N'essayez pas de convaincre Yoland Bouchard du contraire : le potentiel d'un jeune qui a appris à se connaître est sans limite. Depuis 30 ans, c'est d'ailleurs ce que cet enseignant en histoire du Collège Mont Notre-Dame de Sherbrooke tente de laisser en héritage à ses élèves. 

Un texte de Christine Bureau

« Je ne peux même pas m'imaginer que quelqu'un doute dans notre jeunesse. C'est incroyable. Quelle jeunesse nous avons! », lance-t-il avec enthousiasme. 

Il va même plus loin. Pour avoir de la joie dans l'enseignement, il faut être à l'écoute de ce que les jeunes élèves ont à dire, et surtout, être capable de rappeler son humilité à l'ordre.

L'identité en héritage

L'enseignant a marqué plus d'une génération de jeunes filles. Par sa façon d'enseigner, mais aussi parce qu'il croit en elles.

« Si certaines, si certains sont marqués, tant mieux, mais mon objectif, ce n'est pas de marquer, c'est d'aider à se connaître et à se comprendre. Parce que le grand défi d'une jeune, c'est d'arriver à : "Qui suis-je? Qu'est-ce que j'ai comme don, comme talent? Qu'est-ce que je vais apporter, moi, à ma société?" », soutient-il.

Et aux yeux de ce passionné, cette quête de la connaissance de soi passe notamment par l'Histoire. Celle avec un grand H, qu'il s'efforce de transmettre par des échanges entre les étudiants et lui.

« L'histoire, c'est une immense porte pour moi. C'est une très, très grande porte sur notre identité collective, mais aussi notre identité individuelle. J'appartiens d'abord à une famille, à un quartier, une ville, une région, une province, un pays », illustre-t-il.

Mais l'individu, la collectivité sont également héritiers d'une culture. « D'où vient-elle? Si je la connais bien, je suis capable de mieux accueillir celui qui est étranger à cette culture », confie-t-il.

L'engagement au coeur 

Le travail de Yoland Bouchard est reconnu par ses pairs. Il a reçu le prix du prof-phare lors des Prix d'excellence en éducation de la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke en 2009, ainsi que le Prix d'histoire du gouverneur général pour l'excellence en enseignement en 2015.

Ce dernier prix visait à souligner un projet qu'il a mis sur pied il y a quelques années alors qu'il cherchait une nouvelle façon d'intéresser les jeunes à leur histoire. C'est là que la musique s'est imposée.

« Mais on n'écoute pas la musique pour écouter la musique, précise-t-il. J'ai proposé aux jeunes que l'on fasse l'histoire du Canada français par nos créations musicales. »

Le travail des élèves consiste à écrire un texte argumentatif sur le contenu d'une chanson afin de déterminer si elle doit être ou non considérée comme une chanson patrimoniale.

Les élèves ont à ce point aimé qu'elles réfléchissent maintenant à l'idée de créer un spectacle mêlant chansons, théâtre, histoire et arts visuels. « Elles ont le droit de les modifier, donc c'est une révision de notre histoire par la musique », se réjouit l'enseignant.

Reste que des prix qu'il a reçus, Yoland Bouchard admet que le Mérite estrien revêt une couleur particulière. « J'ai été troublé », confie-t-il d'un ton sérieux.

C'est que la mission qu'il a de transmettre son savoir est loin d'être terminée. « Le Mérite estrien, je le vois comme une invitation, on t'invite à t'engager encore davantage dans ta collectivité. »

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