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Et si les universités québécoises révolutionnaient notre hockey?

BILLET - Pourquoi les universités ne se mêlent-elles pas (ou vraiment très peu) de hockey masculin au Québec? Cette question simple, lorsqu'on gratte un peu, illustre nettement à quel point notre modèle de hockey est dysfonctionnel.

data-align="left">Un texte de Martin Leclerc 

La pyramide de développement québécoise compte quelque 100 000 joueurs. Mais au sommet de cette pyramide, aussi incroyable que cela puisse paraître, il n'y a à peu près rien.

McGill (les Redmen) et Concordia (les Stingers), deux universités anglophones, possèdent des programmes de hockey masculin. Et du côté français, seule l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) mise sur une équipe, qui vivote financièrement et qui est fort mal soutenue par son milieu.

Les Patriotes de l'UQTR, comme le rapportait récemment mon estimé confrère Serge Vleminckx, n'ont pas accès aux meilleures heures de glace offertes à Trois-Rivières parce que les autorités municipales favorisent l'équipe locale évoluant dans une ligue senior.

En plus, lorsqu'ils vendent des publicités au Colisée de Trois-Rivières, les Patriotes doivent verser la moitié de leurs recettes à l'équipe senior! Sans compter que lors des matchs des Patriotes, les revenus des concessions sont aussi remis à l'équipe senior...

On parle ici d'un programme censé être le fer de lance du hockey universitaire francophone au Canada. C'est désolant.

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Toujours est-il que, bon an mal an, malgré la multitude de programmes scolaires et collégiaux qui existent au Québec et malgré le fait que les 18 formations de la LHJMQ produisent chaque année une imposante cohorte de diplômés de cégeps, il n'y a environ que 15 ou 20 postes de disponibles au hockey universitaire québécois.

Au Québec, s'ils n'ont pas été repêchés ou s'ils n'ont pas obtenu de contrat professionnel, nous rejetons et abandonnons nos hockeyeurs à eux-mêmes à l'âge de 19 ou 20 ans, alors qu'ils sont loin d'avoir développé toutes leurs aptitudes.

Pendant ce temps, de l'autre côté de la frontière, à l'âge où nos hockeyeurs prennent le chemin du dalot ou se résignent à tenter leur chance à un salaire de crève-faim dans des ligues professionnelles mineures, les jeunes Américains (et de nombreux Canadiens) font leur entrée dans les quelque 60 programmes de division 1 de la NCAA, où ils sont encadrés et développés au maximum tout en poursuivant leurs études.

Au cours des dernières semaines, 177 joueurs issus du hockey universitaire américain ont paraphé des contrats professionnels avec des organisations de la LNH. C'est l'équivalent de six tours de repêchage. Le printemps 2016 n'était pas exceptionnel. Le scénario est le même tous les ans.

Certains de ces universitaires américains avaient préalablement été repêchés et avaient choisi de poursuivre leurs études, tandis que la grande majorité était passée sous le radar à leur année de repêchage. Après avoir eu le temps de se développer, à l'âge de 22 ou 23 ans, ces joueurs autonomes diplômés ont été courtisés par plusieurs équipes de la LNH et ont eu le loisir de signer un contrat avec l'organisation de leur choix.

C'est d'ailleurs ce qu'a vécu le gardien Charlie Lindgren, que le Canadien a mis sous contrat cette saison.

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Ceci expliquant cela, au tournant des années 2000, seulement un joueur sur cinq dans la LNH provenait des rangs universitaires américains. Depuis deux ans, c'est presque un sur trois. Et ça ne cesse de monter.

Les modèles de développement canadien et québécois, eux, ne s'ajustent pas. Oui, des programmes de hockey universitaires existent au Canada, mais ils ne font pas partie de l'échiquier. Ils ne sont pas considérés ou financés comme des programmes de pointe.

Aux États-Unis, le hockey universitaire est une rampe de lancement vers l'excellence qui est extrêmement valorisée par les universités, les communautés et par les décideurs de la LNH. Au Canada? C'est une sorte de no man's land qui permet à d'anciens joueurs juniors de disputer du hockey compétitif tout en terminant leurs études.

En revanche, le hockey québécois et canadien, qui ne mise que sur les rangs juniors majeurs pour développer ses joueurs, voit sans cesse sa représentativité diminuer dans la LNH. Depuis le début des années 2000, le nombre de Québécois jouant dans la LNH a chuté de moitié. Rien de moins.

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Rêvons un peu, et demandons-nous à quoi ressemblerait notre modèle de hockey si les universités québécoises décidaient de s'impliquer et de raviver le flambeau de notre sport national.

À quoi ressemblerait le hockey québécois si nos universités y consacraient la même fougue, les mêmes ressources et la même expertise qu'au football par exemple?

À quoi ressemblerait le hockey québécois si nos meilleurs espoirs (outre les exceptionnels sélectionnés lors des premiers tours au repêchage) étaient pressés et enthousiastes à l'idée de porter les couleurs d'une de nos grandes universités pour parfaire leur développement sportif et leur éducation?

Au cours des dernières semaines, je me suis entretenu avec les dirigeants des programmes sportifs d'excellence de plusieurs universités québécoises. Ils en ont très long à dire sur le sujet.

Demain, je leur cède la parole. Ne manquez pas la seconde partie de ce dossier.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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