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Saumon transgénique sur les tablettes : des consommateurs encore réticents en Estrie

L'arrivée sur les tablettes de saumon transgénique a-t-elle modifié le comportement des consommateurs? Dans les Cantons-de-l'Est, des poissonneries indépendantes confirment que les clients sont plus nombreux et plus jeunes aussi. Ils sont de plus en plus préoccupés par la provenance des aliments qui se retrouvent dans leur assiette. La traçabilité semble donc avoir la cote.

Un texte de Marie Eve Lacas

Les consommateurs canadiens ont appris en août 2017, soit un an après l’arrivée du saumon transgénique sur les tablettes, qu’ils en avaient peut-être eu dans leur assiette à leur insu.

Le saumon Aquadvantage, dont les œufs sont produits à l’Île-du-Prince-Édouard et sont ensuite élevés au Panama, a été approuvé par Santé Canada en 2016. Le gouvernement canadien a déterminé qu’il ne représentait pas de danger pour la santé. Près de cinq tonnes ont été écoulées au pays dès la première année.

La loi canadienne n’oblige pas le transformateur à inscrire sur l’étiquette qu’il s’agit d’un produit génétiquement modifié. Incognito, il s’est fait une place dans certaines poissonneries.

La chaîne Métro, aussi propriétaire des Super C, refuse de s’exprimer sur le sujet. L’entreprise a décliné notre demande d’entrevue.

D'autres grandes chaînes, comme Costco et Sobey’s, ont annoncé qu’elles ne distribueront pas le produit développé par AquaBounty. Loblaws, qui détient Provigo, explique qu’« il existe encore trop de préoccupations soulevées par nos différentes parties prenantes, dont la clientèle. »

Ventes en hausse

Après cette annonce, le Marché de poisson Sherbrooke a constaté un accroissement de sa clientèle. Le directeur des ventes, Marcel Barrière, croit que c’est en raison du lien de confiance qui se crée avec les clients.

Jamais le poissonnier n'aurait imaginé qu'une équipe de chercheurs développerait un jour un saumon génétiquement modifié. Pour l'instant, il ferme la porte à ce type de produits. Il porte une attention particulière à la traçabilité parce que c’est une préoccupation de ses clients.

Ce que confirme Kelly Harris, cliente depuis cet été.

« Étant cuisinière depuis 20 ans, j'aime connaître l'origine de mes produits que j'utilise en cuisine. Je n’utiliserais pas un poisson génétiquement modifié. »

Nancy Yargeau, une autre cliente, abonde dans le même sens.

« Génétiquement transformé? Il faudrait qu'il y ait des bonnes preuves qu'il n'y a pas d'effet à long terme. On ne le sait pas. Il y a tout le temps quelque chose qui sort toutes les années. On ne sait plus quoi manger. »

Fournisseur local

Pour Marcel Barrière, le client aura toujours le dernier mot. Si le saumon d'AquaBound pique un jour la curiosité de ses clients, il lui fera une place. D'ici là, il mise sur ses fournisseurs actuels, dont la Ferme piscicole des Bobines, située à East Hereford en Estrie.

Quelque 210 tonnes de truites arc-en-ciel y sont produites annuellement. L’entreprise refuse chaque semaine des demandes de distributeurs. Le copropriétaire, Normand Roy, remarque que les produits étiquetés Aliments Québec ont davantage la cote qu’il y a quelques années.

« Les gens, je pense, sont plus sensibilisés avec les achats des produits québécois. Je pense que ça a eu un effet positif pour augmenter les ventes. »

Son entreprise ferme la porte à la manipulation génétique. « Présentement ça ne nous intéresse pas parce qu'on veut avoir un produit quand même naturel. » Il mise plutôt sur une percée technologique.

Une percée qui lui permettra de demeurer compétitif et surtout de continuer à gagner les assiettes des consommateurs.

Entre 2006 et 2016, la consommation globale de poissons et de fruits de mer, au Québec, a chuté de 1,6 pour cent.

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