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Un petit joint de marijuana : plaisir ou dépendance?

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau déposera cette semaine son projet de loi dans le but de légaliser la marijuana. ICI Radio-Canada Estrie est alllée à la rencontre de consommateurs qui ont des avis différents. Des histoires différentes.

Un texte de Annie Corriveau

« Je suis enseignante au primaire et j'ai souvent des maux de tête. Après une journée avec les enfants, quand j'arrive chez moi, la marijuana est efficace et plus rapide qu'un Tylenol! » s'exclame Annick qui a accepté de nous raconter son histoire sous le couvert de l'anonymat. Elle avoue surtout utiliser le cannabis de façon récréative.

Le plaisir d'Annick

Elle a fumé un joint pour la première fois à l'adolescence, vers 15 ans, en compagnie d'amis qui avaient des frères et soeurs plus âgés. Actuellement, sa consommation varie de trois à quatre fois par semaine, surtout les week-ends précise la jeune femme qui n'a jamais craint une dépendance. « Je peux m'en passer! »

Ses seules mauvaises expériences impliquent le mélange avec l'alcool. « Moi, je fume entre amis et en famille. Quand je me sens relaxe à la maison. Pas quand je sors. C'est peut-être de la paranoïa mais je trouve que ça paraît, ça fait des petits yeux... »

Même si la marijuana devient légale, elle ne croit pas qu'elle changera ses habitudes. « Je ne pense pas que je serai confortable de fumer devant les gens, croit-elle. Aussi, je préfère acheter de quelqu'un que je connais. Il faut que ce soit naturel! »

Elle voit la légalisation positivement que ce soit pour un usage thérapeutique ou récréatif. Par contre, elle craint que le contrôle gouvernemental augmente le prix de son plaisir occasionnel qu'elle trouve déjà dispendieux. « Actuellement, ça me coûte environ 120 $ pour 6 mois. »

L'enfer de Fred

À peine sorti de l'enfance, Fred a trouvé sa mère qui venait de s'enlever la vie. « C'est l'élément déclencheur. J'ai commencé à consommer pour essayer d'oublier ça. » Il fume son premier joint à 13 ans.

L'apaisement recherché s'est tranformé en une quête sans fin à l'âge adulte.

« Au début, je dormais mieux, j'étais moins anxieux, moins stressé pis à la fin, si j'en avais pas c'était le contraire. J'étais anxieux, stressé, je ne dormais plus, je n'avais plus le goût de rien faire », relate le jeune homme dont la consommation quotidienne dépassait les 4 grammes.

Il prenait soin de garder son travail, mais toute sa paye y passait. « Si j'en avais plus, je trouvais tous les moyens pour en trouver jusqu'à voler ma famille, mes amis, à mentir », regrette-t-il.

Égorgé par les dettes, étouffé par les remords, Fred est plongé dans une dépression qui nourrit son désir d'en finir avec la vie.

Fred a quitté momentanément son travail pour aller en thérapie. Il préfère rester discret sur sa véritable identité et il a accepté de nous raconter son histoire en échange de l'anonymat. Il est déterminé à dominer sa dépendance, mais la légalisation prochaine du cannabis l'ébranle. Il espère que comme l'alcool, la consommation de marijuana sera interdite sur la voie publique.

« Ça m'inquiète surtout pour les futures générations à venir parce que les enfants vont être élevés avec l'idée que le pot c'est légal, que la marijuana ça ne fait pas de conséquence. Moi, je le sais que ça a des conséquences... »

Le risque de la dépendance

Contrairement à la croyance populaire, il y a bel et bien un risque de développer une dépendance à la marijuana, tout comme c'est le cas avec l'alcool tient à préciser la directrice générale du centre de traitement des dépendances Corps Âme et Esprit à Sherbrooke, Marie-Andrée Pelletier.

Mais tous ne deviennent pas dépendants à la marijuana. « Tout dépend des expériences de vie. Si la fonction est pour apaiser la douleur qu'on ressent alors le circuit de la récompense au niveau des neurotransmetteurs l'enregistre comme un bienfait et c'est pas faux sauf qu'à long terme, ça ne devient plus un bon moyen: on devient anxieux, on devient obsédé pour aller trouver notre substance. »

Madame Pelletier considère que la légalisation va permettre un meilleur contrôle de la qualité quant à la teneur des produits toxiques. « C'est l'avantage que j'y vois, mais est-ce qu'on va banaliser la consommation? Comment on va déployer les ressources de prévention? Est-ce qu'il va y avoir suffisamment de soutien financier? » se demande-t-elle.

Elle soutient que le changement de société qui s'amorce n'est pas banal. « C'est un changement de culture », conclut-elle.

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