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« Ma fille serait là encore si on avait une vraie ambulance »

EXCLUSIF - La famille de Sakay-Ann Ottawa, une fillette atikamekw de 8 ans morte noyée en septembre à Manawan, se confie pour la première fois depuis la tragédie. Les parents, encore bouleversés par le départ de leur fille, lancent un cri du cœur : la communauté a besoin d'un véhicule et de techniciens ambulanciers paramédicaux pour éviter d'autres drames semblables.

Un texte de Maude Montembeault

Sakay-Ann Ottawa revenait à la maison tous les midis avant de retourner à l'école. Le 1er septembre 2016, ses parents ne se doutaient pas qu'ils dînaient avec leur fille pour la dernière fois.

Almas Petiquay et Lucie-Marie Ottawa l’avaient prévenue de rentrer chez elle à la fin des classes et qu'ils n'y seraient pas parce qu'ils devaient faire des courses à Saint-Michel-des-Saints. En chemin, ils avaient appelé à la maison pour s'assurer que la cinquième de leurs six enfants était bien rentrée. Elle n'y était pas. Ils ont multiplié les appels jusqu'à ce qu'ils apprennent qu'un drame était survenu à Manawan. Une fillette s'était noyée.

Ils étaient persuadés qu'il ne s'agissait pas de Sakay-Ann. Ils l'avaient mise en garde. Elle ne devait se baigner qu'en présence d'adultes. Malgré cela, ils ont filé tout droit vers Manawan. Quand ils sont arrivés, toute la communauté était sous le choc.

« On voyait toutes les personnes, tout le monde qui pleurait. Je ne savais pas encore que ma fille était… » raconte Lucie-Marie Ottawa, qui n’arrive pas à terminer sa phrase, les sanglots prenant le dessus.

Une mort évitable?

Plutôt que de rentrer à la maison, la fillette était allée à la plage derrière le magasin avec des copines, indique le coroner Pierre Belisle dans son analyse. Elle se serait aventurée trop loin et aurait coulé dans le lac Matabeskeka sous le regard de ses petites amies.

Dans le rapport, dont Radio-Canada a obtenu copie, on peut lire que les premiers répondants de la communauté l’ont retrouvée flottant sur l'eau, le visage immergé. Des manoeuvres de réanimation ont été pratiquées jusqu'au centre de santé où un médecin était de garde cette journée-là. Il a constaté le décès à 19 h 06.

Le coroner n’en fait aucune mention, mais les parents de Sakay-Ann demeurent convaincus qu’une ambulance et des ambulanciers paramédicaux auraient changé le sort de leur fille.

Son conjoint ajoute que les ambulanciers paramédicaux auraient pu tenter certaines manoeuvres que les premiers répondants, présents à Manawan, ne sont pas en mesure de faire.

Lucie-Marie Ottawa et Almas Petiquay sont encore inconsolables et ils s'inquiètent maintenant pour leurs autres enfants et ceux de la communauté.

Le chef de la communauté de Manawan, Jean-Roch Ottawa, abonde dans le même sens. « Si les gens doivent être intubés, les premiers répondants élargis ne peuvent pas le faire. Quand ils s’étouffent ou qu’il y a un arrêt cardiaque, ils ne peuvent pas poser ces gestes-là », affirme-t-il.

Une preuve de racisme systémique pour le chef Ottawa

Les parents et le chef de la communauté croient qu'en de meilleures circonstances, Sakay-Ann aurait eu droit aux soins d'ambulanciers paramédicaux, plus spécialisés que les premiers répondants. Ils ajoutent que, comme le reste de la population, les Atikamekw devraient eux aussi pouvoir bénéficier des services préhospitaliers dans des délais raisonnables.

Jean-Roch Ottawa y voit la preuve d’une discrimination envers les Autochtones.

« Le système fait en sorte qu’on ne cadre pas dans ces lois-là », ajoute-t-il.

Démarches infructueuses auprès du ministre

Selon le conseil de bande, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, se serait engagé, après la noyade de Sakay-Ann Ottawa, à trouver une solution avant 2017.

N'ayant pas de réponse de sa part, les élus atikamekw sont revenus à la charge, sans succès jusqu'ici.

Au Cabinet du ministre, on dit avoir récemment rencontré les représentants de Manawan et on ajoute que l’analyse du dossier se poursuit.

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