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Les dernières écoles de rang du Québec « montent la garde contre l'oubli »

Il y a eu quelque 5000 écoles de rang à la grandeur du Québec aux 19e et 20e siècles, mais seule une poignée d'entre elles sont encore sur pied aujourd'hui. C'est le cas de la maison d'école du rang Cinq-Chicots à Saint-Christophe-d'Arthabaska, au Centre-du-Québec, qui invite la population à « monter la garde contre l'oubli ».

Un texte de Marie-Ève Trudel

Pendant plus de 130 ans, les écoles de rang ont permis aux enfants des milieux ruraux d'obtenir leur diplôme d'études primaires.

L'école du rang Cinq-Chicots a été construite en 1903 et a accueilli des élèves jusqu'en 1960. Elle a ensuite servi de hangar pour un cultivateur pendant plus de 20 ans, après quoi elle a été rachetée pour 500 $ par l'Association québécoise des Amis du patrimoine dans le but de l'ouvrir au public en 1988.

Les écoles étaient construites selon les plans fournis par le département de l'instruction publique « parce qu'on ne faisait pas ce qu'on voulait », relate le président de l'Association québécoise des amis du patrimoine, Pierre Carisse. La construction des écoles de rang était très encadrée, que ce soit quant à l'orientation des fenêtres ou à la grandeur de la salle de classe. 

Partout au Québec, plusieurs écoles de rang ont été converties en maison ou en hangar alors que d'autres ont tout simplement été démolies. Il ne reste aujourd'hui qu'une poignée d'écoles qui sont restées à leur emplacement original et qui assurent le patrimoine scolaire.

L'Association québécoise des Amis du Patrimoine croit qu'il faut continuer de raconter l'histoire des écoles de rang, sachant qu'elles ont fait partie du quotidien de milliers d'enfants. « Ceux qui viennent prendre connaissance de ce passé-là sont ravis de l'apprendre, ils sont étonnés parfois par ce qu'on peut leur raconter, mais ils sont trop peu nombreux », se désole le président, Pierre Carisse. 

La maîtresse d'école : pilier de l'école d'autrefois

Pour enseigner, les maîtresses d'école avaient généralement entre 16 et 20 ans et elles ne devaient pas être mariées. « C'était grave quand je pense à ça », se souvient Rita Guillemette qui est devenue maîtresse d'école de rang à l'âge de 18 ans. Elles n'avaient besoin que d'un certificat de bonne conduite de la part du curé pour montrer « qu'elles avaient une moralité publique irréprochable », relate Pierre Carisse. 

La première institutrice de l'école du rang Cinq-Chicots gagnait 95 $ par année et percevait un bonus de 5 $ pour l'entretien de l'école.

Rita Guillemette ne se rappelle pas quel était son salaire lorsqu'elle a enseigné entre 1956 et 1958. « Mon frère m'a dit que je devais recevoir 600 $ par année, mais moi je n'ai pas souvenance de ça! » Étant issue d'une famille de 9 enfants, elle est devenue maîtresse d'école de rang pour soutenir sa famille financièrement.

Rita Guillemette se rappelle que les enfants devaient marcher plusieurs kilomètres avant d'arriver à destination. Elle ne les a par ailleurs jamais entendus se plaindre : « Ils faisaient ça sans histoire, c'était comme naturel », se souvient-elle. 

La classe de Rita Guillemette comptait 40 élèves. « C'était plein l'école! » L'ancienne institutrice conserve de bons souvenirs des jeunes enfants de sa classe, mais un peu moins des plus vieux qui « n'étaient pas très obéissants ».

Il y avait un lien de proximité important entre Rita Guillemette et ses élèves. « C'est des enfants qui me connaissaient depuis toujours. Ils n'avaient pas le même rapport avec moi que si j'étais une étrangère. Ça a été passablement tumultueux ».

La maîtresse d'école, aujourd'hui âgée de 77 ans, n'a pas eu à dormir à l'école, mais elle sait que bien d'autres ont dû le faire. « Elles passaient l'année à l'école loin de leur famille, ça devait être plus difficile ».

Lorsqu'elle repense à son passé de maîtresse d'école, Rita Guillemette trouve que la série Les Filles de Caleb se rapproche de la réalité qu'elle a vécue... à une exception près : « Je n'avais pas mon amoureux qui venait me voir », conclut-elle en riant!

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