La serre est immense. L’équivalent d’un terrain de football sous un dôme de verre. Des milliers de plants de cannabis sont placés côte à côte sur des centaines de mètres. La lumière est vive, la chaleur et l’humidité sont contrôlées par informatique.

Un texte de Pierre Marceau

Des plantes traitées aux petits soins par la centaine de personnes qui travaillent chez Hydropothecary, à Gatineau un producteur agréé par Santé Canada pour la culture du cannabis médicinal.

Filet sur la tête, sarrau blanc et gant de latex, les mesures d’hygiène doivent être respectées par tous ceux qui entrent dans la serre, des mesures aussi contraignantes que celles en vigueur dans l’industrie agroalimentaire.

Sébastien St-Louis est le président de l’entreprise. Il travaille sur ce projet depuis 4 ans. Avec un partenaire et l'aide de sa famille, il a mis sur pied son entreprise. « On produit aujourd'hui quatre tonnes métriques par année. »

Pour y arriver, monsieur Saint-Louis a dû regrouper plusieurs experts pour assurer la qualité du produit. « Des PhD (docteurs) en génétique, des maîtres entomologistes, des chimistes pour nous amener où on s'est rendu, » explique le jeune président de 32 ans.

L’entreprise est en pleine croissance alors que Hydropothecary construit de nouvelles serres. Un investissement de 75 millions de dollars qui permettra de multiplier par 5 la production et doubler le nombre d'employés d'ici un an.

Le marché canadien, puis le monde

Le Canada est devenu le leader mondial de le production de cannabis. C’est du moins ce que prétend Martin Landry, analyste chez GMP Securities à Montréal.

Il croit qu'en légalisant le cannabis médicinal d'abord il y a 16 ans et le cannabis récréatif en juillet prochain, le Canada s'est donné une opportunité unique au monde et qu’il pourrait devancer la compétition d’ici dix ans.

Plusieurs compagnies ont investi en Australie, au Chili, au Danemark et au Portugal qui viennent ou qui sont en voie de légaliser le cannabis médicinal. Sans la présence des États-Unis sur les marchés, « c'est l'une des rares industries au Canada où on a une longueur d'avance, » fait remarquer monsieur Landry.

« Ce que je peux prédire c'est que selon moi, la plus grosse compagnie au monde dans cinq ou dix ans dans l'industrie du cannabis sera canadienne, » avance monsieur Landry qui étudie le marché du cannabis depuis 5 ans.

Une course contre la montre

Depuis l'élection de Justin Trudeau à l’automne 2015, avec sa promesse de légaliser la production, la distribution et la consommation du cannabis, les entreprises canadiennes ont accéléré leurs investissements.

Hydropothecary n’est qu’une entreprise parmi d’autres à s’être lancée dans une course contre la montre pour se positionner avant l’ouverture du marché récréatif.

Les entreprises Aurora, Aphria, Canopy Grow et bien d’autres ont jusqu’à présent réussi à aller chercher des dizaines de milliards de dollars en financement sur les marchés boursiers.

Les producteurs de cannabis voient grand. Des évaluations modestes estiment à 5 milliards de dollars le potentiel des ventes de cannabis au Canada d’ici un an. Les plus optimistes parlent même de 22 milliards d’ici cinq ans.

Un marché boursier en croissance

WEED, LEAF ou THCX, des cotes boursières qui ne laissent pas de place à l'interprétation sur la nature des entreprises en question. Inscrites en bourse, elles connaissent depuis quelques mois une progression fulgurante.

Un marché très spéculatif où les investisseurs doivent rester prudents. « C'est sûr que chaque investisseur doit faire attention, » prévient monsieur Landry. « Quand on voit une action qui a pris 30, 40, 50 pour cent à l'intérieur d'un seul mois, faut être très, très, très prudent. »

Des milliards de dollars, des emplois par milliers un peu partout au pays et des perspectives de développement mondiales, la croissance de l'industrie canadienne du cannabis ne fait que commencer.

L’entreprise de Gatineau Hydropothecary veut justement profiter de cette longueur d'avance. « On a maintenant l'opportunité de créer des compagnies qui se verraient devenir des marques internationales, des multinationales finalement, et ça, c'est une opportunité qui est vraiment excitante », convient son président, Sébastien Saint-Louis.

Ce producteur agréé par Santé Canada veut mettre en marché plusieurs produits, comme des capsules de CBD, des huiles, du cannabis pour fumer et même des atomiseurs.

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