Le Zoo de Granby a réussi un exploit : la reproduction en captivité du léopard de l'Amour, le grand félin le plus menacé au monde. Il n'en resterait qu'environ 70 en milieu naturel dans une petite région autour du fleuve Amour en Sibérie.

Un texte de Michel Rochon

La mise bas par césarienne exécutée en septembre 2015 est en fait une première nord-américaine. Une équipe de six vétérinaires et deux techniciens en santé animale a pris deux heures pour mettre au monde deux léopards dans des conditions difficiles.

La femelle Megan - âgée de 11 ans - avait déjà eu trois mises bas infructueuses. L'équipe du Zoo de Granby avait donc pris la décision de procéder à une césarienne pour sauver les bébés lors d'une prochaine grossesse.

La vétérinaire Marion Desmarchelier a dû réanimer le plus rapidement possible les nouveau-nés après la naissance.

C'est une véritable course contre la montre, car les poumons des léopards sont obstrués par des sécrétions. Normalement, quand l'animal est éveillé, un réflexe de toux lui permet d'expulser les sécrétions. Dans ce cas-ci, il fallait procéder à des manœuvres délicates.

Le miracle a opéré et les deux léopards ont pu être réunis avec leur mère Megan. Mais rien n'est gagné avec une césarienne d'animaux sauvages. Deux semaines après l'intervention, un des deux bébés meurt. Un dur coup pour le Zoo de Granby. Aujourd'hui, l'autre léopard de l'Amour se porte très bien.

« On a décidé de participer à un programme international de sauvegarde de félins, car on croit que nous pouvons activement participer à son rétablissement en milieu naturel », affirme Karl Fournier, chef des soins animaliers au Zoo de Granby. Le Zoo s'est joint au « Species Survival Plan » de l'Association des zoos et aquariums qui veulent reproduire le plus grand nombre possible de léopards de l'Amour en captivité pour ensuite tenter la réintroduction de certains d'entre eux dans leur habitat naturel.

« Notre premier objectif serait de réintroduire deux ou trois couples. On espère qu'en 2017, on pourra construire un site de transition en Russie qui nous permette de les préparer pour la réintroduction », affirme Cynthia Kreider, directrice de l'Erie Zoo aux États-Unis et responsable du programme de réintroduction du léopard de l'Amour.

Les quelque 70 léopards de l'Amour qui vivent en milieu naturel sont actuellement classés dans la catégorie « espèce en danger critique d'extinction ». Ils sont répartis dans un tout petit territoire morcelé entre les frontières de la Russie orientale et de la Chine. Ils sont menacés en raison du braconnage - sa fourrure est exceptionnelle - mais aussi à cause de la détérioration de son habitat par l'activité humaine.

Cet animal - d'une grande beauté et d'une grande agilité - parfaitement adapté à son environnement est un exemple de l'impact négatif de l'activité humaine sur les grands mammifères.

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