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Un budget déficitaire pour le Cégep de Sherbrooke

Pour la première fois, le Cégep de Sherbrooke déposera un budget déficitaire au ministère de l'Éducation sans réserve pour l'absorber. Le conseil d'administration affirme qu'il a épuisé tous ses moyens pour tenter d'équilibrer ses livres.

Un texte de Mélissa François et de Marie-Claude Lyonnais

La loi sur l'équilibre budgétaire oblige l'institution à adopter un budget équilibré. En présentant un déficit, le président du conseil d'administration Réal Jr Désautels est conscient que le Cégep s'expose à un plan de redressement de la part du gouvernement. Il affirme que le conseil d'administration est prêt à assumer les demandes qui seront faites.

Il soutient que le Cégep tente, malgré tout, de conserver la qualité auprès des étudiants.

« Nous avons pris nos responsabilités d'administrateurs et d'administratrices, et fait en sorte que le Cégep de Sherbrooke puisse poursuivre sa mission », souligne M. Désautels. « On va essayer d'être inventif ». Il rappelle d'ailleurs que la situation du Cégep n'est pas unique, puisque l'année dernière, une dizaine de cégeps ont déposé un budget déficitaire.

Marie-France Bélanger, directrice générale du Cégep de Sherbrooke, explique que le Cégep a également par ailleurs demandé l'aide du gouvernement pour des projets spécifiques, et pourrait augmenter certains frais.

Trop de compressions en peu de temps

Au cours des cinq dernières années, le Cégep a subi sept compressions budgétaires pour un total de 4 millions $. Si l'institution a toujours réussi à garder la tête hors de l'eau, malgré ces pertes, les dernières compressions ont eu des répercussions importantes sur l'établissement, déjà fragilisé financièrement.

« La dernière année, on a eu deux coupures, puis une troisième qui est arrivée au printemps dernier. Deux millions en moins d'un an, c'est trop », affirme Réal Jr Désautels.

Le Cégep a réussi à faire des économies en réduisant le personnel et certains services, et en augmentant les frais demandés aux étudiants. Marie-France Bélanger explique que 28 postes ont été supprimés uniquement au cours des deux dernières années. 

« Au milieu des années 2000, on avait une situation très positive »,  explique la directrice générale, qui indique cependant que cela s'est dégradé autour des années 2010. « Pertes aux autofinancés, baisse de la population étudiante, coupures budgétaires, non-indexation des frais, tout ça s'accumule et ça met une pression très grande sur notre établissement », souligne-t-elle.

Réal Jr Désautels soutient également que les administrateurs ont épuisé tous leurs moyens pour contrer les pertes financières. Il explique qu'il n'est pas possible de toucher au salaire des enseignants, qui constitue une enveloppe fermée, et qu'il n'est plus possible de supprimer des postes. 

Les professeurs en grève pour dénoncer les compressions

Steve McKay, président du syndicat du personnel enseignant du Cégep de Sherbrooke, soutient que les enseignants appuient et saluent la décision du conseil d'administration. 

Le salaire des professeurs ne sera pas touché, mais les professeurs du Cégep de Sherbrooke sont en négociations salariales. Ils se sont d'ailleurs prononcés mercredi, à 84 % en faveur d'un mandat de grève pour dénoncer les coupes du gouvernement Couillard.

Steve McKay affirme qu'advenant un plan de redressement, les enseignants vont lutter contre ces mesures. 

« Si le gouvernement faisait des choix différents, il pourrait nous payer à notre juste titre, alors ce n'est pas vrai que ce sont les enseignants qui vont porter le fardeau du sous-financement du système d'éducation », affirme-t-il.

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