Retour

« Pourquoi j’ai laissé quelqu’un me faire mal », se demande Charlotte, victime de violence conjugale

Nous nous attendions à rencontrer une femme démolie et meurtrie. Charlotte, un prénom fictif, nous a plutôt accueillis avec le sourire et une poignée de main convaincante. Victime de violence conjugale, elle a demandé le divorce il y a quelques mois. Depuis, elle se cache. Son ex-conjoint la cherche activement, mais elle se dit tout de même heureuse depuis qu'elle a décidé de partir.

Charlotte est une femme dans la trentaine qui est arrivée au Canada en 2008 avec un rêve, celui de poursuivre ses études supérieures en informatique.

Elle complète sa maîtrise et rencontre celui qui allait devenir son mari. Quelques années plus tard, les choses se corsent.

Charlotte précise que son ex n’a jamais levé la main sur elle, mais il l’a dénigrée et ses paroles l’ont complètement détruite.

Avec le temps, il a réussi à m’éloigner de tout le monde. Même dans ma relation avec lui, je me sentais seule.

Charlotte, victime de violence conjugale

Il a commencé à dénigrer sa famille et ses amis. Sont venus ensuite les commentaires désobligeants envers elle. Il ne voulait plus l’embrasser ni la toucher.

« Il a réussi à me faire sentir que je ne suis pas belle, que je ne suis pas une femme désirée. Ça fait très mal de se sentir idiote même quand tu as un diplôme universitaire », relate Charlotte.

Partir pour de bon

Elle a enduré cette situation pendant trois ans. Pendant cette période, elle a essayé de partir trois fois, mais elle est toujours revenue. Un jour, ses collègues qui lui ont ouvert les yeux.

Charlotte a demandé le divorce et a quitté la maison. Depuis, vivre son quotidien est devenu compliqué.

Elle doit être créative et user de stratégies pour éviter son ex-conjoint qui la cherche.

Je change les voitures avec mes amies. Je change le stationnement. J'ai déménagé cinq fois cette année pour qu'il ne me trouve pas.

Charlotte, victime de violence conjugale

« C'est fatigant. Quand je marche je tourne pour être sûre qu'il n'est pas autour de moi. Qu'il ne me suit pas. Des fois je porte des casquettes, je change mes habits. J'ai même pensé quitter Trois-Rivières, la province, mon job », raconte Charlotte.

Des questions sans réponses

Charlotte n’arrive toujours pas à croire qu’elle a été victime de violence.

Pourquoi j’ai laissé une personne me faire mal comme ça.

Charlotte, victime de violence conjugale

Elle ne s’explique toujours pas pourquoi elle n’a rien vu, mais elle est certaine d’une chose : demander l’aide de la Maison de Connivence à Trois-Rivières a été la meilleure décision qu'elle a prise.

D’ailleurs, la coordonnatrice et cofondatrice de l’organisme, Johanne Fréchette, dit avoir l’impression que les jeunes femmes se manifestent plus rapidement qu’avant.

« Dans le passé, on avait des femmes beaucoup de 40, 50, 60, 80, mais là les jeunes femmes eux autres comprennent plus vite, réagissent plus vite, remarque Mme Fréchette. Ce n’est pas parce que les autres ne pouvaient pas comprendre, c'est que c'était moins publicisé, moins expliqué », ajoute-t-elle.

Des rêves et des ambitions

Maintenant libérée des filets de son ex-conjoint, Charlotte compte bien se reconstruire et réaliser ses projets.

Ambitieuse, elle souhaite reprendre le travail le plus rapidement possible et entreprendre un doctorat en informatique.

« S’il n’y a pas de rêves, je peux déprimer. Je ne veux pas déprimer. Je ne suis pas une personne dépressive, mais il faut quelque chose qui nous donne l'espoir de vivre », conclut-elle.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu'est-ce qui se passe quand tu fais une détox de cellulaire?