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Écoles spécialisées au primaire, une bonne idée ?

La Commission scolaire de l'Énergie s'apprête à bonifier son offre avec des écoles à vocation particulière au niveau primaire. Les programmes de sport étude, de musique étude ou d'art étude ne sont plus réservées qu'aux écoles secondaires. De plus en plus d'écoles primaires développement leur « spécialité » et les parents magasinent tôt. Mais est-ce une bonne idée pour les enfants de cet âge?

La Commission scolaire de l’Énergie s’apprête à présenter tous les détails de son projet de ses premières écoles primaires à vocation particulière, ces établissements qui se spécialisent dans un domaine.

Si les commissaires acceptent le tout à majorité lors de la séance de mardi soir, deux spécialités seront offertes soit le hockey et la musique, et ce, dès la prochaine rentrée scolaire.

Le projet prévoit aussi la création d’une école alternative. Le Collectif pour une école alternative à Shawinigan réclamait l'implantation d'une telle institution sur le territoire depuis deux ans.

Si c’est une première pour la Commission scolaire de l’Énergie, il existe plusieurs écoles primaires spécialisées un peu partout au Québec.

Par exemple, à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, sur un total de 37 écoles primaires réparties dans 55 établissements, il y a 7 écoles à vocation particulière.

« Les écoles à vocation particulière sont à pleine capacité. Elles sont très en demande », mentionne la conseillère en communication à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Anne-Marie Bellerose.

D’un autre côté, si l’école de quartier d’un élève est à vocation particulière et qu’elle ne convient pas aux parents, la Commission scolaire dit avoir des ententes avec d’autres établissements.

Avantages et inconvénients

Comme dans tout projet, il y a les pour et les contre, mais dans ce cas-ci, il y a surtout beaucoup de nuances et de questions chez certains spécialistes en éducation.

« Certains disent que c’est une bonne chose pour accrocher des jeunes à l’école, mais pour d’autres c’est de développer une marque de commerce, ça devient du marketing », constate Rollande Deslandes, professeure du département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Elle constate qu'il y a de plus en plus de compétition entre les écoles primaires.

Rollande Deslandes est loin d’être contre cette idée, mais elle soutient qu’il est important que les commissions scolaires et les écoles se questionnent sur les raisons qui les poussent à se lancer dans de tels projets.

Pourquoi? Sur quoi ils se basent? Est-ce seulement une mode? Pourquoi si tôt? Et surtout, quelle est la méthode de sélection?

Rollande Deslandes, professeure, département des sciences de l'éducation à l'UQTR

Là-dessus, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy veut se faire rassurante.

« C’est inclusif, il n’y a pas de sélection ou de test d’admission dans nos écoles à vocation particulière », dit Anne-Marie Bellerose.

Les élèves du quartier sont priorisés et ensuite, s’il y a trop d’inscriptions, la direction peut procéder à une pige.

Comment choisir?

La méthode de sélection préoccupe aussi le Syndicat de l’enseignement des Vieilles-forges.

« Un projet qu’on dit qui est offert à tous, mais qui coûte entre 1000 et 2000$, la sélection se fait par elle-même. Ce n’est pas vrai de dire « nous dans notre école on ne sélectionne pas les élèves », explique la présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieilles-Forges, Claudia Cousin.

Les projets éducatifs particuliers devraient être offerts à tous les élèves en fonction de leur intérêt et non pas en fonction d’une sélection des résultats ou d’une sélection monétaire.

Claudia Cousin, présidente du Syndicat de l'enseignement des Vieilles-Forges

Mme Cousin note également une surcharge de travail pour les enseignants lorsqu’il y a implantation de ce genre d’école. Elle constate qu’il y a beaucoup moins d’élèves en difficulté dans les classes à volet particulier que dans les classes dites régulières.

« Les enseignants qui sont dans un projet particulier vont avoir une surcharge de travail liée au projet. Dans les autres classes, les enseignants ont la surcharge liée au fait qu’il y a parfois une plus grande concentration d’élèves en difficulté », explique-t-elle.

Priorité : réussite scolaire

Cela étant dit, le professeur en adaptation scolaire à l’Université Laval, Égide Royer, martèle que la réussite scolaire doit absolument être au cœur des décisions.

Il rappelle que le taux de diplomation après cinq années d’études au secondaire était de 67,3% en 2009 selon le dernier rapport de la Diplomation et qualification par commission scolaire au secondaire.

J’ai d’importantes réserves sur ces programmes. Si sur 21 heures d’enseignement, le jeune a 4 ou 5 heures de moins à cause du hockey, je doute que ce soit une bonne idée.

Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à l'Université Laval

Il se demande si les commissions scolaires évaluent réellement les impacts.

Égide Royer craint l’exode des écoles de quartier et qu’un écart se créée entre les milieux défavorisés et les plus favorisés.

Que ce soit le fameux P.E.I. (Programme d’éducation internationale), le sport, la musique, les arts ou les langues, ces programmes spécialisés suscitent des questions. Les spécialistes s’entendent toutefois sur le fait qu’il faut absolument réfléchir sur la façon de faire.

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