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Revitalisation du centre-ville de Sherbrooke : l'incertitude entoure le seul projet sur la table

Rare projet toujours officiellement sur la table pour la revitalisation de la rue Wellington Sud à Sherbrooke, la construction du Centre d'innovation du fabricant de bottes L.P. Royer semble plus incertaine que jamais.

Un texte de Fanny Lachance-Paquette

Non seulement, la transaction entre la Ville de Sherbrooke et L.P. Royer n’a jamais été complétée, mais une étude environnementale a révélé à l'automne dernier que le terrain de l'ancien Maysen Pub est contaminé aux hydrocarbures.

La construction des nouveaux bureaux de l’entreprise L.P. Royer devait débuter dès 2018 à cet endroit. Pourtant, aucun plan et devis n’a encore été présenté à l’équipe de Well Inc.

Terrain contaminé

La directrice des infrastructures urbaines à la Ville de Sherbrooke, Caroline Gravel, confirme que le terrain est contaminé aux hydrocarbures et qu’une décontamination sera nécessaire avant d’entreprendre des travaux de construction. « Il est clair que pour pouvoir utiliser le terrain, il faudra enlever les matériaux contaminés ou donner un crédit sur la vente du terrain. On ne peut pas laisser les matériaux là. Et il n’y a personne qui va vouloir avoir ce terrain-là avec cette contamination-là. »

Une telle décontamination pourrait coûter jusqu’à 250 000 $ selon Mme Gravel. La Ville de Sherbrooke s’est engagée auprès de L.P. Royer à défrayer les coûts de la décontamination.

Pas de transaction officielle

L’offre d’achat entre la Ville de Sherbrooke et l’entreprise L.P. Royer a été signée en juin dernier. Pourtant, la transaction ne figure toujours pas au Registre foncier du Québec, étape obligatoire lors de la vente d’un terrain, ce qui confirme que la Ville de Sherbrooke en est toujours l’unique propriétaire.

Selon Caroline Gravel, la contamination du terrain n’est pas un facteur expliquant les délais entourant la transaction. « Effectivement, il a fallu faire des tests pour pouvoir procéder à la vente du terrain. On sait aussi que Royer attendait de voir comment allait débloquer le projet de Well Inc. pour s’assurer d’être là en même temps que le projet. »

L’offre d’achat stipule pourtant que « les parties s’engagent à signer un acte de vente [...], devant le notaire Me Anne Pomerleau, dans un délai de 6 mois de la date d’acceptation de l’offre d’achat par le conseil municipal. » Ce délai est maintenant dépassé de trois mois.

On y lit également que l’entreprise bénéficie de deux ans pour commencer la construction de son immeuble. Puisque l’entente n’a jamais été notariée, le délai de deux ans n’est pas entamé.

Le président de L.P. Royer, Simon LaRochelle, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue concernant son intention de déménager ses bureaux, actuellement situés sur la rue Belvédère, vers le site de la rue Wellington Sud.

D’autres terrains contaminés?

Le terrain de l’ancien Maysen Pub ne serait pas le seul terrain contaminé dans ce secteur que plusieurs souhaitent revitaliser. Deux études environnementales ont été commandées par la Ville de Sherbrooke pour évaluer les sols situés entre le restaurant Mivan et l’Armée du Salut, soit sur les terrains achetés par la Ville au cours des deux dernières années dans la « zone prioritaire de développement » du quartier Well Inc. Ces études ont été obtenues par Radio-Canada Estrie en vertu de la Loi d’accès à l’information.

Dans la première étude, on apprend que de nombreux garages avaient pignon sur rue sur ce tronçon. Trois réservoirs souterrains, dont au moins un contenant des produits pétroliers, étaient situés à proximité.

Le professeur en génie civil à l’Université de Sherbrooke, Hubert Cabana, rappelle aussi que « les normes environnementales en vigueur à l’époque étaient quasi inexistantes ».

Une deuxième phase d’inspection des terrains appartenant à la Ville a démontré que tous les terrains ont un seuil de contamination qui correspond aux exigences ministérielles. Aucune décontamination ne serait donc nécessaire pour réaliser la construction de nouveaux commerces et bureaux. Seule exception: l’emprise de la rue Therrien située entre l’ancien Studio Sex et l’Armée du Salut.

Par contre, dans le cas où un projet résidentiel situé au-dessus de commerces y était proposé, une décontamination serait nécessaire. Ces travaux entraîneraient une facture entre 60 000 $ et 120 000 $ selon la directrice des infrastructures urbaines à la Ville de Sherbrooke, Caroline Gravel.

Bien que la majorité des terrains répondent aux normes en vigueur, des études plus approfondies à la suite de démolition pourraient donner des résultats différents. Puisque certains bâtiments sur le site ne sont toujours pas démolis, il n’est pas possible de procéder à des forages au coeur de ces terrains. Une fois la démolition complétée, d’autres contaminations pourraient être découvertes.

Quant à la teneur de ces contaminants, le professeur Cabana soutient qu’ils pourraient découler de « l’usage historique de la rue Wellington Sud [de nombreux garages] plutôt que de l’écoulement des réservoirs souterrains ».

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