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Une Sherbrookoise aux Championnats du monde d'escalade

L'escalade propose une puissante métaphore de l'existence et de ses éternels recommencements. Personne ne le sait mieux que la Sherbrookoise Annie Chouinard qui, dès mercredi, participera aux Championnats du monde d'escalade aux AccorHotels Arena de Paris.

Une chronique de Dominic Tardif

« Quand j'ai commencé à monter à cheval, je n'avais que ça en tête. En fait, je me voyais faire ça toute ma vie », se souvient-elle au sujet de sa passion pour les sports équestres, plus précisément pour le dressage. Cette discipline guidera son quotidien de l'enfance jusqu'à qu'à l'âge 27 ans, alors qu'une fracture de stress à l'ischion gauche la contraint à se réinventer.

Comment a-t-elle réagi lorsque les médecins lui ont annoncé qu'elle devrait renoncer à la selle?

« Je n'y ai pas cru », répond-elle sans une seconde d'hésitation. « Ce n'était pas ma première blessure. On m'a dit d'arrêter trois semaines; j'ai arrêté trois jours, mais monter à cheval pendant huit mois sur une fracture de stress, ce n'était pas l'idéal. J'avais mon cheval en Europe, mais je ne voulais pas le vendre. Comme ça ne se plaçait pas, j'ai dû m'y résoudre. Tourner la page m'a pris cinq ans. »

La randonnée pédestre se présente comme un moyen prudent de dépenser l'énergie qui la travaille toujours au corps. Le mont Lafayette, les montagnes Blanches et les Présidentielles ne lui résistent pas longtemps.

« J'en voulais toujours plus », confie celle qui, entre autres faits d'armes, a atteint le camp de base de l'Everest ainsi que le sommet du Chimborazo en Équateur (6263 mètres!).

L'escalade s'inscrira naturellement dans son cheminement de randonneuse affrontant des sentiers de moins en moins strictement pédestres.

L'initiation à la compétition

Malgré cette nouvelle passion pour l'escalade, Annie Chouinard ne ressent pas d'emblée l'appel de la compétition, préférant de loin grimper en milieu naturel qu'à l'intérieur.

Le propriétaire du Boiler Room Climbing Gym de Kingston en Ontario, où elle complétait une maîtrise en génie de l'environnement, parvient en 2015 à la convaincre de s'inscrire aux championnats provinciaux d'escalade de difficulté, qu'elle remportera à sa première participation. Elle termine cette année-là troisième aux championnats canadiens à Saanich, en Colombie-Britannique.

Après avoir été ces derniers mois de quelques compétions de la Coupe du monde d'escalade en Europe, elle compte cette semaine parmi la délégation de cinq hommes et de cinq femmes représentant le Canada aux Championnats du monde d'escalade, un événement bisannuel organisé par la Fédération internationale d'escalade.

Un avantage au plan psychologique 

À 37 ans, Annie Chouinard est souvent l'aînée des compétitions auxquelles elle se présente, mais aussi, ironiquement, la moins expérimentée.

Bien que l'âge de ses adversaires oscille souvent autour de la marque des 18 ans, ces dernières ont pour la plupart commencé à grimper dès l'enfance. Un désavantage que ses années de compétition internationale en sports équestres compensent surtout au plan psychologique, pense la principale intéressée.

Bien qu'elle s'entraîne beaucoup en salle (à Sherbrooke, chez Vertige Escalade), Annie se plaît toujours à grimper sur roche. Le pic aux Corbeaux, du parc national du Mont-Orford, compte parmi ses parois de prédilection.

« J'ai toujours été attirée par les montagnes, se rappelle-t-elle. Ç'a toujours intuitivement été mon backup. Je me suis toujours dit que si un jour je me blessais avec les chevaux, je me retournerais vers la montagne. La montagne, je lui dois tout. »

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