Chez plusieurs les aînés, parler de sexe est encore tabou aujourd'hui. Pourtant, la vie sexuelle ne disparaît pas au moment de la retraite. Tout comme les jeunes, les adultes âgés peuvent avoir une vie sexuelle active et sont également à risque de contracter des infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS).

Un texte de Camille Carpentier

Bien que les jeunes sont toujours les plus à risque de contracter une ITSS, le nombre de diagnostics de tous les ITSS chez les 50 ans et plus est en augmentation depuis quelques années au Québec.

Selon l’Agence de la santé publique du Québec, entre 2002 et 2011, les cas de chlamydia chez les personnes âgées de plus de 60 ans ont triplé, les cas de gonorrhée ont plus que doublé, et les cas de syphilis ont augmenté de près de cinq fois. En 2016, le taux d’incidence de l’hépatite C était particulièrement élevé chez les 50 ans et plus. On dénombrait plus de cas de cette maladie parmi les adultes âgés que chez le reste de la population.

En Mauricie-Centre-du-Québec, on compte très peu de diagnostics d’ITSS au cours de la dernière année chez les 50 ans et plus. En 2017, environ 28 cas de chlamydia, 13 cas de gonorrhée et 13 cas de syphilis ont été déclarés. Le CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec (MCQ) a refusé de commenter ces données, indiquant que les tests de dépistages sont effectués seulement chez les individus aux comportements à risque, peu importe l’âge.

L’intervenante à Sidaction Mauricie Anick Beneke croit qu’il ne pourrait s’agir que de la pointe de l'iceberg.

Médecin omnipraticien de Trois-Rivières, le Dr Pierre Martin indique pour sa part qu’il reçoit un nombre très faible de demandes de dépistage d’ITSS de la part de ses patients âgés de 60 ans et plus. Selon lui, il est toutefois possible que certains d’entre eux ne voient pas l’intérêt d’en faire la demande, même s'ils ont vécu un changement dans leur situation conjugale. Il précise qu’il questionne très peu ses patients plus âgés sur leur vie sexuelle s’ils n’abordent pas eux-mêmes le sujet.

Facteurs de risques

Pour expliquer cette tendance, l’Agence de la santé publique du Canada note plusieurs facteurs de risque qui peuvent se manifester dans la vie des 50 ans et plus. Alors que certains vivent des changements dans leur vie de couple, un divorce ou encore le décès d’un conjoint, l’opportunité de rencontrer des célibataires se présente lorsqu’ils emménagent dans une résidence pour aînés ou lorsqu'ils s’inscrivent à des sites de rencontre.

L’intervenante ajoute que certaines femmes ménopausées ne voient plus la nécessité de l’usage du condom.

Un sujet tabou

L’absence de dialogue et de connaissances au sujet d’une vie sexuelle saine pourrait aussi expliquer cette tendance à la hausse chez certains les aînés. Âgée de 85 ans, Élizabeth Pronovost constate que sa génération affiche des lacunes à cet égard.

« Il y a des gens de notre âge qui ne sont pas au courant de ça. Ils ne savent pas qu’il peut y avoir des protections, des choses comme ça. »

À son avis, le malaise est un vieil héritage du passé.

Anick Beneke croit qu’il y a encore trop peu de sensibilisation auprès des adultes plus âgés.

« Je pense que c’est le temps de parler de sexualité saine. Ce n’est pas la même chose aujourd’hui qu’il y a 40 ans. »

Avec une population vieillissante qui reste en santé plus longtemps, la vie sexuelle des aînés prendre de plus en plus de place dans leur quotidien.

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