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Davantage de préposés aux bénéficiaires en arrêt de travail : « Il y a des matins, on en pleure »

Il y a maintenant 25 ans qu'Hélène Trépanier exerce ce métier avec dévouement. Son engagement envers les personnes âgées est toujours le même, mais ses conditions de travail sont plus difficiles. « On n'est pas capable d'en prendre plus », dit-elle. Depuis la création du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec en 2015, il y a moins de préposés aux bénéficiaires. Une plus grande partie des préposés partent en congé de maladie et ceux qui restent en poste font davantage d'heures supplémentaires.

Un texte de Claudie Simard

Il arrive qu'Hélène Trépanier entre au travail en constatant qu’il y a quatre préposés en moins dans son équipe. Pourtant, les personnes âgées requièrent de plus en plus de soins, et elles ne sont pas moins nombreuses. « On ne peut pas laisser une équipe de travail à 5 préposés pour 68 patients » dit-elle.

Elle estime que les conditions de travail de sa profession se sont détériorées au fil des ans. Ses collègues et elles sont épuisés : « On est 13 préposés de jour et il n’y a pas si longtemps, je pense qu’il y en avait 8 en maladie et je pense qu’on a été jusqu’à 10 en maladie ou blessés » raconte-t-elle.

Changement de structure

Quel impact la création du CIUSSS-MCQ a-t-elle eu pour les préposés aux bénéficiaires des Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ?

Le portrait statistique obtenu par Radio-Canada préoccupe autant les employés que les autorités de la santé.

Alors que 1 préposé sur 5 était absent en 2015-2016, deux ans après fusion des établissements de santé, le taux d’absence a augmenté, s'approchant de 1 préposé sur 4.

Les employés s’absentent pour différentes raisons ; cependant, ceux qui sont absents pour cause de maladie sont les plus nombreux. Parmi les motifs, on compte aussi les congés sans solde, les absences dues aux accidents de travail, les congés parentaux et les retraits préventifs.

Le syndicat qui représente les préposés soutient que l’enjeu avec les congés de maladie est d’établir le lien avec la surcharge de travail.

Les personnes sont-elles malades pour des raisons personnelles ou parce que le travail les rend malades ? C’est la question que pose Claude Audy, vice-président régional FSSS-CSN.

Selon lui, « les deux se rejoignent quelque part ». Il ajoute qu’à leur retour d’un congé de maladie, les employés réalisent que le contexte de travail n’a pas été modifié, ce qui peut les pousser à quitter.

Les données concernant le nombre d’employés aussi préoccupent ; il y a 82 préposés de moins qu'il y a deux ans.

Les employés qui restent en poste font plus d’heures supplémentaires ; un total d'environ 30 000 heures de plus qu’il y a deux ans.

Si certains employés acceptent volontairement de travailler plus, il y a tout de même des heures supplémentaires obligatoires pour combler le manque de personnel. La direction indique cependant que ce n’est qu’en dernier recours.

Hélène Trépanier estime que ces heures amènent une surcharge de travail qui augmente le risque de blessures au travail.

Elle rappelle combien prendre soin de cette clientèle est difficile physiquement, entre autres parce qu’à force de rester au lit, les personnes qu’elle soigne prennent du poids. « Quand tu habilles un bébé, c’est la même chose, mais moi j’ai un homme de 300 lbs à habiller ».

Elle se questionne à savoir comment ses collègues et elle réussiront à donner le deuxième bain par semaine promis par le ministre de la Santé Gaétan Barrette.

La direction répond que ce deuxième bain permettra de créer des postes permanents.

Besoins criants de main d'oeuvre

La direction dit faire face à une pénurie importante de préposés. « C’est pourquoi on en fait la priorité numéro un au CIUSSS », affirme le directeur adjoint aux relations de travail et conditions d'exercice, Sylvain Chartier.

Il poursuit : « On veut changer le milieu de travail, devenir une entreprise en santé, on est en train de le faire ».

Il est difficile de comparer la situation des préposés aux bénéficiaires avant et après la création du CIUSSS-MCQ puisqu'il y avait auparavant plusieurs établissements de santé.

Quels sont les changements qui expliquent les données sur l’absentéisme ? Sylvain Chartier répond que « ce ne sont pas des changements dans les pratiques de gestion », que « l’organisation fait face à un important défi de recrutement de personnel et qu’en attendant que tout soit en place, il y a des occasions où il en manque [ des préposés ] ».

Du côté des employés et du syndicat, c’est la centralisation qui est pointée du doigt. Le CIUSSS-MCQ « c’est trop gros, on ne parle plus à personne » dit Hélène Trépanier. Elle soutient que dans ces conditions, il est difficile de se faire entendre de la direction pour parler de l’organisation du travail et de la surcharge.

Elle parle d'une ambiance de travail tendue, propice aux querelles entre collègues.

« Je me suis fait dire par une collègue de travail : « bien c’est peut-être parce que tu manques d’organisation ». Je ne pense pas que je manque d’organisation après 25 ans de service, je ne pense pas que ce soit ça le problème ».

En mode solutions

Cet automne, la direction a contacté les employés à temps partiel pour leur offrir davantage d'heures de travail. Elle a aussi embauché seize personnes.

Le CIUSSS-MCQ compte de plus sur la nouvelle formation accélérée donnée au Centre de formation professionnelle Bel-Avenir de Trois-Rivières, qu’il finance en partie.

La première cohorte compte 22 élèves qui devraient entrer sur le marché du travail au printemps.

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