Retour

Les conséquences de l'absentéisme dans le réseau de la santé

Avoir envie de changer de métier à cause de l'épuisement et de la surcharge de travail, c'est ce à quoi pensent plusieurs employés du réseau de la santé en Mauricie et au Centre-du-Québec. La plupart ne le font pas, pour des raisons financières notamment, mais leur désespoir se manifeste par l'absentéisme.

Radio-Canada révélait dimanche que le nombre d’employés en arrêt de travail atteint un sommet inégalé depuis la création du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Le taux d'absentéisme, qui inclut notamment les congés sans solde, les congés de maternité et les congés de maladie ponctuels, est de 20 %, soit une personne sur cinq.

Ces chiffres n’étonnent pas les employés et les organisations syndicales de la région qui constatent non seulement que de plus en plus de personnes sont à bout, mais qu’elles ne sont pas remplacées.

Témoignage d’un infirmier

« Souvent on n’a pas le temps de prendre nos temps de pause et tout notre temps de repas », affirme Dave Allard, assistant infirmier-chef à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska. « Tout le monde est épuisé, tout le monde travaille à 110 % », ajoute-t-il.

Il y a beaucoup de gens qui nous disent même : “Jamais je ne vais envoyer mes enfants travailler en santé”. Ça c’est un commentaire qui est presque unanime, tout le monde dit : “Ben non, je ne voudrais pas que mes enfants fassent mon métier”.

Dave Allard, assistant infirmier-chef à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska

Il dit que c’est stressant « de devoir performer dans des conditions qui ne sont pas optimales ». « Quand on finit notre journée et qu’on a l’impression de ne pas avoir donné les meilleurs soins possible à nos patients, c’est démoralisant pour le personnel. »

Des exemples inquiétants

Dans les hôpitaux et CHSLD, le manque de personnel requiert des changements dans l’offre de service. « Pour le patient, les médicaments, tout va se donner pareil, [...] par contre, ça peut être donné un peu plus tard, les bains peut être reportés à d’autres journées, à des fréquences qui ne sont pas les mêmes, parce qu’on doit ajuster le travail », affirme Julie Ayotte, infirmière clinicienne et présidente du syndicat au CSSS Vallée-de-la-Bastican.

Elle ajoute que parfois, surtout la fin de semaine, des infirmières et des infirmières auxiliaires vont remplacer des préposés aux bénéficiaires. Cela crée de l’épuisement chez les infirmières. Le syndicat souhaiterait que l’employeur embauche des préposés pour que cette situation cesse.

En raison de la surcharge de travail et de l’absentéisme, l’assistant infirmier-chef de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, Dave Allard, affirme que si un patient a besoin de plus d’attention durant un quart de travail, « on n’a plus le temps d’arriver ». Certaines doubles vérifications, par exemple, n’ont pas le temps d’être effectuées.

Lorsque des employés sont absents, ils ne sont pas toujours remplacés, explique le président du syndicat du personnel de bureau du CSSS Trois-Rivières, Frédérick Beaulieu. Dans son secteur, le manque d’effectifs a aussi un impact sur la population.

« Les rendez-vous, il faut qu’ils se donnent pour rencontrer un spécialiste, par exemple, mais si on n’est pas remplacé, le travail s’accumule, donc les délais s’allongent. »

De plus en plus d’absences

« Au bureau syndical, c’est rendu plus qu’une fois semaine, il y a des employés qui arrivent au bureau en pleurs, qui ont essayé de vivre la fusion, de faire plus avec moins », indique le président du syndicat du personnel de bureau du CSSS Trois-Rivières, Frédérick Beaulieu.

Avant la réforme, dans les 13 établissements du syndicat du personnel de bureau du CSSS de Trois-Rivières, en moyenne 39 personnes étaient absentes et bénéficiaient de l’assurance-salaire durant une année.

Depuis la réforme, c’est presque le double. Il y a maintenant environ 74 cas par année. Pour l’année de référence en cours, à laquelle il reste trois mois, il y a déjà 63 personnes absentes.

C’est de pire en pire depuis les fusions. On dirait que les employés ont perdu le contact avec la direction et que la direction a aussi perdu le contact avec les employés.

Dave Allard, assistant infirmier-chef à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska

D’ailleurs, le montant versé par le CIUSSS-MCQ en assurance salaire en 2015-2016 totalise 26,7 millions de dollars et tout indique qu'il sera encore plus élevé cette année.

On suit les taux chaque semaine pour voir les types d'absence et la majorité des absences sont reliées à des causes personnelles.

Sylvain Chartier, directeur adjoint aux relations de travail et conditions d'exercice au CIUSSS MCQ

Le directeur adjoint aux relations de travail et conditions d'exercice au CIUSSS affirme que la situation est préoccupante. Il ajoute toutefois que la majorité de ces absences ne sont pas reliées au travail.

D’après les informations d’Amélie Desmarais

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine