Retour

Sherbrooke, future capitale de la construction en chanvre?

Avec sa barbe de lumbersexuel et son look de dandy, Anthony Néron n'a pas exactement la tête du traditionnel gars de la construction. Sous l'égide de son entreprise Art du Chanvre, fondée en 2009, le jeune homme d'affaires a néanmoins supervisé une trentaine de chantiers résidentiels.

Une chronique de Dominic Tardif

« C'est d'abord le chanvre qui m'a mené à la construction », explique celui qui, dès l'adolescence, entretenait une « passion marquée » pour le chanvre.

Après avoir fabriqué des vêtements en chanvre, il accepte naturellement une invitation à se joindre au premier chantier québécois de construction d'une maison en chanvre, à Dunham, en 2005.

Et pourquoi, exactement, voudrait-on que sa maison soit faite de chanvre? « Pour des raisons environnementales, et parce qu'on veut faire beau », répond Anthony.

Alternative naturelle aux matériaux issus des combustibles fossiles, le chanvre capture une généreuse quantité de CO2, un gaz dont la planète dispose en beaucoup trop grande quantité (on ne vous apprend rien).

Quant à l'aspect design, il tient essentiellement à l'apparence joliment surannée des maisons en chanvre, assimilable à celle des maisons en pierre.

« C'est comme quand on fait party chez nous, illustre Anthony en évoquant ses convictions écologistes. Quand nos amis s'en vont et qu'ils laissent un espace propre, on les aime. Ce qu'on veut pour les générations futures, c'est qu'ils nous aiment. Quand on va quitter ce monde, on va pouvoir se retourner et regarder le chemin qu'on a laissé. Ça va être un beau chemin lumineux et verdoyant. On ne veut pas être venu ici pour laisser un paysage saccagé. »

Ça se fume-tu?

C'est connu : les blagues de « mononcles » ont la vie dure. « Les murs de tes maisons se fument-tu? », demande-t-on ainsi souvent à Anthony Néron.

« Ça ne me dérange pas du tout. En fait, ça m'aide un peu », insiste le Sherbrookois de 30 ans. « Ça ouvre la porte à une discussion, ça pique la curiosité, ça fait sourire. »

Comme la marijuana, ce qu'on appelle le chanvre industriel appartient à l'espèce Cannabis sativa L., ce qui explique qu'on l'associe encore souvent à d'éventuels effets psychotropes (ainsi qu'à l'œuvre de GrimSkunk).

Interdit au Canada de 1938 à 1998, le chanvre industriel contient pourtant radicalement moins de THC que la marijuana (le maximum est fixé par la loi à 0,3 %).

Le nouveau monde

Avec sa campagne de sociofinancement lancée il y a quelques semaines, Art du Chanvre vise à amasser 25 000 $ afin de construire une presse à blocs de béton de chanvre.

Alors qu'Anthony doit actuellement toujours être présent sur les chantiers de maisons en chanvre, ces blocs de béton permettraient à quiconque possède une formation en maçonnerie de construire lui-même sa propre maison écologique.

« Ce qu'on aimerait, c'est que ce projet-là devienne une réussite collective », plaide l'irrécupérable idéaliste, de sa voix douce. « On veut montrer qu'on est une communauté forte, qui a une vision pour l'avenir. C'est pour ça qu'on est en processus de sociofinancement », ajoute-t-il en appuyant sur le préfixe socio.

Et à quoi ressemble-t-il, ce nouveau monde?

« Les voitures vont être électriques, les aliments bios, et les maisons, en chanvre. Sherbrooke, ça pourrait devenir la capitale de la construction en chanvre. Ça pourrait devenir une place à visiter tellement c'est beau. Ici, on aurait une architecture qui parle de nos valeurs et, autour, on aurait les champs de chanvre qui créeraient de l'air propre. »

Plus d'articles

Vidéo du jour


L’amour selon le zodiaque