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Les Canadiens plus nombreux que jamais à vivre seuls

Les personnes vivant seules représentent désormais plus du quart des ménages canadiens. C'est le type de ménage le plus répandu dans l'ensemble du pays. L'éclatement de la famille dite traditionnelle se concrétise plus que jamais, au profit des ménages formés d'une seule personne et des couples sans enfant.

Un texte de Daniel Blanchette-Pelletier

Les données du recensement de la population de 2016 montrent que la dynamique des familles poursuit sa transformation amorcée il y a 50 ans.

Statistique Canada a recensé 14,1 millions de ménages au pays en 2016 composés principalement de personnes vivant seules et de couples sans enfants.

Une famille formée d’une mère et d’un père mariés et de leurs enfants, qu’ils soient nombreux ou non, était auparavant la norme. Ce modèle familial appartient désormais au passé.

Plus d’un ménage sur deux ne comptait même aucun enfant au jour du recensement, le 10 mai 2016. Et que dire du mariage, dont la popularité s’effrite au fil des ans? La tendance est loin de se renverser.

Les données sur les familles, les ménages et l’état matrimonial dévoilées mercredi par l’agence fédérale montrent plus que jamais que le vieillissement de la population, l’immigration et des changements sociaux ont transformé les modèles familiaux.

Vivre en solo

Jamais les personnes vivant seules n’ont été aussi nombreuses qu’en 2016 au Canada. « C’est une première, bien que l’augmentation ait été constante », constate le démographe Jonathan Chagnon, de Statistique Canada.

Les ménages composés d’une personne seule ont dépassé les familles avec enfants il y a cinq ans, mais ils s’imposent aujourd’hui au sommet de tous les types de ménages canadiens.

Différents facteurs peuvent l’expliquer, selon Jonathan Chagnon, qui cite d’abord le vieillissement de la population. « Les gens ont aussi plus de facilité à vivre seuls, poursuit-il. Il y a 150 ans, c’était à peu près impossible. Les hommes, mais surtout les femmes, n’avaient pas l’indépendance financière qu’on connaît aujourd’hui. »

Les ménages formés d’une seule personne sont plus nombreux au Québec et au Yukon qu’ailleurs au pays depuis 15 ans. Les provinces de l’Atlantique ont par contre connu, pendant cette même période, la plus forte progression, rattrapant dans certains cas la moyenne nationale.

Autant de gens seuls au Canada qu’à l’étranger

Le mode de vie solitaire n’est pas unique aux Canadiens, qui se comparent aux résidents de plusieurs autres pays industrialisés. Certains d’entre eux, comme la Norvège et l’Allemagne, affichent même une plus forte proportion de personnes vivant seules.

La taille des ménages a ainsi considérablement diminué autant à l’étranger qu’au Canada. Le ratio de 5,6 personnes dans un ménage moyen de 1871 est passé à 2,4 en 2016.

En couple, mais sans enfants

Le nombre de ménages composé d’un couple sans enfants augmente plus rapidement que le nombre de ménages avec des enfants, qui atteint ainsi son plus faible niveau en 2016. Le vieillissement de la population est encore en cause, du fait que les enfants des baby-boomers ont quitté le nid familial. « Ça risque donc de s’accélérer au cours des prochaines années », confirme Jonathan Chagnon.

Bien que la prévalence de la vie en couple diminue avec l’âge, il n’en demeure pas moins que les avancées de l’espérance de vie font en sorte qu’un plus grand nombre d’aînés demeurent en couple à un âge avancé.

Le mariage, plus « impopulaire » que jamais

Même si les couples mariés demeurent prédominants dans l'ensemble du pays, la proportion qu'ils représentent a diminué au profit des couples en union libre et des familles monoparentales, notamment.

Les couples mariés forment encore aujourd’hui les deux tiers de toutes les familles canadiennes. Or, leur proportion diminue depuis longtemps à l’échelle nationale.

En revanche, les couples en union libre gagnent du terrain, bien plus rapidement que la moyenne nationale autant au Québec que dans les territoires. « Plus de 40 % des enfants sont nés dans des unions libres au Québec, cite Jonathan Chagnon pour exemple. Ailleurs au Canada, c’est un modèle moins prédominant. »

« Ce ne sont pas de nouvelles tendances, elles se poursuivent simplement », estime par ailleurs le démographe.

Sans surprise, la transformation de la famille traditionnelle a des répercussions chez les enfants, dont la proportion de ceux qui grandissent auprès de parents en union libre est en hausse depuis plus de 15 ans.

Les enfants au cœur de familles monoparentales ou recomposées

Un parent qui élève seul son enfant est au cœur de la transformation de la famille dite traditionnelle. Près de 2 enfants sur 10 vivent désormais dans ce type de ménage, qui connaît encore une fois un gain au Canada en 2016.

Le Recensement de 2016 compare également pour la première fois l’évolution du nombre de familles recomposées, puisque les données à ce sujet sont comptabilisées depuis 2011.

Selon Statistique Canada, il s’agit de l’évolution logique du modèle familial, puisque les familles monoparentales deviennent généralement par la suite des familles recomposées.

Un enfant sur dix vit désormais au sein d’une famille recomposée, formée d’au moins un enfant qui n'a donc un lien de parenté qu'avec un seul des conjoints.

Et les couples de même sexe?

Dans les 10 dernières années, le nombre de couples de même sexe a progressé plus rapidement que le nombre de couples de sexe opposé. Le tiers de ces couples a également opté pour le mariage.

Depuis la légalisation du mariage gai au Canada, en juillet 2005, le nombre de couples mariés de même sexe a triplé. Cette tendance a cependant ralenti en 2016.

« Mais les tendances n’existent pas depuis assez longtemps pour affirmer qu’il y a stabilisation [du nombre de mariage de couples de même sexe], mais leur proportion continue de croître », remarque Jonathan Chagnon.

Environ un couple de même sexe sur huit avait des enfants à la maison en 2016. Et si les couples formés d'hommes sont supérieurs en nombre à ceux formés de femmes, ces dernières sont cependant plus nombreuses à avoir des enfants.

Au total, 10 020 enfants âgés de 14 ans et moins habitent avec des parents de même sexe, dont la moitié étaient mariés.

Les autres ménages gagnent du terrain

Différents facteurs ont également contribué à la progression d’autres types de ménages, qu’ils soient multigénérationnels, multifamiliaux ou encore non familiaux.

« Il y a définitivement une diversité du type de ménages au Canada, constate Jonathan Chagnon. Et les ménages multigénérationnels sont en plus forte croissance. »

L’immigration a un impact majeur sur la progression phénoménale du nombre de ménages multigénérationnels, composés des grands-parents, de leurs enfants et de petits-enfants (+37,5 % entre 2011 et 2016). Ce mode de vie est également répandu chez les Autochtones. Ces deux raisons expliquent pourquoi on les retrouve principalement en Ontario, en Colombie-Britannique et dans les territoires.

La hausse des ménages multifamiliaux s'explique quant à elle autant par l'immigration que par le coût de la vie élevé dans certaines régions du pays, qui force parfois plusieurs familles à se réunir sous le même toit.

Enfin, l'accès au logement plus difficile dans les grands centres, comme Toronto, Vancouver et, dans une moindre mesure, Montréal, a aussi encouragé la progression de ménages formés de colocataires, qui n’appartiennent pas nécessairement à la même famille. La colocation est aussi préférée par les jeunes adultes quand vient le temps de quitter leurs parents.

Les jeunes et la transformation de la famille

Les jeunes adultes de 20 à 34 ans ont largement contribué dans les 30 dernières années au changement dans les modèles familiaux. Ils quittent le nid parental à un âge plus avancé, souvent après la fin de leurs études postsecondaires, et repoussent ainsi la formation de leur propre famille.

En 2016, plus d’un jeune adulte sur trois vivait encore avec ses parents. La proportion la plus élevée se trouve en Ontario, dont plusieurs villes figurent d’ailleurs au sommet des régions métropolitaines de recensement dans cette catégorie.

Par conséquent, la proportion de jeunes vivant en couple ou avec leurs propres enfants a aussi diminué, comme c’est le cas depuis 2008. Les jeunes femmes donnent d’ailleurs naissance à leur premier enfant à un âge beaucoup plus avancé que par le passé.

Si la légalisation de la pilule, le divorce sans notion de faute et la participation accrue des femmes à la population active ont contribué à dessiner les nouveaux modèles familiaux, les jeunes et l’immigration sont maintenant plus que jamais au cœur de leur transformation.

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