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Québec enquêtera sur la violence faite aux femmes autochtones

Québec se penchera sur la question de la violence à l'égard des femmes autochtones. Alors que l'organisme Femmes autochtones du Québec indique que plus de 80 % d'entre elles sont agressées, la Commission des relations avec les citoyens se donne un mandat d'initiative pour étudier leurs conditions de vie relativement aux agressions sexuelles et à la violence conjugale. Les activités de la commission parlementaire, que les femmes autochtones espèrent, pourraient débuter avant Noël.

Un texte de Martine Biron

La maison d'hébergement Messinak, à Québec, accueille des femmes autochtones victimes de violence. Depuis six ans, la maison Messinak peut recevoir jusqu'à neuf femmes avec leurs enfants.

Dans le petit salon, Sylvie et Marie (nom fictif) racontent leur histoire.

Sylvie a 27 ans, elle est née à Pessamit, sur la Côte-Nord. Toute sa vie a été marquée par la violence. « Mes parents étaient inadéquats », dit-elle.

Elle a été agressée enfant et a subi la violence de ses conjoints. Ses souvenirs font frissonner. Elle raconte que son premier conjoint consommait beaucoup.

Dans les communautés autochtones, ces histoires sont courantes

Marie, elle, a 52 ans, elle vient elle aussi d'une communauté innue. Elle a tout abandonné il y a six mois pour la sécurité du refuge pour femmes violentées à Québec, à des centaines de kilomètres de chez elle.

Elle raconte ce qui a finalement déclenché son départ : « voir quelqu'un derrière la porte avec un outil, une scie à onglets, et essayer de me faire passer par la fenêtre. J'suis là avec mon fils. »

Père alcoolique, mère malade, conjoints violents, agresseurs, la vie de Marie a été une succession d'agressions. « J'avais de la difficulté aussi à trouver de l'aide parce que le réseau est très petit, je pouvais retrouver ma belle-soeur qui travaille à telle place, ma cousine à telle place. Il pouvait y avoir des conflits », confie-t-elle.

En fait, tout le monde se connaît dans sa communauté, qui compte 1400 âmes. Même les policiers, dit-elle, ne font rien.

Elle espère un jour retourner chez elle. Mais pour cela, les choses devront changer dans la communauté.

Pénélope Guay, qui dirige la maison Messinak, salue l'idée d'une commission parlementaire sur les conditions de vie des femmes autochtones. Elles pourront raconter leur histoire, dit-elle : « briser le silence, c'est très difficile, elles se connaissent toutes ».

Elle ajoute que les communautés autochtones sont petites et qu'il faudra aussi inviter les hommes, car ils font aussi partie de la solution, « il faut qu'ils parlent. »

Elle précise que plus de 80 % des femmes autochtones subissent des violences.

L'idée d'une commission parlementaire est à l'étude depuis près de deux ans, mais plusieurs événements ont retardé le projet. Le départ de la députée Marguerite Blais est un exemple. Elle poussait l'idée avec sa vis-à-vis du Parti québécois, la députée Carole Poirier.

« On ne peut pas passer à côté, il y a là une question précise de violence aiguë », dit madame Poirier.

Une commission qui respecte les traditions

La députée péquiste souhaite une commission parlementaire qui respecte les traditions autochtones, autour d'une table ronde notamment. « Est-ce que c'est les conditions de vie, les conditions économiques, est-ce les conditions sociales, culturelles qui font que ces femmes-là vivent plus de violence que le reste des femmes québécoises? »

L'organisation Femmes autochtones du Québec est d'accord. Sa présidente, Viviane Michel, a été consultée à plusieurs reprises par les parlementaires membres de la commission.

« Est-ce qu'on peut avancer et aborder les pistes de solution » en plus d'étudier « les démarches qu'on devrait faire pour atténuer ces violences-là? » demande-t-elle.

Le projet est dans les cartons depuis deux ans, mais le dossier a évolué lentement. Le comité directeur de la commission, formé du président Marc Picard de la CAQ et du député libéral de Portneuf Michel Matte, doit présenter la semaine prochaine son plan de travail. Les audiences pourraient débuter avant la fin de la session en décembre.

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