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De nombreux élèves s'automutilent dans une école d'une communauté autochtone

Une soixantaine de jeunes se seraient automutilés ou auraient mutilé leurs camarades de classe avec des lames d'aiguisoir à crayons de l'école Seskitin à Wemotaci, le 2 mai.

Un texte de Catherine Bouchard

La directrice de l'école primaire, Nathalie Dominique, affirme que des jeunes de 7 à 12 ans se mettaient au défi de s'automutiler ou de mutiler des collègues, dans un parc près de l'école. Elle indique que le personnel a été alerté par des parents.

« Nous avons rencontré chacun des élèves et nous avons constaté au niveau des poignets des marques vraiment évidentes. Pour certains, il y avait des coupures aussi au niveau des chevilles », élabore la directrice. Elle mentionne que les enfants avaient chacun de quatre à dix marques.

La direction de l'école Seskitin, qui compte 239 élèves, demande aux parents qui constateraient que leur jeune s'est infligé ce type de blessure d'aller immédiatement au centre de santé.

Les lames auraient été partagées entre élèves, ce qui soulève aussi des inquiétudes concernant la contamination.

Mise en place d'une équipe d'intervention

L'école a mis en place une équipe d'intervention considérant l'ampleur du phénomène. Les autorités s'inquiètent notamment du niveau de détresse des jeunes qui ont commis ces gestes ou qui en ont été victimes.

L'équipe d'intervention a été mise en place pour offrir du support à ceux qui en auraient de besoin. Parmi la soixantaine d'élèves qui se seraient automutilés ou qui auraient été mutiliés, cinq démontraient des signes de détresse importants. Les autres, selon la directrice, y voyaient plutôt un « jeu ».

Dans une publication Facebook, la direction de l'école Seskitin encourage les parents à discuter avec leurs enfants des émotions qu'ils vivent et des raisons pour lesquelles ils ont agi ainsi. Elle invite aussi les parents à aller chercher de l'aide auprès des services disponibles s'ils se sentent dépassés par la situation.

L'école a décidé de diffuser son message via les réseaux sociaux, puisque les enfants ne seront pas à l'école la semaine prochaine, en raison de la semaine culturelle.

Communauté bouleversée

L'incident a évidemment ébranlé la communauté de Wemotaci. Le grand chef du Conseil de la nation attikamek, Constant Awashish, estime que l'effet de groupe est très fort dans les petites communautés. Il ajoute que les jeunes vivent les mêmes réalités difficiles que leurs aînés, sans toutefois toujours verbaliser leur douleur.

« On connait la situation dans les communautés autochtones : le manque de logements, le manque de ressources, le manque de financement dans plusieurs programmes. Souvent, les ressources sont débordées. Ça affecte tous les membres de la communauté. Les jeunes, ils n'en parlent pas souvent, mais ils vivent ce que les adultes vivent. Ça peut les affecter, mais ils gardent souvent le silence. Ce peut être un signal de détresse », estime M. Awashish.

Avec des informations de Catou MacKinnon

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