La Coalition sherbrookoise pour le travail de rue souffle 28 bougies cette année. La petite équipe, qui comptait deux membres au départ, a grossi. Aujourd'hui, ils sont 13. Les projets ne manquent pas, mais les défis pour garder la tête hors de l'eau sont toutefois très grands en raison du manque de financement.

Un texte de Mylène Grenier 


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Au travail avec Andréa

Mercredi, début d'après-midi, Andréa Verreault rentre au boulot. Le temps de déposer son sac, saluer ses collègues et hop, elle repart, à pied. Son lieu de travail : la rue!

La jeune femme emprunte les rues du centre-ville, sans se presser, la tête haute, saluant les gens qu'elle croise au passage. Elle bifurque dans un parc, s'assoit sur un banc et attend.

« En commençant, ça peut prendre de six mois à un an, à se promener, à ne pas parler à beaucoup de gens, à commencer à se faire connaître, à susciter la curiosité des gens pour que la personne, par la suite, vienne nous voir et nous dise : "Hey, ça fait longtemps que je te vois dans le coin, tu es qui, tu fais quoi?" Alors là, la porte est ouverte pour que je lui dise : "je suis travailleuse de rue, je ne t'offre pas de service, je t'offre une relation d'humain à humain. Si t'as envie d'embarquer avec moi, on embarque" », confie Andréa.

Comme ses collègues, elle n'aime pas classer par catégorie les gens qu'elle rencontre et qui ont besoin d'aide. Mais ces gens, ils sont nombreux, tout comme leurs problématiques. En 2015, les travailleurs de rues ont réalisé 6240 interventions individuelles auprès de 1040 individus.

Les problématiques rencontrées par les travailleurs de rue

Oubliez le stéréotype de l'itinérant à la barbe longue, traînant son sac de couchage et sa bière. On est loin de le trouver à tous les coins de rue. Oui, l'itinérance existe, à Sherbrooke, mais elle prend davantage le visage de l'errance. L'errance, ce sont des gens qui changent de logements tous les mois, qui se font jeter à la porte à répétition, ou qui dorment sur le divan d'un ami.

L'errance, ce sont aussi des femmes qui vont réussir à dormir à un endroit X en échange de services sexuels, qui vont par la suite aller de refuges en refuges. C'est également un groupe de 5 à 6 personnes qui vivent dans un 2 1/2. Des situations qui ne sont pas nécessairement visibles aux yeux de tous, mais qui sont le quotidien des travailleurs de rue.

Quant aux idées préconçues, elles sont toujours présentes, et touchent autant ceux qui vivent en marge de la société que les travailleurs de rue. 

« Il y a un bon bout de chemin qui a été fait, mais il y a encore des préjugés sur la profession. Des gens qui ont encore l'impression qu'on est des ex-détenus, des ex-toxicomanes. Au contraire, on a des formations en relation d'aide et en psychologie », précise Andréa.

Des projets porteurs d'espoir

S'il y a un symbole associé à la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue, c'est bien l'autobus Macadam. Tous les mercredis midi, il se stationne à l'école du Phare sur l'heure du lunch. En moyenne, une trentaine de jeunes montent à bord pour jaser. Jérôme Guay et sa collègue, Milène Richer, les attendent.

La seule règle : le respect. « Si les jeunes parlent des niaiseries qu'ils ont faites, de consommation, de sexualité, on veut qu'ils se sentent à l'aise. On les écoute. À la limite, on ne parle pas. Des fois, je suis assis et je les regarde interagir. Ce qui est intéressant, c'est qu'ils ne se censureront pas même si je suis à côté », explique Jérôme.

Coin Alexandre et Gillespie, tous les vendredis, un autre stop pour l'autobus. Café chaud, accolades et sourires, un rendez-vous incontournable pour plusieurs.

La coalition, c'est aussi le Cirque du Monde, un programme en collaboration avec le Cirque du Soleil. Deux fois par semaine, des jeunes lâchent leur fou. Mais ce moment d'évasion tire à sa fin. Les ateliers prendront toutefois fin en mai. Le Cirque du Soleil explique que, depuis 2007, il a commencé un processus d'autonomisation des partenaires. L'un des objectifs est que les partenaires rejoignent plus de jeunes avec le Cirque du Monde.

« On connaît la situation de la Coalition. En ce moment, l'équipe est submergée; le travail sur la rue est plus grand. Ça aurait été beaucoup et à la limite irrespectueux de leur demander de ne plus se concentrer sur leur mission première, mais d'en faire plus sur le cirque », explique Anick Couture, chef des relations dans la communauté au Cirque du Soleil. Elle ajoute qu'un nouveau système de bourses destinées aux organismes sera bientôt offert. Les détails seront annoncés cet été. 

La coalition crie famine

Comme tous les organismes à but non lucratif, la coalition ne roule pas sur l'or. C'est à contrecœur qu'elle a dû fermer son local La RueWell, en décembre dernier, un espace ouvert quelques heures par jour du lundi au vendredi. L'organisme n'avait tout simplement plus les ressources financières et humaines pour le garder ouvert. L'équipe tente de trouver un autre lieu de rencontre pour les gens du centre-ville.

« Historiquement, la coalition est née avec les jeunes de la rue. On en voyait plus au centre-ville. Il y avait des espaces, des arcades où les jeunes pouvaient aller. On avait l'image des jeunes délinquants qui sèchent leur cours, au moins ils allaient quelque part et on le savait, mentionne le coordonnateur administratif Philippe Fortier-Charette. Aujourd'hui, les jeunes qui font ça on ne les voit plus. Ils sont chez eux sur internet, isolés. » La pratique des travailleurs de rue s'est donc adaptée à cette nouvelle réalité.

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