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Le Québécois Luc Tardif sera chef de mission de la France aux Olympiques

Quand Luc Tardif est parti jouer au hockey en France, en 1975, il pensait y rester qu'une seule saison. Non seulement il n'est jamais revenu au Québec, mais il a gravi les échelons du sport français jusqu'au sommet.

Un texte d’Antoine Deshaies

Luc Tardif sera le chef de mission de la France aux Jeux de Pyeongchang en février. Il avait occupé le même rôle en 2014 à Sotchi.

« Sur le coup, j’avais été surpris qu’on me fasse confiance et honoré, a raconté Tardif à Radio-Canada Sports, à Buffalo, en marge du Championnat mondial de hockey junior. Je me suis livré à fond en 2014, alors j’imagine que le Comité olympique était satisfait de mon travail. »

« J’ai la double nationalité canadienne et française, ajoute l’ancien hockeyeur. J’ose espérer, même s’il me reste un peu d’accent québécois, qu’on me considère comme un Français à part entière. Je ne fais rien pour gommer mon accent, bien au contraire. Je suis fier de mes origines québécoises. On me parle surtout de mon accent quand je reviens au pays. »

Au Canada, le poste de chef de mission est confié à d'anciens athlètes olympiques chargés de galvaniser les troupes. Le chef est bien sûr porte-parole de la délégation, mais il joue surtout un rôle de mentor auprès des athlètes.

Dans l’hexagone, le chapeau est plus politique. C’est en tant que président de la Fédération française de hockey sur glace, un rôle qu’il occupe depuis 2010, qu’il a été approché.

« Le chef de mission a un rôle très important, explique Luc Tardif. Je suis l’ambassadeur de notre comité national auprès du Comité international olympique. J’ai donc un rôle politique, mais je dois aussi m’assurer de transmettre les informations nécessaires au staff de la délégation pour mettre les athlètes dans les meilleures conditions. »

Luc Tardif a aussi fait partie du comité de candidature pour les Jeux de Paris 2024. Sa connaissance des fédérations internationales [Il est trésorier de la fédération internationale de hockey, NDLR] et son bilinguisme lui servent d’atouts.

« En France, il y a peu de chats qui parlent anglais, donc je suis très utile, explique le Trifluvien en souriant. Et mon rôle d’influence à la Fédération internationale de hockey peut servir à ouvrir des portes. Je commence à prendre goût aux Olympiques, donc je m’attends à jouer un rôle lors des Jeux parisiens en 2024. »

La France encore absente des Jeux au hockey

Ironiquement, Luc Tardif sera le seul représentant de sa fédération sportive. La France, 12e nation au classement mondial, n’a pas réussi à se qualifier pour les Jeux en hockey masculin depuis 2002. L’équipe féminine n’a encore jamais réussi l’exploit.

« Ça, c’est une épine dans le pied de la fédération, admet le Québécois. On est passé à un doigt de se qualifier chez les hommes, mais on a encaissé un but dans la dernière minute de notre match contre la Norvège. C’est dur à accepter, mais il ne faut pas pleurer. Il faut se relever les manches et travailler au cours des quatre prochaines années. »

« Vous ne le réalisez pas au Canada, mais ce n’est vraiment pas facile de passer au travers des qualifications olympiques, ajoute Tardif. Ça se joue entre deux portes, en un week-end. On n’a pas pu compter sur nos meilleurs joueurs dans la Ligue nationale et les autres, qui jouent dans des championnats européens, sont libérés à la dernière minute. »

Ça, c’est aussi une bonne nouvelle. Les meilleurs joueurs de la France font leur place au soleil. Pierre-Édouard Bellemare et Antoine Roussel sont bien établis dans la Ligue nationale de hockey. Les jeunes suivent.

Au dernier repêchage, les Blue Jackets de Columbus ont repêché Alexandre Texier dès le deuxième tour. L’équipe nationale des moins de 18 ans a accédé au Championnat mondial et les recruteurs s’intéressent aux jeunes Français.

Au dernier Championnat mondial senior, tenu en France et en Allemagne, les Bleus ont raté les quarts de finale par un petit point.

« On est à notre place, estime Luc Tardif. L’équipe de France est maintenant composée à 100 % de joueurs que nous avons produits chez nous. Aux Jeux d’Albertville, en 1992, on avait environ 60 % de joueurs naturalisés. On peut être fier du chemin parcouru. »

Il reste du travail bien sûr, mais la France progresse. Cette année, pas moins de cinq nouvelles patinoires seront construites. C’était une ou deux il n’y a pas si longtemps.

Même le hockey féminin se met lentement de la partie. La France compte dix équipes de première division et certaines joueuses exportent même leur talent.

À Montréal seulement, cinq Françaises, deux avec les Canadiennes de Montréal et trois avec les Carabins de l’Université de Montréal, suivent les traces de Cristobal Huet.

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