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Retour sur les attentats de Paris une semaine jour pour jour après les événements

Une semaine après les attentats du 13 novembre, qui ont fait au moins 129 morts et 352 blessés à Paris, trois Trifluviens qui suivent la situation de très près reviennent sur les événements.

Un texte d'Amélie Desmarais

Le blogueur Malik Hammadouche, qui habite Trois-Rivières depuis une trentaine d'années, se dit encore habité d'un sentiment de tristesse infinie, mais aussi d'un « désespérant sentiment d'impuissance face à tous ces drames qui se sont passés à Paris et aussi à celui qui vient de se passer au Liban ».

Anisya Berambou, la présidente de l'Association des étudiants français trifluviens, partage sa tristesse. « Je suis choquée, j'ai beaucoup d'émotions et puis d'impuissance. En étant là [au Québec], dit-elle, on se sent vraiment impuissant de ne pas être avec les nôtres. »

L'ancien journaliste Eddy Verbeeck, quant à lui, éprouve un profond désarroi. « J'ai été scié vendredi dernier par ces événements-là, confie le Belge d'origine. J'ai quelques amis à Paris et je vais vous dire j'ai reçu des messages via les médias sociaux de l'un d'eux  et c'était un message profondément troublant et profondément troublé et ça secoue et je pense que ça va rester un petit bout. La poussière n'est pas tout à fait retombée. »

Le rôle des médias sociaux

Eddy Verbeeck croit d'ailleurs que les médias sociaux ont exacerbé le sentiment de tristesse collective. « Les choses vont à une vitesse absolument incroyable. Si vous vous reportez il y a 20-30 ans, il y avait des événements similaires, la bande à Baader en Allemagne, les brigades rouges, mais ça nous arrivait 24 heures plus tard par les téléjournaux, constate-t-il. On n'avait pas ce sentiment de proximité alors que là on vit les choses presque en direct. Vous voyez ce journaliste qui a filmé cette ruelle derrière le Bataclan, c'est troublant. »

Malik Hammadouche fait le même constat. « Les médias sociaux sont à peu près présents partout, les caméras sont partout, les téléphones sont en perpétuel fonctionnement et donc on vit des choses qui nous conditionnent, on est en état d'émotions, on n'a plus le temps de réfléchir. »

Des suspects connus des policiers

Eddy Verbeeck met en lumière certaines failles dans le travail des policiers. Il affirme avoir été surpris d'apprendre que toutes les personnes impliquées dans ces attentats étaient connues des services de renseignements.

Il précise d'ailleurs qu'il y a eu des signes avant-coureurs. « Il y a eu un vol par trois jeunes à la kalachnikov dans le quartier Molenbeek. On n'est pas au couteau, on n'est pas à l'arme de poing. Ce sont des armes d'assaut donc est-ce qu'il y a pas une petite cloche qui aurait pu être sonnée? », s'exclame celui qui connaît bien ce quartier de Bruxelles à très forte concentration arabe.

Malik Hammadouche souhaite toutefois apporter certaines nuances au sujet de ce quatier réputé terreau du djihadisme européen d'où est originaire Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats de Paris. « Je déplore qu'on cite et qu'on mette le focus sur un quartier. Ça laisse dans l'inconscient collectif que c'est un vivier du terrorisme, c'est un vivier au djihadisme. »

Nos observateurs dénoncent les dérives de certaines personnalités publiques. « On entend des gens assez connus qui disent: "Au lieu de bombarder la Syrie, on devrait bombarder ce quartier-là". C'est inquiétant d'entendre ce genre de discours qui amplifie le sentiment de peur et le sentiment de haine qui se crée chez les gens. »

Une religion de paix

Le blogueur Malik Hammadouche croit aussi qu'il est important de bien saisir la différence entre islam et terrorisme. 

« Ces gens-là prétendent qu'ils représentent l'islam où qu'ils se battent pour l'islam, écoutez tout le monde le sait c'est une gigantesque farce, s'exclame-t-il. Ça n'a rien à voir avec l'islam. »

Ne pas céder à la peur

Alors que le Canada s'est engagé à accueillir 25 000 réfugiés d'ici la fin de l'année, dont 23% viendront au Québec, les trois panélistes sont unanimes : il ne faut pas céder à la peur.

« La peur est légitime, précise toutefois Malik Hammadouche. [...] Il est normal que les gens aient des craintes, j'ai des craintes, je suis d'origine musulmane, j'ai des craintes. J'ai eu des craintes quand les Irakiens sont arrivés parce que ça pouvait éventuellement provoquer des problèmes et ternir l'image des musulmans et [...] aujourd'hui, je suis fier de dire que tout va bien. »

Il a profité de l'occasion pour lancer un message aux grandes puissances. « Qu'on arrête de livrer des armements à ces pays qui sont potentiellement dangereux parce que c'est de là que vient le drame. »

L'étudiante française, Anisya Berambou, souhaite s'impliquer personnellement lorsque les premiers réfugiés arriveront à Trois-Rivières. « J'aiderai, je ferai du bénévolat pour ces gens-là », lance-t-elle.

Un processus de vérification rigoureux

Eddy Verbeeck insiste sur les processus mis en place pour assurer la sécurité des Canadiens. « Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés fait une première étape de vérification des antécédents, ensuite le Service canadien du renseignement de sécurité fait un travail pour vérifier les antécédents judiciaires et enfin, une fois qu'ils sont au pays, il y a  une vigie latente qui est valable pour tous les Canadiens. »

Il a clos la discussion en lançant un message d'ouverture. « Quand on a un électrochoc comme ça, un des réflexes c'est le repli sur soi et la fermeture et je pense que ça c'est la pire chose qui puisse arriver. Je pense qu'il faut aller vers l'autre et l'échange fait en sorte qu'on relativise beaucoup. »

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