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L'avocat des causes impopulaires tire sa révérence

En 41 ans de pratique, l'avocat René Duval a certes gagné des causes mémorables à la Commission canadienne des droits de la personne, mais c'est au cours des 10 dernières années qu'il s'est surtout fait connaître pour avoir défendu des gens ayant commis des crimes graves qu'aucun avocat ne voulait représenter. À 70 ans, des ennuis de santé le forcent à prendre sa retraite plus tôt qu'il ne l'aurait souhaité.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Il rêvait de pratiquer le droit jusqu'à sa mort, mais la charge de travail et le stress sont devenus trop difficiles à gérer pour Me René Duval. Plaider devant la cour, c'est ce qui lui manquera le plus lance-t-il d'emblée.

René Duval ne s'en cache pas, en acceptant certaines causes, il a perdu de l'argent et d'autres dossiers l'ont emmené à recevoir des messages haineux. Il se retire malgré tout avec le sentiment du devoir accompli.

Par ailleurs, le constat de René Duval face aux changements au sein du système de justice au cours de sa carrière est dur. Il dénonce le volume de travail refilé aux avocat qui font grimper la facture des clients.

Chacune de ces personnes lui ont apporté quelque chose mentionne Me Duval.

« À comprendre davantage l'autre quelle que soit son apparence extérieure, quel que soit son passé. Ce sont des contacts qui m'ont apporté quelque chose sur le plan personnel », confie René Duval.

Causes marquantes

Parmi les victoires mémorables de sa carrière, il retient entres autres le jugement de la Commission canadienne des droits de la personne forçant Radio-Canada à étendre le sous-titrage à l'ensemble des émission de sa programmation.

Le triple meurtre de la rue Sicard, à Trois-Rivières, et le combat de la Trifluvienne Ginette Leblanc pour le suicide assisté sont cependant les deux causes qui l'ont touché le plus.

« Les enjeux humains étaient énormes dans ces dossiers-là. Beaucoup plus grands que tous les dossiers que j'ai pu faire en droit de la personne », explique-t-il.

René Duval a accepté de défendre la cause de Ginette Leblanc devant les tribunaux en 2011. La femme de Trois-Rivières, atteinte de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), souhaitait mourir dans la dignité.

Le 11 février 2014, deux soeurs et l'ami de coeur de l'une d'elles ont été froidement assassinés dans une maison de la rue Sicard, dans le secteur Trois-Rivières-Ouest. Me Duval a défendu le plus jeune des deux coaccusés dans ce dossier, Cédric Bouchard. Âgés de 16 ans au moment des faits, il purge une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Des causes médiatisées et impopulaires

Originaire de Nicolet, au Centre-du-Québec, Me René Duval est revenu dans la région en 2004 pour une retraite anticipée après avoir pratiqué le droit dans la région de Montréal et en Ontario pendant de nombreuses années.

Rapidement, il s'est ennuyé de travailler et a commencé à défendre certains clients qui étaient, bien souvent, déjà jugés par le tribunal populaire. Une façon, dit-il, de donner au suivant.

Saïd Namouh, le « terroriste de Maskinongé » a été défendu par Me René Duval. L'homme d'origine marocaine a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Francis Proulx a été reconnu coupable du meurtre de Nancy Michaud, attachée politique du défunt ministre libéral Claude Béchard. Elle a été tuée le 15 mai 2008 à Rivière-Ouelle, près de La Pocatière. René Duval a accepté de défendre Francis Proulx à la Cour suprême du Canada.

Cathie Gauthier a été reconnue coupable des meurtres au premier degré de ses trois enfants. Le soir du drame, tous les membres de la famille avaient bu des boissons empoisonnées. Le conjoint de Cathie Gauthier, Marc Laliberté, est décédé lors des événements, alors que Mme Gauthier a survécu. Me Duval a défendu Cathie Gauthier à la Cour suprême du Canada.

Ginette Duclos, l'une des trois personnes accusées et reconnues coupables de la mort de Chantal Lavigne lors d'une séance de sudation en 2011 à Durham-Sud, au Centre-du-Québec.

Richard Vallières, considéré comme l'une des têtes dirigeantes du vol de plus de 9500 barils de sirop d'érable à Saint-Louis-de-Blandford, a retenu les services de Me René Duval.

René Duval a représenté Alexis Vadeboncoeur dans sa poursuite au civil contre les quatre policiers de la Ville de Trois-Rivières à la suite d'une arrestation musclée dont il a été victime.

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