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Les municipalités se sentent exclues par Québec dans le réaménagement des zones inondables

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) déplore que le gouvernement ne l'ait pas consultée avant d'établir comment il réaménagera les zones inondées au printemps dernier. Du même souffle, la FQM réclame de Québec « un accompagnement technique et financier » pour relever les défis qui attendent municipalités et sinistrés.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a énoncé en ces termes, jeudi, ce qui arrivera aux sinistrés les plus durement touchés par les crues printanières cette année : « Il ne sera pas possible de reconstruire ou de réparer un bâtiment qui aura été déclaré "perte totale" dans la zone inondable 0-20 ans ».

Au lendemain de cette annonce, le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Richard Lehoux, reproche au gouvernement de n'avoir pas discuté avec les municipalités du « comment faire, comme le réaliser sur le terrain ».

M. Lehoux dit que la FQM s'était pourtant manifestée en mai auprès des ministères de la Sécurité publique et de l'Environnement « pour faire partie de la réflexion, apporter une vision, des idées ». Mais l'invitation n'est pas venue.

Les questions pressantes des sinistrés

En lieu et place, le gouvernement entamera le 10 juillet des consultations publiques dans chacune des régions touchées par les inondations. La FQM compte bien en être, car, d'expliquer M. Lehoux, les élus municipaux sont souvent les premiers à devoir répondre aux questions des citoyens. Et des questions, les sinistrés en ont beaucoup par les temps qui courent.

Par exemple, dans les cas où il faudra relocaliser des sinistrés, les municipalités feront face à divers enjeux. « Où relocalisera-t-on ces gens-là? », demande Richard Lehoux. « Et avec quelle flexibilité? Parce qu'avec la question de la protection du territoire agricole, les municipalités ne peuvent pas agrandir leur périmètre urbain. C’est important d’avoir une perspective d’ensemble. »

« Québec aurait dû prendre un temps de recul » - Le maire de Maskinongé

Dans la région de la Mauricie-Centre-du-Québec, une trentaine de municipalités se retrouvent avec des résidences considérées comme des pertes totales, c'est-à-dire qu'elles sont endommagées pour plus de 50 % de leur valeur foncière.

Pour le maire de Maskinongé, Roger Michaud, le gouvernement a cédé à la panique en adoptant ses nouvelles orientations. Il considère que Québec aurait dû « prendre un temps de recul et s’asseoir avec les municipalités [...] inondées et essayer de trouver une solution ensemble ».

Le ministre Martin Coiteux entend s'assurer du respect de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables (PPRLPI). Les données du gouvernement font état de 32 municipalités qui ne respectent pas cette politique. Le quart d'entre elles se trouvent en Mauricie.

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, est conscient des changements qui doivent s'opérer. « Le temps change, dit-il. La planète s’en va de travers un peu... Il faudra se mettre au diapason des règlements. »

M. Deshaies rappelle qu'au moment de la construction de bien des maisons dans sa ville « il n’y avait pas vraiment de règlement ». C'était il y a une quarantaine d'années et les gens n'avaient qu'une idée en tête, s'établir au bord de l'eau « parce qu'on y est bien », explique-t-il.

La nécessité de cartographier le territoire inondable

Le ministre de la Sécurité publique pose une autre exigence, cette fois à l'endroit des 65 municipalités ayant été inondées et qui n'ont pas de carte de leurs zones inondables.

La FMQ, qui regroupe un millier de municipalités et quelque 7000 élus, dit reconnaître la pertinence de plusieurs des mesures instaurées par le gouvernement.

Mais la production de ces cartes représente un défi de taille, surtout pour les maires de petites municipalités dotées d'un vaste territoire, dit le président de la FQM : « Je comprends qu’il va falloir qu’ils la fassent [la carte] s’ils ne l’ont pas fait jusqu’à date, mais il va falloir qu’ils soient accompagnés ».

Cet accompagnement à la fois technique et financier doit être apporté rapidement, insiste Richard Lehoux. « Il y a beaucoup d’inquiétude sur le terrain », dit-il, en faisant référence aux citoyens qui n’ont pu réintégrer leur résidence et qui se demandent s’ils seront déplacés.

Des coûts à tous points de vue

Les inondations du printemps dernier ont entraîné des coûts. Entre autres exemples, à Gatineau, on les évalue à 3,5 millions, et sur la Côte-Nord, ils pourraient s'élever jusqu'à 2,5 millions de dollars. En Gaspésie, il a fallu verser jusqu'à 7 millions de dollars pour réparer les routes.

La crue a touché 278 municipalités et inondé plus de 5300 résidences. De ce nombre, de 500 à 800 ont été carrément détruites ou rendues inhabitables. Cela a forcé l’évacuation de plus de 4000 personnes ainsi que la fermeture de plusieurs routes.

Parmi les sinistrés, certains doivent n'envisager rien de moins qu'un changement de vie, affirme Ursule Boyer-Villemaire, chercheuse indépendante en environnement en changements climatiques. « À ce point-ci, c’est difficile et tragique pour certaines personnes […] qui auront besoin d’être accompagnées dans cette transition. »

Cela dit, la chercheuse approuve les orientations prises par le gouvernement du Québec. « Je ne m’attendais pas à moins de notre État », dit-elle. « Ça fait quelques années, quelques décennies même que nous attendions une loi sur l’aménagement durable et un renouveau dans la politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables. »

Les indemnisations versées aux sinistrés sont en hausse « extrême » ces dernières années, rappelle Mme Boyer-Villemaire. D’où l’urgence de ne pas répéter les erreurs du passé : « Car au bout du compte, c’est la société, ce sont tous les Québécois qui paient », conclut-elle.

Et la situation actuelle peut même avoir du bon, selon la chercheuse. Elle souhaite en effet qu'on redonne aux Québécois les zones où il n'est plus possible de construire, sous forme « d'usages littoraux et de berges ».

Avec les informations de Camille Carpentier

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