Retour

Aide médicale à mourir : abandonnée par l'église et désolée de la position des maisons de soins palliatifs

Le 10 décembre 2015, la Loi sur les soins de fin de vie entrait en vigueur au Québec au terme d'un long débat non partisan. Un an plus tard, une femme dont le mari a reçu l'ultime soin de fin de vie se désole de voir que la quasi-totalité des maisons de soins palliatifs et que certaines figures religieuses maintiennent la ligne dure. Pour elle, l'expérience a été globalement positive, mais il y a des mentalités à changer. Témoignage.

Pauline et Roland Vallières ont été mariés plus de 50 ans. Le succès de leur histoire d'amour repose sur le respect mutuel. C'est le respect qui a permis à Pauline d'accompagner Roland quand ce dernier lui a dit qu'il souhaitait avoir recours à l'aide médicale à mourir.

« Je disais : Roland, c'est toi, c'est ta vie à toi, moi je vais respecter ta décision », se souvient Pauline Vallières.

Ça se fait dans une grande dignité, dans le calme. (...) C'est quasiment beau. C'est fou à dire hein, mais c'est la vérité je vous le dis, c'est presque beau de les voir partir.

Pauline Vallières

Atteint d'un cancer du poumon incurable, son mari n'en pouvait plus. Il fait partie de ceux qui ont bénéficié de l'ultime soin de fin de vie dans la première année suivant l'application de la loi. Il est mort le 12 juillet 2015, à l'âge de 71 ans, au centre hospitalier de Trois-Rivières.

Pourtant, Roland Vallières séjournait depuis huit jours à la maison Albatros. Il a dû être transféré, tel que prévu par la Loi, malgré son extrême état de fatigue et ses douleurs, parce que l'établissement de soins palliatifs n'offre pas l'aide médicale à mourir, comme la grande majorité des établissements du genre au Québec.

C'est quelque chose de déplacer un grand malade de même à la fin de sa vie.

Pauline Vallières

Moins d'un kilomètre sépare la maison Albatros du centre hospitalier de Trois-Rivières, mais c'est une longue distance pour un mourant, nuance Pauline Vallières. « Ce n'est pas confortable, d'être assis dans une chaise quand ça fait trois semaines que t'es au lit au complet ».

« J'aurais aimé vivre une situation paisible comme ça peut-être à Albatros, avec des personnes qu'il connaissait encore plus, comprenez-vous? Mais je n'en veux pas », dit Pauline Vallières qui souligne la qualité des soins reçus par son mari dans l'établissement de Trois-Rivières.

Reste qu'elle lance un cri du coeur. « Quand ce sera leur conjoint, leur conjointe, leur père, leur mère, énumère Pauline Vallière, peut-être que là ils vont peut-être changer d'idée », dit-elle.

Vivre avec le rejet de l'église

Pauline Vallières constate de l'intransigeance de la part de plusieurs figures religieuses sur la question de l'aide médicale à mourir, et elle le vit très personnellement.

Roland Vallières a eu droit à des funérailles religieuses, mais le prêtre a refusé de bénir l'urne. Le geste a profondément blessé Pauline Vallières, d'autant plus que le prêtre en question était un proche ami de la famille.

Je pensais l'avoir avec moi après, pour m'aider à passer au travers. Il m'a abandonné.

Pauline Vallières

Son ami prêtre, dont elle préfère taire le nom pour ne pas lui causer du chagrin, ne retourne plus ses appels. « La seule affaire que j'aimerais, c'est qu'un jour, il me fasse signe », dit-elle.

Le Diocèse de Trois-Rivières n'a d'ailleurs pas répondu à nos demandes d'entrevue.

Pauline Vallières souhaiterait voir les mentalités évoluer. « On est dans les années 2000. Faudrait peut-être penser un peu plus avec son coeur », dit-elle.

Ça n'enlève pas la bonté de la personne qui est partie.

Par-dessus tout, Pauline Vallières ne perd pas foi en l'avenir. « On peut toujours trouver une solution », conclut-elle, les yeux brillants de larmes, le sourire doux. Elle a le sentiment d'avoir été écoutée et espère maintenant être entendue.

Plus d'articles

Commentaires