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Tragédie de Lac-Mégantic : la petite Anaïs ne connaîtra jamais son père

Le 6 juillet 2013, Maxime Dubois a perdu la vie dans la catastrophe de Lac-Mégantic. À l'âge de 27 ans, il était sur le point de devenir papa. À peine quatre jours après sa mort, son amoureuse Joannie Proteau a mis au monde leur fille : Anaïs Dubois. Le 9 juillet prochain, Anaïs fêtera son cinquième anniversaire. Les éclats de rire seront assurément au rendez-vous, comme Maxime l'aurait souhaité.

Un texte de Marie-Hélène Rousseau

À l’automne dernier, après plusieurs années passées à Québec, Joannie est revenue s’établir à Lac-Mégantic avec Anaïs, auprès de ses amis, de sa famille et de celle de Maxime. Vivre ici sur le bord de l’eau, dit-elle, ça faisait partie de mes rêves et c’est un rêve que j’avais avec Max aussi.

C’est chez elle, aux abords du Lac-Mégantic, qu’elle nous donne rendez-vous. Elle accepte pour la première fois d’accorder une entrevue. Je le fais pour lui, pour elle, pour un certain devoir de mémoire. Je le fais pour moi aussi, je me dis que ça boucle une boucle, ajoute-t-elle.

Un aller-retour imprévu à Lac-Mégantic

En juillet 2013, Maxime partage sa vie avec Joannie depuis neuf ans. Le couple originaire de Lac-Mégantic réside depuis un bon moment à Québec et attend son premier enfant. Joannie en est à sa 39e semaine de grossesse.

Dans la journée du 5 juillet, la future maman se rend comme prévu à son suivi médical de grossesse. On lui annonce que la petite Anaïs ne semble pas pressée de se montrer le bout du nez. Il n’y avait rien qui avait avancé, je n’étais pas du tout sur le point d’accoucher. Max livrait des comptoirs de granit et l’air climatisé de son camion était brisé. Il avait eu une dure semaine à cause de ça. Il avait pris la décision de descendre [à Lac-Mégantic]. Il descendait, le faisait réparer samedi matin et il revenait après, c’était ça le deal, se souvient Joannie.

Ce vendredi soir là, Maxime le passe au Musi-Café, entouré de ses grands amis Mathieu, Éric et David. C’est une magnifique soirée d’été, le bar est bien rempli.

Il m’a appelé vers 22 h 30 ou 23 h, il était encore au Musi. Il m’a dit qu’il s’en allait et m’a souhaité bonne nuit, raconte-t-elle. À 1 h 14, Maxime et ses amis se trouvent toujours au Musi-Café, à quelques pas de la voie ferrée. Lorsque le train de pétrole déraille et explose au centre-ville, ils n’ont aucune chance.

Le choc

Au milieu de la nuit, un peu après quatre heures, Joannie se réveille et regarde son téléphone cellulaire.

Elle s’est alors mise à appeler son conjoint. Après de nombreuses tentatives, toujours pas de nouvelles. Ni de Maxime ni de ses amis. C’est l’incompréhension.

C’est mon père qui est venu me chercher à Québec. Je l’ai réveillé, en fait. Il a sauté dans l’auto, à la rescousse, raconte-t-elle.

À son arrivée à Lac-Mégantic, Joannie se rend chez Alexia, qui est aussi sans nouvelle de son conjoint, Mathieu Pelletier. Tout le monde était là. Il y avait du monde partout dans la rue, dans la maison, sur le terrain. On se faisait dire plein d’affaires, mais on ne pouvait pas aller voir. J’essayais juste de comprendre et de faire le fil des événements.

Au bout de quelques heures, elle se rend à l’évidence. Elle ne reverra plus son amoureux et Anaïs ne connaîtra jamais son père.

En fin de journée, des policiers la rencontrent et confirment ce que tout le monde sait déjà : il n’y aura pas de survivants. Ils voulaient des brosses à dents, des choses pour faire des tests d’ADN, se souvient-elle.

La naissance d’Anaïs

Quatre jours plus tard, le 9 juillet 2013, Anaïs Dubois vient au monde à l’hôpital de Lac-Mégantic. Ç'a été difficile, mais en même temps, aussitôt que je l'ai eue dans mes bras, je me suis dit, toi pis moi, on est toutes seules, mais on va le faire. Je vais être là pour toi, pour deux, exprime-t-elle.

Ce jour-là, Joannie est particulièrement bien entourée. Pas mal plus que je l’aurais voulu! Je les entendais tous dans le corridor et je me disais, c’est tellement pas ça que je veux!, raconte-t-elle les yeux remplis de tendresse.

J'entendais les amis de mes parents et je me disais, mon Dieu, je suis en train d’accoucher et c’est un fait public, poursuit-elle en éclatant de rire.

Continuer à avancer, malgré tout

Joannie passe l’été 2013 entourée de ses proches, à Lac-Mégantic. Sa fille fait naître en elle une force insoupçonnée. Je n’ai jamais pensé que je n’allais pas passer au travers quand c’est arrivé. C’était inconcevable de penser à faire autre chose que de continuer à avancer.

La nouvelle maman prend d’ailleurs part à toutes les activités de commémorations, se charge de la paperasse, des rendez-vous chez le notaire, l’avocat, etc. C’est comme si j’avais perdu le contrôle de ma vie et là, je voulais tout contrôler. C’est moi qui voulais m’en occuper et assister à toutes les réunions du coroner, de commémorations. C’était un peu viscéral.

Deux mois après la tragédie, elle retourne vivre à Québec avec Anaïs. Elle a besoin de se retirer pour se concentrer sur sa fille. À Québec, j’étais bien parce que les gens n’étaient pas au courant. C’était beaucoup moins lourd pour moi. Ici, j’allais n’importe où et j’affrontais ça, le regard... ils voulaient juste être gentils. Mais c’était comme “le bébé de la tragédie”, souligne Joannie.

Reconnaissance de paternité

Joannie tenait à ce qu’Anaïs porte le nom de famille de Maxime, ce qui n’a pas été simple. La loi est un peu mal faite, si le père n’est pas capable de signer, tu ne peux pas utiliser son nom sur [l'acte] de naissance, explique-t-elle.

Elle a donc dû recourir à des avocats pour qu’un tribunal reconnaisse sa paternité. Il fallait qu’il y ait des tests d’ADN et que ce soit entériné par un juge, précise-t-elle.

« Le souvenir du bonheur est encore du bonheur »

Cinq ans après la tragédie, la vie a repris son cours. Par contre, pas une journée ne passe sans que Maxime ne soit dans les pensées de ceux qui l’aimaient. C’est tant mieux comme ça, croit Joannie, parce que le souvenir du bonheur est encore du bonheur. Cette phrase toute précieuse a pris un sens bien particulier depuis juillet 2013.

Joannie aurait tant souhaité que Maxime puisse connaître leur fille, qui a le même tempérament que lui. Maxime était très drôle, très attachant, toujours entouré d’amis.

Aujourd’hui, Joannie se dit fière du chemin parcouru. Je pense que je fais de bons choix, dit-elle. C’est sûr qu’il va toujours manquer quelque chose dans la vie d’Anaïs et je ne pourrai jamais pallier à 100 % à ça.

Le but, c’est juste qu’il soit fier d’où on est, de comment on avance dans la vie. Et on rit, comme il aurait voulu. Elle est heureuse. Elle a perdu son papa, mais c’est lui la victime qui n’est plus là. Elle, elle est encore là et elle a encore plein de belles choses à vivre, conclut-elle.

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