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Emploi : des villes du sud du Québec plus menacées par la robotisation

ANALYSE - Depuis 20 ans, beaucoup d'emplois manufacturiers ont été perdus aux États-Unis et au Canada en raison de la mondialisation et du déplacement d'activités de fabrication dans des pays à faibles coûts de production, comme la Chine, le Bangladesh et le Mexique. Mais plusieurs emplois ont aussi été volés par des robots!

Un texte de Gérald Fillion

L’automatisation de plusieurs fonctions a permis aux entreprises d’augmenter leur productivité en réduisant les heures travaillées ou en déplaçant leurs employés vers d’autres fonctions. Ces changements tendent à s’accélérer, rapporte une nouvelle étude canadienne qui porte sur l’automatisation.

C'est le Brookfield Institute for Innovation and Entrepreneurship, un organisme chapeauté par l’Université Ryerson, à Toronto, qui a dévoilé cette étude. Celle-ci explique que les changements technologiques ont toujours créé plus d’emplois qu’ils en ont détruits au fil du temps. Les technologies permettent de nouvelles avancées, ouvrent de nouvelles perspectives sur l’économie et aident à améliorer la productivité. À titre d’exemple, en 1980, on avait besoin de 20 emplois manufacturiers pour générer 1 million de dollars de production. En 2013, il n'en fallait plus que 10 pour atteindre le même résultat.

Les chercheurs Craig Lamb et Matt Lo expliquent que de 1990 à 2007, l’ajout d’un robot par 1000 travailleurs a réduit le niveau d’emploi de 6 personnes, ce qui a mené à la perte de 670 000 emplois. Les postes routiniers sont les plus touchés. Plusieurs experts affirment que les technologies vont surtout affecter les emplois moins bien payés, qui exigent de faibles qualifications.

L’intérêt du travail de l’Institut repose sur la cartographie faite par les chercheurs de l’effet attendu de l’automatisation dans les différentes villes du pays. Ce travail est utile, puisqu’il montre bien les endroits au pays où les tensions sociales sont appelées à grandir en raison des pertes d’emplois à prévoir en raison du développement de certaines innovations.

Dans les secteurs les plus touchés, jusqu’à 69 % des postes ont un potentiel d’automatisation :

  • Services alimentaires : 69 %
  • Secteur manufacturier : 61 %
  • Transport et entreposage : 61 %
  • Agriculture, forêt, pêche et chasse : 52 %
  • Mines, extraction minière, extractions pétrolière et gazière : 52 %
  • Construction : 51 %
  • Commerce de détail : 49 %
  • Vente en gros : 46 %
  • Services (autres que les services publics) : 45 %
  • Services publics : 44 %

On parle de 2,5 millions d’emplois qui sont à risque dans les principaux secteurs à potentiel d’automatisation. Et 24 % des Canadiens travaillent dans ces catégories d’emplois.

« Les petites villes manufacturières dans le sud du Québec, écrivent les chercheurs, ont le potentiel le plus élevé d’automatisation. Parmi celles-ci, la proportion de l’emploi total dans le secteur manufacturier s’élève à environ 22 %. Elles ont des taux d’emplois supérieurs à la moyenne dans le commerce de détail, les services alimentaires, l’agriculture, la forêt, la pêche et la chasse. »

Dans les villes les plus à risque au Québec, 49 % des postes pourraient être automatisés. Bon nombre des emplois actuels sont concentrés dans les secteurs manufacturiers et du commerce de détail :

  • Drummondville (22 % manufacturier, 13 % détail)
  • Granby (24 % manufacturier, 12 % détail)
  • Lachute (19 % manufacturier, 13 % détail)
  • Cowansville (19 % manufacturier, 17 % détail)
  • Saint-Georges (23 % manufacturier, 14 % détail)

Montréal et Québec sont un peu moins à risque. Dans la métropole, 9 % des postes sont des emplois de professionnels, ou alors de services techniques et scientifiques. Et dans la Vieille Capitale, 14 % des emplois se trouvent dans le secteur de l’administration publique. Une ville comme Rimouski pourrait s’en sortir un peu mieux grâce à la présence de l’Université du Québec à Rimouski et du Conservatoire de musique. Les emplois dans les services éducatifs, ainsi que dans les industries de la culture et de l’information, sont les moins susceptibles d’être automatisés.

Dans les villes du Québec qui sont moins à risque, plus de 40 % des emplois pourraient subir les effets de l'automatisation. Les emplois dans les secteurs de la santé, des services sociaux et de l'éducation y sont nombreux :

  • Sherbrooke (16 % santé et services sociaux, 11 % éducation)
  • Montréal (12 % santé et services sociaux, 8 % éducation)
  • Amos (20 % santé et services sociaux, 8 % éducation)
  • Québec (14 % administration publique, 13 % santé et services sociaux)
  • Rimouski (15 % santé et services sociaux, 10 % éducation)

Ces chiffres ne doivent pas nous faire peur. Ils doivent néanmoins éclairer les décideurs publics quant aux possibilités et aux risques qui sont associés à l’automatisation, parce qu’en réalité, cette transformation sociale est déjà en cours.

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