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Quand résoudre un problème mathématique devient un casse-tête pour élèves et enseignants

Chaque année, des enseignants du primaire se sentent impuissants devant des élèves stressés, anxieux et angoissés à l'idée de résoudre des problèmes mathématiques. Ils allèguent que les tâches qu'on leur présente sont trop difficiles. Au-delà des revendications syndicales et des messages politiques, il y a la réalité que deux enseignantes ont voulu raconter à Radio-Canada. Elles lancent un véritable cri du cœur.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Une enseignante de 6e année, que nous appellerons Nathalie pour protéger son identité, décrit des scènes qui lui crèvent le coeur chaque année au moment de l'épreuve ministérielle de mathématiques.

Elle a accepté de nous raconter ce qu'elle vit avec ses élèves sous le couvert de l'anonymat parce qu'elle craint des représailles.

Selon elle, le temps maximum alloué de 2 heures n’est pas suffisant pour mettre en pratique les stratégies enseignées au cours de l'année scolaire, pour présenter une démarche claire et pour se réviser.

Généralement, les enseignants de 6e année font l'examen avant de le faire passer aux élèves. Ils réussissent à le terminer, sans perte de temps, en 1 h 30.

Nathalie constate que l'écart est énorme entre les plus performants et les élèves en difficulté.

Difficile aussi pour les plus petits

Cathy Morissette, enseignante en 3e année à l’école Sacré-Cœur de Trois-Rivières, fait le même constat que Nathalie.

Sur les 24 élèves de Mme Morissette cette année, il y en a environ 5 qui réussissent à résoudre un problème mathématique avec facilité et obtiennent des résultats qui varient entre 90 % et 100 % alors que les autres élèves obtiennent un résultat qui tourne autour de la note de passage de 60 % ou se retrouvent en échec.

Faites le test

Ci-dessous un problème mathématique à résoudre qui fait partie d'une banque d'examens préparée pour des élèves de 4e année, c'est-à-dire des enfants de 9 et 10 ans.

Une enseignante l'a fait passer dans sa classe et, sur un total de 21 élèves, 8 n'ont pas atteint la note de passage.

Vous trouverez la feuille pour inscrire vos réponses ainsi que le corrigé à la toute fin de ce texte.

Cathy Morissette a parfois l'impression d'évaluer la maturité du cerveau de l'élève plutôt que sa connaissance mathématique.

Selon elle, résoudre un problème a quelque chose de très abstrait pour les élèves.

Dans la plupart des cas, on demande aux élèves de planifier un événement ou un voyage tout en respectant un budget et de nombreuses contraintes alors q’un enfant, bien souvent, n’a jamais rien organisé de tel.

La confiance des enfants ébranlée

Cathy Morissette remarque que le sentiment de compétence de plusieurs élèves est grandement affecté.

Le niveau de difficulté, selon elle et plusieurs autres enseignants consultés, n’est pas adapté au niveau de maturité des élèves.

L’espoir de se faire entendre

Les enseignants avec qui nous avons discuté ont l’impression que personne ne les écoute.

Nathalie ne remet aucunement en question l’importance d’évaluer les enfants à la fin de leur parcours primaire, mais il faut alléger la tâche des élèves selon elle.

Elle souhaite aussi qu'on laisse davantage de place au jugement des enseignants dans la correction, que l’on respecte plus le rythme des élèves et que le temps de libération pour la correction soit revu à la hausse pour les enseignants afin d’avoir de la relève en 6e année.

Cathy Morissette croit que résoudre un problème mathématique est une compétence qui devrait être réservée au secondaire et que le programme devrait prévoir plus de temps pour la manipulation des concepts mathématiques afin que l’enfant puisse bien les maîtriser avant de passer à une autre étape.

Il faudrait, selon Mme Morissette, que les élèves puissent vivre encore plus de situations concrètes en classe afin de consolider leurs acquis pour les niveaux supérieurs.

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