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Gestion de crise critiquée après deux suicides à Berthierville

Des jeunes de l'école secondaire Pierre-de-Lestage, à Berthierville, se sentent incompris et abandonnés à la suite des suicides de deux camarades en moins de trois semaines. Des parents sont préoccupés et soulèvent des questions face à la gestion de cette crise à l'école.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Des adolescents de l’école secondaire Pierre-de-Lestage affirment qu’ils ressentent une pression afin de retourner à la routine rapidement depuis que deux de leurs camarades se sont enlevé la vie, les 12 et 31 janvier.

« À l’école, ils [les enseignants] nous demandent de ne plus en parler et d'aller faire nos cours comme d'habitude », mentionne l’un des quatre jeunes que nous avons rencontrés et qui ont accepté de témoigner à visage couvert parce qu'ils craignent des représailles.

Nous avons échangé avec une dizaine de jeunes qui se sentent incompris et qui mentionnent qu’ils ont fait face à plusieurs déceptions, notamment le retrait des fleurs déposées près du casier de l’un des deux jeunes dès le lendemain.

Ils se sont sentis brusqués et auraient souhaité qu'on laisse les fleurs ainsi que les photos jusqu'aux funérailles.

Par ailleurs, certains dénoncent le fait de ne pas avoir pu rencontrer un professionnel malgré des demandes d’aide répétées. Après les rencontres de groupe, ils auraient aimé avoir un rendez-vous individuel. Ils ont été référés au CISSS de Lanaudière, mais n’ont pas encore été contactés.

« Est-ce qu'il va en avoir d'autres? », s'inquiète une mère. Elle dit avoir l'impression que la direction de l'école « se met la tête dans le sable ».

Une autre mère espère que ce cri du coeur permettra à la Commission scolaire des Samares, mais aussi à toutes les écoles du Québec, de mieux se préparer face à ce genre de drame.

Dans les règles de l’art

Pour la Commission scolaire des Samares, la dizaine de jeunes avec qui nous avons échangé n’est pas un échantillon représentatif. Selon la direction, de nombreux parents se seraient présentés à l’école pour manifester leur satisfaction.

La directrice adjointe au Service du secrétariat général et des communications, Diane Fortin, mentionne que cette pression ressentie par les élèves d’un retour à la routine rapide n’est qu’une mauvaise perception.

Elle indique qu'une équipe d'intervention interne, composée de 16 personnes, est déployée quotidiennement depuis les événements et qu’une centaine d'élèves ont été rencontrés individuellement.

Après le deuxième suicide, cinq intervenants du réseau de la santé de Lanaudière ont passé deux jours à l'école.

« Maladresse d'amour »

La fondatrice et directrice générale de l’organisme Deuil-Jeunesse, Josée Masson, n’est pas surprise de voir des jeunes ainsi que des parents critiquer une telle gestion de crise qu'elle qualifie de « maladresse d'amour ».

Les adultes doivent éviter de décider du moment où on arrête de décorer la case ou du moment où on arrête de parler des événements.

Si Josée Masson était directrice d'une école dont les élèves sont confrontés à un tel drame et qu'elle apprenait que des jeunes confient à une journaliste qu'ils se sentent abandonnés, elle mentionne qu'elle convoquerait tous les jeunes de l'école sur le champ.

Des jeunes de l'école Pierre-de-Lestage se mobilisent à la suite des événements, selon la direction de la Commission scolaire des Samares.

Des activités en lien avec la prévention du suicide seront organisées prochainement.

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