irlande. Son dernier prisonnier, en 1924, est devenu premier ministre et président du pays! Abandonnée jusqu'en 1960, la prison a ouvert ses portes au public en 1966 après le travail acharné de bénévoles qui ont poursuivi les rénovations sur une période de 20 ans avant de remettre l'édifice à l'État. Nombre de visiteurs par année : 300 000.

Après sa fermeture en 1928, la prison de Wicklow, aussi en Irlande, sert d'entrepôt, car la ville ne trouve pas preneur. Partiellement démolie en 1954, le bâtiment est laissé à l'abandon. Il faudra une trentaine d'années avant que l'édifice ne soit reconnu comme étant historique. Sa restauration a débuté en 1990 et le public a été invité à visiter l'ancienne prison dès 1998. Visites guidées, événements nocturnes et même des fêtes d'enfants s'y tiennent!

L'ancienne prison d'Alcatraz, d'abord militaire et ensuite civile, jouit d'une notoriété sans frontière. Le cinéma y a contribué de même que son célèbre prisonnier, Al Capone. Sa cellulle attire encore la grande majorité des visiteurs, curieux de voir où le gangster a purgé sa peine. Le public a pu y mettre les pieds en 1973. Nombre de visiteurs par année : 1 000 000.

Le pénitencier de Kingston, en Ontario, accueille les visiteurs depuis seulement 2016, trois ans après sa fermeture. Le Service correctionnel canadien, la Ville et le Commissaire des parcs du Saint-Laurent travaillent en collaboration. Pour la première saison, entre juin et octobre, les retombées économiques s'élèvent à cinq millions de dollars pour la région de Kingston et on parle d'une quarantaine d'emplois étudiants créés. Le produit net des visites a été investi dans la communauté. Nombre de visiteurs : 60 000 l'an dernier.

La prison de Trois-Rivières a fermé ses portes en 1986. Elle a été ouverte au public telle qu'elle est aujourd'hui, en 2002, soit après une reconstitution des lieux inspirée de photos des années 1970. Les témoignages d'anciens détenus et gardiens sont diffusés dans de vieux téléviseurs. Ce qu'apprécient particulièrement les visiteurs, c'est d'avoir pour guide d'ex-détenus qui ont connu la prison. Plus rares, ils sont maintenant remplacés par des guides plus traditionnels. Passer une nuit en prison, simuler un procès ou encore participer à des jeux d'épreuves sont quelques-unes des activités possibles. 80% des visiteurs proviennent de l'extérieur de la région mauricienne. Nombre de visiteurs : 50 000 par année.

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