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Se faire violence pour mourir dans la dignité, la troublante histoire de Jean 

EXCLUSIF - Jean Brault a opté pour l'aide médicale à mourir. Le chemin parcouru pour y parvenir n'a pas été de tout repos. Il a dû mettre sa santé en péril pour répondre à tous les critères de la nouvelle loi sur les soins de fin de vie en vigueur depuis le 10 décembre 2015. Voici son histoire.

Un texte de Renée Dumais-Beaudoin

Une grève de la faim aura été nécessaire pour que le Sherbrookois réponde à cette loi. Cinquante-trois jours sans manger, dont huit sans boire. Une véritable torture, mais un désir profond d'en finir.

Une loi qui manque d'humanisme

Jean déplore une loi trop restrictive, une loi qui manque d'humanisme. Selon lui, « obliger du monde à quasiment s'automutiler pour pouvoir accéder à une loi qui a été mal pensée, une loi qui est non inclusive, une loi qui rejette, dans le fond, ceux qui seraient les principaux intéressés à utiliser cette loi-là. » est incompréhensible.

Un parcours de vie semé d'embûches

En avril 2016, Jean a souligné les 42 ans de son handicap. Alors qu'il n'avait que 19 ans, qu'il était en pleine santé, athlétique, le destin l'attendait au détour. Un caillot atteint la région du cervelet et du tronc cérébral. Il demeure partiellement paralysé et ne peut plus parler. La médecine indique qu'il a peu de chance de retrouver l'usage de ses membres et de la parole. Mais à force d'efforts et de ténacité, il y parvient et réussit à se construire une vie intéressante.

En 2000, tout bascule... une tendinite l'oblige à être hospitalisé pendant un mois, une catastrophe pour ses jambes qui, en l'espace d'une année, perdent le peu de tonus qu'elles avaient. Dès lors, il est cloué à son fauteuil. Découragement et amertume en découlent. « C'est comme la torture de la goutte chinoise, t'en prends, t'en prends, pis t'en prends, mais là, à un moment donné ça fait BANG, fini. Là, j'ai essayé deux fois de mettre fin à mes jours », soutient Jean Brault.

N'en pouvant plus, Jean veut mourir. Il y a cinq ans, il entame une première grève de la faim, mais le système de santé le contraint à y mettre un terme.

Il tente ensuite d'aller en Suisse afin de se prévaloir d'un suicide assisté, où un certificat de santé mentale est nécessaire pour y être accueilli. Il ne l'obtient pas.

L'entrée en vigueur de la loi québécoise sur les soins de fin de vie le 10 décembre dernier lui redonne espoir, voilà enfin sa planche de salut. C'était sans savoir qu'une fois de plus il devrait se faire violence pour y avoir droit.

Une deuxième grève de la faim devient sa planche de salut

Sa deuxième grève de la faim le met dans un état critique et un médecin lui annonce enfin qu'il est admissible à l'aide à mourir. Son état est si misérable qu'il est parvenu au seuil de la mort. 

L'annonce lui procure un immense soulagement. Il pourra mourir en toute sérénité, chez lui, en observant le paysage qui s'offre à lui depuis des années, depuis qu'il est cloué à ce fauteuil.

Il a le soutien de ses frères et soeurs et surtout celui de sa mère pour qui il a une très grande estime.

Jean a obtenu ce qu'il souhaitait, dans les conditions qu'il souhaitait. Il est mort le 7 avril dernier en début d'après-midi... 48 heures après nous avoir accordé cette entrevue.

La loi canadienne

Les termes de la loi canadienne devraient être connus d'ici vendredi. En janvier dernier, la Cour suprême octroyait quatre mois supplémentaires à Ottawa pour légiférer en matière d'aide médicale à mourir. Pendant cette période, les Canadiens qui souhaitaient obtenir une telle aide pouvaient faire une demande judiciaire. 

Le gouvernement fédéral demandait un sursis de six mois dans ce dossier. Ottawa justifiait sa demande auprès du plus haut tribunal du pays, entre autres, par le fait que le travail dans le dossier de l'aide médicale à mourir a été retardé par les élections fédérales et le changement de gouvernement.

La décision de la Cour suprême n'a pas d'impact sur la Loi concernant les soins de fin de vie au Québec. Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, a rappelé mercredi que la loi du Québec exclut le suicide médicalement assisté

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